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Paris, 13 mai 1866.

Mon cher Panizzi,

Toujours même obscurité dans la politique. M. de Goltz disait hier, à un

de mes amis, qu'il espérait toujours que la guerre ne se ferait pas. Je

suppose que l'attitude de l'Allemagne fait un peu réfléchir le roi de

Prusse et M. de Bismark. Le Hanovre même se déclare pour l'Autriche. De

plus, les paroles très imprudentes d'Auxerre ont eu pour effet de calmer

un peu les Allemands. Je vous ai dit l'autre jour ce que j'en pensais:

mouvement d'impatience contre M. Thiers, contre la Chambre et contre les

bourgeois niais et sans patriotisme. Que pouvons-nous gagner à la

guerre? Les provinces rhénanes ne veulent pas de nous. La Belgique pas

davantage. S'il y avait un remaniement de la carte d'Europe, je ne vois

pas ce que nous pourrions demander, sinon des révisions de frontières

sans importance. D'un autre côté, il est évident que notre intérêt n'est

pas de favoriser une Allemagne unique et unie. Raison de plus pour ne

pas intervenir. Je ne vois qu'un cas possible, ce serait celui où les

Autrichiens auraient de grands avantages en Italie. Mais je crois qu'ils

se tiendront plutôt sur la défensive. Enfin il faut considérer que la

Prusse et l'Autriche se sont montrées aussi hostiles l'une que l'autre

et qu'il est impossible de faire cause commune avec l'une ou l'autre,

sans endosser son abominable politique. L'Italie est excusable de

s'allier avec la Prusse, parce qu'elle ne peut être blâmée de s'allier

même avec le diable pour rattraper la Vénétie, mais pour nous, nous

n'avons que des coups à attraper.

Je ne comprends pas grand'chose au second bill de réforme. Il me semble

seulement que c'est un grand coup de marteau dans le vieil édifice. Le

résultat sera de diminuer la _qualité_ des membres du Parlement,

laquelle n'est pas déjà si brillante. Je vois, dans les journaux, qu'on

se félicite de voir ôter aux fils de grandes maisons des bourgs qui

étaient à leur dévotion. A mon avis, c'était un des beaux côtés de

l'Angleterre, que cette initiation des jeunes aristocrates à la vie

politique dès leur sortie de l'Université. C'est ainsi que Fox, Pitt et

lord Palmerston sont devenus de bonne heure des hommes d'État. Vous

aurez en place des industriels et des négociants, c'est-à-dire des niais

et des esprits étroits, excluant systématiquement toute grandeur dans la

politique. On fera ainsi une Angleterre semi-démocratique, inférieure à

beaucoup d'égards à la vraie et terrible démocratie des États-Unis.

Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et tenez-vous en joie, autant

que le temps et les circonstances le comportent.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 83 / 206 题