XV

Paris, 3 juin 1864.

Mon cher Panizzi,

Je suis chargé par madame de Montijo--qui s'obstine à vous appeler

Panucci--de vous offrir le vivre et le couvert pendant votre visite à

Madrid. Elle dit que, le 1er octobre, on ira d'une traite en chemin de

fer de Bayonne à Madrid.

Le prince impérial a été un peu malade de quelque chose comme la

rougeole. Il est assez bien à présent, à ce qu'on vient de me dire. Je

ne crois pas même que ç'ait été la rougeole; mais une de ces petites

éruptions comme les enfants en ont souvent.

Le pape est, m'assure-t-on, dans un très mauvais état. Il se force pour

montrer qu'il n'est pas malade, et, à force de faire le brave, il finira

par s'en aller. On ne lui donne pas six mois de vie. Il a les jambes

enflées et toujours en suppuration, et, à soixante-dix-sept ans, c'est

peu rassurant. En trouvera-t-on un pire? Je ne le crois pas.

On paraît croire ici que la question du Danemark n'est pas près de se

dénouer. Ce qui est assez drôle, c'est que cette grosse bêtise du vote

des provinces en litige a fait de nombreux prosélytes en Allemagne, où

la France et l'empereur sont maintenant assez populaires. Je voudrais

qu'on introduisît en Autriche cette manière de faire voter les gouvernés

sur les gouvernants. Nous aurions un spectacle assez drôle. Au fait, la

Révolution fait des progrès effrayants partout. Il n'y a guère que votre

île de brouillards qui n'en soit pas menacée.

La révolte des tribus arabes tire à sa fin. Ils ont fait la faute de

faire leur levée de boucliers avant leur récolte, ce qui les oblige à

manger leurs troupeaux pour les empêcher de mourir de faim. Il y a aussi

d'assez bonnes nouvelles du Mexique. On dit qu'on forme en Autriche un

assez bon corps de volontaires pour le nouvel empereur.

Adieu, mon cher Panizzi; à bientôt j'espère. Mettez-moi toujours aux

pieds de vos belles dames.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 19 / 206 题