Paris, 25 août 1870.
Mon cher Panizzi,
J'ai été bien touché des offres généreuses que vous me faites. Je sais
quel bon ami vous êtes, et que vous êtes toujours _true to your word_.
Je voudrais bien vous serrer la main avant de mourir, mais cela est peu
probable avec ma déplorable santé.
Vous accusez fort à tort nos bulletins de mensonge. _Nous n'avons pas de
bulletins du tout._ C'est un système nouveau que je ne comprends pas
plus que l'ancien. A en juger par les bulletins prussiens, il y a
beaucoup à rabattre de leurs victoires, et, lorsqu'ils disent qu'ils ont
enlevé les positions occupées par le maréchal Bazaine, ils ajoutent
naïvement qu'ils ont demandé une trêve pour enterrer leurs morts.
Comment se fait-il que leurs morts fussent sur notre terrain? Ce qui
paraît constant, c'est qu'il y a eu des deux côtés un carnage affreux.
On s'attend à voir les Prussiens sous Paris, et on s'accoutume à cette
idée. Si les rouges ne perdent tout, je crois que nous gagnerons la
partie. Mais nos pauvres amis de Biarritz l'ont perdue.
Adieu, mon cher Panizzi. Merci encore de tout ce que vous me dites de
votre amitié pour moi. J'y compte, croyez-le bien, comme en l'occasion
vous compteriez sur moi.