Biarritz, 14 septembre 1866.
Mon cher Panizzi,
Il est question d'une ascension à la Rune pour demain en très (trop!)
nombreuse compagnie. J'espère que nous en reviendrons sans jambes
cassées. L'empereur ne paraît pas très pressé de nous joindre. Tantôt on
nous annonce son arrivée, tantôt on la renvoie aux calendes grecques.
Pour ma part, je voudrais bien le voir ici; car, sans nous amuser
beaucoup, nous ne sommes pas aussi sérieux qu'il convient à des gens
aussi respectables que nous tous. Malgré tout ce qu'on peut dire contre
les _blue stokings_, ils ont du bon et c'est une grande ressource pour
passer le temps. Bien que je m'acquitte assez honorablement de mon
métier de courtisan, je me sens pris parfois d'idées à la Bright, et
j'ai envie de m'en aller vivre en homme libre dans quelque auberge au
soleil. On nous annonce la grande duchesse Marie de Leuchtenberg, qui va
peut-être nous apporter un peu d'étiquette, quoiqu'elle s'en dispense
aussi chez elle, en voyage du moins.
Le premier volume de Burchard, le seul que j'aie, est ennuyeux. C'est un
long cérémonial où se trouvent çà et là quelques bons traits, comme, par
exemple, qu'on enterra le pape Innocent VIII sans chemise, parce qu'on
lui avait volé celle qu'il avait en mourant.
Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous, soyez patient et sage, et
donnez-moi de vos nouvelles.