IV.

_De l'ordenance des batailles du roy de France._

Et orrois coment les batailles[388] passèrent: la première bataille

menèrent les deux maréchaux et le maistre des arbalestriers, et avoient

en leur route six bannières, et tous les gens de pié suivirent celle

bataille et tous les charrois. Quant les mareschaux vindrent au champ,

il baillèrent places aux fourriers pour leur maistres. Après passa la

bataille au conte d'Alençon où il avoit vint et une bannières: celle

bataille prist son tour jusques emprès le mont de Cassel, et ilecques

s'arresta jusques à tant que les tentes fussent dréciées.

[Note 388: _Batailles_. Divisions.]

Après passa la tierce bataille où il avoit treize banières, et la

conduisoit le maistre de l'ospital d'Oultre-mer, et le sire de Biaugeu

et tous ceux de la Languedoc.

La quarte bataille mena le connestable de France Gauchier de

Chastillon, et avoit huit banières.

La quinte fu du roy qui contenoit trente-neuf banières, et estoit le

roy armé de ses plaines armes. Et estoit en sa bataille le roy de

Navarre, le duc de Lorrayne et le conte de Bar[389], et avoit une aile

de six banières que messire Mile de Noyers conduisoit qui portoit

l'oriflambe.

[Note 389: _Le roy de Navarre_, Philippe d'Evreux, père de

Charles-le-Mauvais.--_Le duc de Lorraine_, Frédéric III.--_Le conte

de Bar_, Edouard I.--_Le duc de Bourgogne_, Eudes IV.--_Le dauphin de

Vienne_, Guignes VIII.--_Le conte de Hainau_, Guillaume.--_Le roy de

Behaigne_ ou _Bohème_, Jehan.--_Le duc de Bretaigne_, Jean III, dit le

Bon.]

La sixiesme conduisoit le duc de Bourgoigne où il avoit dix-huit

banières.

La septiesme mena le dauphin de Vienne où il ot douze banières.

La huitiesme le conte de Hainau avecques dix-sept banières, et avoit

une aile de messire Jehan son frère qui menoit les gens du roy de

Behaigne[390].

[Note 390: _Les gens du roy de Behaigne_. «En cel an, le roy do Boesme

entour yver passé devant, estoit passé en terre de Sarrasins et prist

grant païs et regions sus eux, et en vindrent à foy de crestienté par

luy pluseurs ... Et combien que il fust là, nepourquant il envoia des

gens d'armes de sa terre au roy, auquel il avoit juré aide envoier en

Flandres.» (Addition du msc. 218, Suppl. franç.)--Tous les précieux

détails de cette fameuse bataille de Cassel ne se retrouvent pas dans

la continuation latine de Nangis.]

La neuviesme mena le duc de Bretaigne, et avoit quinze banières: tous

ceux-ci s'alèrent logier ès places que les mareschaux leur avoient

bailliées à deux lieues du mont de Cassel.

Quant tous furent logiés, si vint l'arrière garde qui estoit la

dixiesme bataille, et la conduisoit monseigneur Robert d'Artois, et là

avoit vint-deux banières: et se traist devers le mont de Cassel, et

avironna tout l'ost et passa par devant la tente du roy, et ala à une

abbaïe assez près que l'en appelle la Wastine[391] et s'i loga.

[Note 391: _La Wastine_. Sans doute l'ancienne abbaye de _Woestine_,

sur la route de Saint-Omer à Cassel, à deux lieues de cette dernière

ville.]

L'endemain vint le duc de Bourbon en l'ost et toute sa bataille à

quatorze banières.

Les Flamens qui sus le mont de Cassel estoient virent le roy, à tout

le povoir de son royaume, qui estoit logié à deux lieues d'eux; mais

oncques pour ce ne se effroièrent, ains mistrent leur tentes hors de

la ville et s'alèrent logier sur le mont, pour ce que les François les

peussent veoir; et ainsi furent trois jours les uns contre les autres

sans riens faire. Et au quatriesme jour se desloga le roy, et s'ala

logier de une lieue près sus une petite rivière que on appelle la

Pienne; adonc vint monseigneur Robert de Flandres à toute sa bataille,

où il ot cinq banières.

Lors le roy de France prist conseil à ses barons coment il les pourroit

avoir au bas du mont, car sur le mont il n'avoit mie jeu parti[392];

et pour ce envoia par un mardy, veille saint Barthelemi au point du

jour, les deux mareschaux, et messire Robert de Flandres par devers

le terrouer de Bergues et boutèrent le feu; et pour ce les cuidièrent

traire jus hors du mont; mais oncques n'en firent compte, ains vindrent

toute jour au pié du mont paleter aux gens du roy, et les chevaliers

montèrent sus leur roncins, en leur purs auquetons[393] pour veoir les

paleteis; et quant il véoient aucun blescié qui bien avoit fait la

besoigne si en rioient et moquoient.

[Note 392: _Jeu parti_. Expression que nous avons déjà remarquée

ailleurs. C'est-à-dire: La partie qu'on lui offroit n'étoit pas égale.]

[Note 393: En leur simple cotte d'armes.]

Quant les mareschaux furent venus de fourrer, si s'alèrent aaisier; car

il avoient le jour grant peine soufferte, né oncques en l'ost du roy

on ne fist guet, et les grans seigneurs aloient d'une tente en l'autre

pour eux déduire en leur belles robes.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 220 / 290 题