Cannes, 7 janvier 1866.
Mon cher Panizzi,
Avez-vous vu le grand incendie de _Saint-Katharina's docks_ de votre
observatoire? Je me rappelle toutes les vanteries du capitaine Shaw au
sujet de ses machines à vapeur, et je vois qu'il a fallu deux jours pour
venir à bout de ce feu-là! Si vous le voyez, faites-lui mes compliments
de n'y avoir pas été asphyxié. Je vois, dans les journaux, qu'il a
failli y laisser le moule du pourpoint.
Je suis très en peine des affaires d'Espagne. On fait à O'Donnell
précisément ce qu'il a fait. Toute la question est de savoir si l'armée
ou la majorité de l'armée restera fidèle. Dans l'hypothèse de la
négative, tenez pour assuré qu'il y aura de l'autre côté des Pyrénées,
ou une république ou quelque anarchie d'à peu près même farine, dont le
voisinage ne nous sera nullement bon. Si Prim est pincé et fusillé,
comme il le mérite, cela donnera quelques années de plus à l'innocente
Isabelle.
Adieu, mon cher Panizzi; ces dames me chargent de tous leurs compliments
et souhaits pour vous. Nous avons un temps magnifique, et un soleil
comme on n'en voit à Londres qu'à l'Opéra.