CXXI

Paris, 24 mai 1867.

Mon cher Panizzi,

Il me semble, au sujet de votre logement à Paris, qu'il ne serait pas

très convenable de ne pas accepter celui que vous offre M. Fould. Où

avez-vous pris que ce fût une maison entière? C'est un petit appartement

de garçon que M. Fould avait fait faire, comme je vous l'ai déjà dit,

avant que son fils fût marié, et qui est juste ce qu'il faut pour un

personnage de votre poids. Il y a une entrée particulière sur la rue,

_pour introduire en secret les concubines_. M. Fould compte sur vous, et

vous auriez tort, je crois, de vous excuser.

Le prince impérial va bien. Il est établi à Saint-Cloud, ce qui vaut

bien mieux pour lui que la vie de Paris et des Tuileries.

Que dites-vous du voyage du sultan à Paris? Cela a l'air d'un

opéra-comique. Je pense que tous ces grands personnages viennent voir

mademoiselle Thérésa et mademoiselle Menken. Ces dames font de très

brillantes affaires et ont augmenté leurs prix, comme les bouchers;

elles vendent comme eux de la viande fraîche, ou soi-disant telle.

Adieu, mon cher Panizzi. Nous avons un temps exécrable. Il fait plus

froid que le pire jour de janvier à Cannes. On nous dit à l'Institut,

que c'est une année exceptionnelle, comme il y en a deux par siècle,

revenant à un intervalle régulier, et que c'est 1816 qui revient en

1867. Je regrette bien d'avoir subi deux fois pareille misère. Je vois,

comme consolation, qu'il a neigé deux jours de suite à Londres.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 123 / 206 题