Paris, 16 mai 1864.
Mon cher Panizzi,
La session finit un peu mieux qu'on ne l'espérait. M. Rouher a pris de
l'assurance et a fait des progrès très notables. Thiers a perdu beaucoup
de son prestige. C'est toujours le même art et la même facilité
d'élocution, mais point d'idées politiques, et, au fond, de petites
passions mesquines. Il a parlé contre l'expédition du Mexique et a
conclu en proposant de traiter avec Juarez, qui est à tous les diables.
Il vient de parler contre le budget, qu'il trouve trop considérable, et
a parlé pendant trois heures et demie. Mais il ne trouve pas qu'on
dépense assez pour la guerre, pas assez pour la marine; il approuve les
augmentations des traitements; enfin il conclut en disant qu'on a trop
dépensé pour la préfecture de Marseille, et, sur le total, il se trompe
de sept millions. Les nouveaux députés se moquent un peu de lui, et il
paraît, au fond, assez mécontent de lui-même.
On nous dit que, aussitôt après la session, il y aura quelques
mouvements ministériels. Le ministre de l'intérieur sera changé, cela
paraît sûr, mais quel parti l'emportera dans le cabinet? C'est ce que
personne ne peut dire et ce que le grand faiseur lui-même ne sait
peut-être pas encore à présent.
Adieu, mon cher Panizzi; on me dit que vous allez parfaitement bien, ce
qui me réjouit fort.