Paris, 20 août 1868.
Mon cher Panizzi,
Grande disette de nouvelles. Il n'est plus question de guerre. On semble
très pacifique, même en Prusse, et ici, sauf les jeunes officiers, on
l'a toujours été.
Le journal du soir m'apprend que la reine a daigné passer elle-même par
Paris, mais personne ne s'en est aperçu. Lord Stanley l'a précédée. On
dit qu'il a montré beaucoup de confiance dans les prochaines élections.
C'est son rôle, et cela ne signifie rien du tout.
Je vois des Américains très inquiets, qui regardent une nouvelle guerre
civile comme possible. Il semble que les esprits sont, là-bas, dans un
état d'excitation diabolique. Ne croyez-vous pas que la guerre civile
est une maladie endémique du nouveau monde? Voyez les anciennes colonies
espagnoles. On en revient toujours à reconnaître la justesse du mot de
M. de Talleyrand sur les Américains: «Ce sont de fiers cochons et des
cochons bien fiers.»
Adieu, mon cher Panizzi. Je crois que l'impératrice partira pour
Biarritz demain ou après. Elle a eu la bonté de m'engager, mais ma
prudence m'a empêché d'accepter. Je ne suis plus comme vous _adequato_ à
une ascension à la Rune. L'année passée, votre cheval gris vivait
encore. Je pense que cette nouvelle vous sera agréable et qu'elle vous
ôtera un poids de dessus la conscience.