Paris, 26 août 1870.
Mon cher Panizzi,
Toujours absence complète de nouvelles. C'est bien cruel pour ceux qui
ont des amis à l'armée. Les pauvres Tripet ne savent rien de leur fils,
si ce n'est que son régiment a été engagé et que le général qui
commandait sa brigade a été tué. Le père et la mère sont comme des âmes
en peine depuis lors.
L'armement de Paris se poursuit avec beaucoup de rapidité. Jusqu'à
présent, la population a grande confiance dans le général Trochu, malgré
le mauvais style de ses proclamations. Il paraît que le maréchal Bazaine
ne veut pas se battre avant d'être sous les murs de Paris.
Un siège me paraît peu probable, car l'investissement exigerait plus de
six cent mille hommes, qui pourraient être battus en détail par cent
mille concentrés dans la place. Mais Dieu sait ce que la Chambre peut
faire de sottises en présence de l'ennemi.
Adieu, mon cher Panizzi. Je ne vous remercie pas, puisque vous ne voulez
pas.