CXXV

Paris, 11 juillet 1867.

Mon cher Panizzi,

Je ne sais si vous avez eu connaissance de cette misérable querelle de

Sainte-Beuve avec M. Lacaze au Sénat. Cela s'envenime tous les jours. On

vient de mettre à la porte les élèves de l'École normale qui étaient

allés complimenter en corps Sainte-Beuve. Grâce aux trompettes des

journaux l'École de droit et l'École de médecine vont faire une

démonstration du même genre. Pour augmenter les embarras du ministre de

l'instruction publique, son fils est allé hier souffleter un

journaliste, ce qui est une sacro-sainte personne aujourd'hui. Tout est,

dans ce temps-ci, à la débandade, faute de commandement.

On a présenté au Corps législatif une loi sur le droit de réunion qui ne

peut être discutée cette année faute de temps matériel. Voilà que les

ouvriers du faubourg Saint-Antoine, pour montrer combien cette loi est

utile et bonne, demandent à se réunir pour célébrer le 14 juillet,

c'est-à-dire l'anniversaire de la prise de la Bastille. Vous qui

connaissez le bon sens et la tranquillité de nos ouvriers, pensez-vous

que pareille réunion se passerait aussi paisiblement que celle de

Hyde-Park le mois dernier? Ce sont de bien mauvais symptômes et le ton

des journaux de l'opposition vous montrera quels sont leurs projets ou

leurs espérances.

Je crois que le voyage de l'empereur d'Autriche à Paris n'aura pas lieu,

et je ne crois pas qu'il faille trop s'en affliger. Moins nous nous

mêlerons des affaires d'Allemagne, mieux ce sera pour nous.

Adieu, mon cher Panizzi. L'impératrice va passer quatre jours en très

grand particulier avec la reine. Je pense qu'elle s'arrêtera bien un

jour à Londres. Elle est incognito, mais vous ne ferez pas mal de vous

inscrire, si elle vient dans vos parages. Ceci entre nous.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 127 / 206 题