Paris, 27 mai 1864.
Mon cher Panizzi,
Notre session tire à sa fin: on pense qu'on nous donnera mercredi
prochain la clef des champs. De ce côté-là donc, pas de difficultés;
mais, du côté de mes poumons, il y en a d'assez graves. Je suis toujours
comme un poisson hors de l'eau, et je n'ose pas trop me mettre en route.
Joignez à cela le _risque_ d'une invitation à Fontainebleau, quoique,
entre nous, il me semble que je suis un peu en disgrâce. La semaine
prochaine, en tout cas, je prendrai mon grand parti, et, si je puis
aller vous voir, j'écrirai à M. Poole de me faire des habits dignes de
votre compagnie.
Le faubourg Saint-Germain est dans un paroxysme de fureur du brevet de
duc de Montmorency envoyé au duc de Périgord. Il est le fils du duc de
Valençay (fils de madame de Dino-Talleyrand) et de mademoiselle de
Montmorency, sa première femme. Mais il y a des collatéraux, des
Montmorency, des Luxembourg, des Laval, etc., qui réclament et crient
comme des brûlés. Pour moi, il me semble que quiconque aime les cerises
de Montmorency a des droits à un duché éteint.
Ce soir, on disait qu'on allait faire un duc de X... et un duc de Z...,
deux titres éteints, le premier fort antique, et l'autre du premier
empire. Tous ces ducs nouveaux sont des jeunes gens qui ne brillent ni
par l'intelligence ni par la vertu; mais il y a dans l'atmosphère des
cours quelque chose qui attire les niais et leur procure une bonne
réception.
Je suis un peu inquiet de la santé de la comtesse de Montijo. Elle ne
viendra pas en France cette année, et il se pourrait bien que j'allasse
lui faire une petite visite à Madrid. Que diriez-vous d'une course de ce
côté? Mais il ne faudrait pas y aller avant la fin de septembre, de peur
de fondre en route. Je vous mènerais à l'Escurial, où nous verrions
quantité de manuscrits et de bouquins curieux. On va en chemin de fer
presque toute la route depuis Bayonne; cependant il y a encore une
lacune de quelques heures, mais ce n'est pas grand'chose.
Adieu, mon cher Panizzi; donnez-moi vite de vos nouvelles.