Paris, 1er mai 1864.
Mon cher Panizzi,
Vous êtes indulgent pour Garibaldi: il est vrai qu'il n'a rien dit de
l'empereur, mais il a promis la république à la France; il s'est reconnu
pour élève de Mazzini, enfin il a fraternisé avec Ledru-Rollin. Or
Ledru-Rollin n'est pas exilé depuis le coup d'État du 2 décembre. C'est
sous la République qu'il a conspiré, et par la République qu'il a été
condamné.
Vous dites que Garibaldi n'a pas été condamné ni même poursuivi. Cela
est très vrai, mais ne prouve qu'une chose, la faiblesse du gouvernement
italien. Cela ne diminue en aucune façon la culpabilité de l'auteur de
l'expédition qui a fini par la fusillade d'Aspromonte. Je ne crois pas
que ce soit le dernier mot de Garibaldi, qui me paraît homme à vouloir
mourir _coi scarpi_, comme on dit en Corse, et je crains fort que, d'ici
à peu de temps, il ne fasse des siennes.
L'effet produit par vos ovations en Europe n'a pas été heureux, et vous
verrez les Allemands travailler et peut-être réussir à faire une
nouvelle coalition dont l'Italie pourra se ressentir. Un de mes amis qui
arrive de Vienne me dit qu'ils ont tous la tête perdue de leur grande
victoire de soixante mille hommes contre quinze mille. J'espère que leur
enthousiasme leur fera faire quelque sottise.
Ici, les choses ne vont pas trop bien, l'intérieur n'a pas de direction;
on maintient des préfets compromis ou incapables, on laisse les
cléricaux, les carlistes et même les rouges faire de la propagande. Il
n'y a pas de système. Il faudrait ou résister énergiquement, ou bien
faire à temps quelques concessions utiles, mais on attend et on ne fait
rien.
Les lettres de Napoléon à Joséphine que nous avons vues il y a quelques
années, avec une très jolie femme, ont été vendues à Feuillet de Conches
pour 3,000 francs; elle nous en demandait 8,000. Je ne trouve pas que ce
soit trop cher, vu le prix des autographes à présent.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et tenez-vous en joie.