CII

Paris, 28 octobre 1866.

Mon cher Panizzi,

Je conçois parfaitement tout le chagrin que vous donne cette triste

affaire. Elle me rappelle des souvenirs encore pénibles. Lorsqu'on perd

l'estime qu'on avait pour un _ami_, et surtout pour une _amie_, cela

vous gâte tout le passé. On n'a plus même les souvenirs du bon temps,

qui n'est plus. Pourtant, je tiens toujours à mon opinion. Il me semble

que vous attachez à des phrases de mélodrame, une importance qu'elles ne

méritent pas. Milady a été toujours portée à la déclamation, et c'est,

d'ailleurs, le défaut de la plupart des femmes. Tant qu'elles sont

jeunes et jolies, cela ne va pas mal. On ne s'en aperçoit que

lorsqu'elles vieillissent. Il y a une douzaine d'années qu'un malheur

semblable au vôtre m'est arrivé. Seulement il n'y avait pas de politique

et pas trop de religion dans l'affaire. J'en ai été horriblement

affecté, d'abord pour le fait en lui-même, ensuite par l'indignation que

me causait l'injustice avec laquelle on m'avait traité. Je me mets à

votre place et je vous plains de tout mon cœur.

Je crois complètement arrangée l'affaire de Fould, ce qui me réjouit. La

session ne sera pas des meilleures, à ce que je crains; mais, sauf

l'affaire du Mexique, il me semble qu'on pourra s'en tirer heureusement.

Je compte partir pour Cannes, dès que la crémaillère sera pendue dans

mon logement, c'est-à-dire d'aujourd'hui en huit, à peu près. Je ne

serai donc pas à Paris quand M. Gladstone y viendra; mais il verra sans

doute M. Fould, qui se fera un plaisir de le présenter. Si vous écrivez

à M. Gladstone, vous pourrez le lui dire. Je suis persuadé que

l'empereur aura beaucoup de plaisir à le voir.

On m'a fait, dans un journal belge, successeur de Bacciochi, et, dans un

allemand, ministre de l'instruction publique. Je ne réclamerai que

lorsqu'on me fera évêque.

Adieu, mon cher Panizzi; je suis bien fâché de vous savoir souffrant. Je

voudrais vous édifier au sujet de Cannes; mais la place me manque, je

reprendrai ce sujet à ma première lettre.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 104 / 206 题