Paris, 24 août 1870.
Mon cher Panizzi,
Je suis toujours très souffrant et l'anxiété où nous vivons depuis un
mois n'est pas faite pour me remettre. Cette guerre est épouvantable. On
nous donne des détails affreux sur les derniers engagements. Ces
affaires, toutes très sanglantes, ont un peu ranimé nos espérances. On
s'accoutume à l'idée de voir l'ennemi sous Paris, et les militaires
n'hésitent pas à dire que, si on les attire là, les chances sont en
notre faveur. Ils ont déjà un grand nombre de malades et leurs
meilleures troupes ont fait des pertes énormes.
Quoi qu'il arrive, ce pays-ci est bien malade, et, comme le dit notre
amie de Biarritz, l'armée que M. de Bismark a dans Paris est la plus
redoutable de toutes.
Il n'y a rien de si triste que d'être malade dans un temps comme
celui-ci. La conscience de son inutilité ajoute à tous les tourments
qu'on éprouve.
Adieu, mon cher Panizzi. Point de nouvelles du fils de M. Tripet. Cette
pauvre famille est au désespoir.