CIII

Paris, 30 octobre 1866.

Mon cher Panizzi,

Je vous l'ai dit dès le commencement, vous exigez beaucoup de lady ***.

Une femme qui se convertit a peur du diable; elle est menée dès lors par

les gendarmes du bon Dieu, chargés de réprimer le diable, _id est_ les

prêtres. Vous autres, philosophes, vous êtes parfois trop sévères pour

les dévots. Vous les trouvez méchants; ils ne sont que faibles. Il faut

peut-être se tenir à distance d'eux, mais ne pas les juger comme vous

jugeriez un philosophe, votre confrère. Enfin, ce qui est fait est fait.

Le temps adoucira tout.

J'ai fait ma visite d'adieu à Saint-Cloud. J'ai trouvé le _maître_ de la

maison en excellente santé et très gai, _madame_ aussi. Le prince

impérial était aussi très gaillard. Il est probable qu'il n'y aura pas

de Compiègne cette année.

Miss Lagden et mistress Ewer sont parties ce soir pour Cannes. Elles me

chargent de vous dire, une fois pour toutes, que vous y seriez le

bienvenu et qu'elles auraient soin de vous comme de moi. J'ajouterai que

nous avons à notre disposition le docteur Maure, qui est un bon médecin

et des plus dévoués; qu'il y a, de plus, un médecin anglais et un

italien, le docteur Buttura, tous les deux intelligents, outre le

soleil, l'air de la mer, la vue des bois et des Alpes, et de très bonnes

selles de moutons. Des fiacres pour les gentlemen qui ne veulent pas se

promener à pied; des barques pour voguer sur le golfe presque toujours

uni comme une glace; la présence d'Édouard Fould et de sa cuisinière,

artiste sublime, et des grives _aux baies de myrte_, chez le docteur

Maure, complètent le tableau de Cannes. Le _drawback_ est l'absence de

belles dames, peu ou point de soirées, et manque absolu de livres.

Adieu; portez-vous bien et soignez-vous. J'ai prévenu M. Fould du

passage de M. Gladstone. Non seulement il fera plaisir à M. Fould en

allant le voir, mais je crois qu'il lui ferait de la peine en n'y allant

pas.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 105 / 206 题