XCVI

Biarritz, 8 septembre 1866.

Mon cher Panizzi,

La paix durera-t-elle, et que fera-t-on du côté de Rome? Ici, comme vous

pouvez bien vous le représenter, nous ne savons absolument rien.

L'affaire même de la démission de M. Drouyn de Lhuys est demeurée pour

nous à l'état de mystère. Ce qui me paraît probable, c'est que nous

allons quitter Rome, et qu'il va en résulter un cri de douleur parmi

tous nos dévots. Que vont faire vos volontaires? Je n'en sais rien. Le

mieux serait de demeurer tranquille et de laisser le malade mourir de sa

belle mort, accident qui me paraît à peu près inévitable, tandis que la

plus petite persécution peut lui rendre un peu de vigueur. C'est

toujours le cas avec les femmes et les prêtres.

Nous avons ici une chaleur assez forte avec des orages, qui ne

rafraîchissent l'air que pour quelques heures. On attend l'empereur, la

semaine prochaine, ainsi que la reine d'Espagne, qui viendra nous faire

visite avant de retourner à Madrid. Madame de Lourmel est à la villa et

se rappelle à votre souvenir, ainsi que Varaigne. Nous mangeons force

ceps à l'ail et des pêches gigantesques; nous allons nous promener le

long de l'Adour; enfin nous menons une vie très confortable et très peu

agitée.

Je lis, lorsque je ne dors pas, un livre dont malheureusement je n'ai

qu'un volume. C'est Burchard, qui parle beaucoup trop du cérémonial et

pas assez des mœurs privées et publiques. A ce propos, comment faire

pour me procurer l'ouvrage complet?

Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et ne vous persuadez pas que vous

ne pouvez vivre qu'à Londres. J'espère que la plage de Cannes ne vous

effrayera pas et je vous garantis qu'elle vous fera du bien.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 99 / 206 题