XI

Paris, 24 avril 1864.

Mon cher Panizzi,

Je croyais que nous avions le privilège d'être plus fous que les autres

peuples, mais cette année les Anglais ont l'avantage. Chasser M.

Stanfeld, qui est ami de Mazzini, fêter Garibaldi, qui dit que Mazzini

est son maître, _e sempre bene_. La visite du prince de Galles aurait

probablement bien étonné M. Pitt et même M. Fox. Le discours de M.

Gladstone au Parlement m'a paru une de ces comédies que l'on ne joue pas

sur les grands théâtres. Tout cela me semble vraiment honteux.

Si l'aristocratie anglaise a fait tant de frais pour que Garibaldi ne se

compromît pas avec les radicaux, quel résultat a-t-elle obtenu? Il a dit

qu'il était l'élève de Mazzini. Il a remercié lord Palmerston de l'avoir

laissé débarquer en Sicile; il a reçu un drapeau avec l'inscription:

_Rome et Venise_, outre l'argent. Croyez-vous qu'il en eût fait

davantage avec les radicaux?

Comment les ministres étrangers prendront-ils la chose? Il me semble

certain que tous les gouvernements de l'Europe regardent l'Angleterre

comme le boute-feu de la Révolution, et, lorsqu'elle demandera pour le

Danemark l'exécution des traités, pour la Pologne les conventions de

1815, qui ne lui rira au nez?

J'ai vu une lettre d'une personne qui voit souvent la reine et qui la

dit furieuse. On lui prête ce mot qu'elle ne croyait pas qu'elle pût

être jamais honteuse d'être la reine des Anglais, comme elle l'est à

présent.

Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 15 / 206 题