Paris, 17 mai 1867.
Mon cher Panizzi,
Je suppose que vous êtes toujours à Florence, attendant sir James; mais
je crains que vous ne tardiez tant, que vous ne trouviez plus personne à
Paris. On me dit qu'on commence à partir pour la campagne. Cette grande
quantité de princes, empereurs, taïcouns qui nous envahit est bien faite
pour effaroucher les Parisiens pur sang.
L'article qui a fait sensation ici et à Londres est dans la _Revue des
Deux Mondes_ du 15 avril, signé «M. Collin»[13]. Il traite des _trade's
associations_ et de la situation actuelle de l'Angleterre. Je l'ai donné
à lire à la comtesse Téléki, qui en a été très frappée et ne comprend
pas qu'un étranger sache et comprenne tant de choses curieuses; mais le
plus remarquable, selon moi, c'est la façon dont tout l'article est
fait, disposition, style, etc. Enfin je trouve qu'il y a là dedans
quelque chose de supérieur. Je regrette qu'au lieu de s'occuper de
mathématiques et surtout de bibliophilie, il ne se soit pas borné à
faire du journalisme.
[13] Pseudonyme qui cachait le nom de M. Libri.
Vous aurez, quand vous viendrez à Paris, une fort jolie petite maison à
vous, rue du Faubourg-Saint-Honoré, que M. Fould avait fait construire
pour son fils encore garçon, avec une porte mystérieuse sur la rue, dont
j'espère que vous n'abuserez pas.
Adieu, mon cher Panizzi; nous avons depuis quelques jours un temps
d'hiver qui me désespère. Je voudrais bien que, pour votre arrivée ici,
vous fussiez un peu mieux traité. Je n'ai pas entendu parler de M.
Gladstone, qu'on attendait à Paris ces jours-ci.