V.

_Coment les Flamens descendirent estoutiement[394] et cuidièrent

seurprendre le roy, et coment les Flamens furent desconfis et occis

environ dix-neuf mille et huit cens personnes._

[Note 394: _Estoutiement_ ou _par estoutie_. Par malicieuse témérité.]

Or vous dirons des Flamens qui estoient sus le mont de Cassel qui

s'avisèrent que les mareschiaux estoient moult lassés, et les autres

chevaliers s'esbatoient à jouer aux dés et en autres déduis, et le roy

estoit en sa tente avec son conseil pour ordener des besoignes de sa

guerre[395].

[Note 395: _De sa guerre_. «Post prandium, cûm rex vellet, more solito,

sopori allquantulùm inclinari ...» (Continuation de Nangis.)]

Les Flamens firent trois grosses batailles, et vindrent avalant[396]

le mont à grans pas devers l'ost du roy, et passèrent tout outre sans

faire cri né noise, et fu à l'eure de vespres sonnans. Tantost que on

les apperceut, si pot l'en voir toutes manières de gens fuir de l'ost

du roy vers la ville de Saint-Omer. Et les Flamens ne s'atargèrent mie,

ains vindrent le grant pas pour seurprendre le roy en sa tente; mais,

ainsi comme Dieu voult, les mareschaux et leur gens qui n'estoient mie

encore tous désarmés, tantost que il oïrent le cri montèrent sus leur

chevaux et vindrent ferant des esperons vers les anemis.

[Note 396: _Avalant_. Descendant.]

Quant les Flamens les virent aprochier, un pou s'arrestèrent, mais

quant il virent que si pou de gens estoient, si murent pour aler avant;

et tantost vint messire Robert de Flandres au secours des mareschaux.

Tantost qu'il le virent si s'arrestèrent et se mistrent en conroy; et

avoient jà tant esploitié qu'il estoient jà à trois arbalestes près

du roy de France; mais par l'arrest qu'il firent furent tous les haus

hommes armés. Et alèrent[397] avecques toutes leur batailles vers leur

anemis et leur coururent sus, et à grant paine les entamèrent; mais il

navrèrent moult de haux hommes avant que l'en les peust conquerre.

[Note 397: _Et alèrent_. Et les Flamands allèrent. C'est leur premier

moment d'hésitation qui sauva l'armée françoise.]

Or, vous dirons du roy qui s'armoit en sa tente, et n'avoit entour luy

que deux jacobins et ses chambellans: et vindrent ceux qui estoient

pour son corps, et le montèrent sus un destrier, couvert de ses armes,

et avoit une tunique des armes de France et un bacinet[398] couvert de

blanc cuir: et à sa destre estoit messire Flastres de Ligny, messire

Gui de Baussay et messire Jehan de Cepoy; et à senestre, estoit messire

Froullard de Usages et messire Sanses de Baussay; et par derrière

estoit Le Borgne de Sency, qui portoit son hyaume à tout une couronne

et la fleur de lis dessus; et par devant estoit messire Jehan de

Biaumont, qui portoit son escu et sa lance, et messire Mile de Noiers,

monté sur un grant destrier couvert de haubergerie, et tenoit en sa

main une lance en laquelle l'oriflambe estoit attachié, qui estoit d'un

vermeil samit à guise de gonfanon à deux queues, et avoit entour houpes

de soye vert. Et ainsi ala vers la bataille.

[Note 398: _Bacinet_. Casque.--«Le roy, lors apresté de cors et

monté, jasoit ce qu'il n'eust pas tout son harnois de jambes, issi de

sa tente, dont messire de Noiers, l'oriflambe desploié, mena le roy

par devers destre, en encloant les Flamens.» (Addition du msc. 218.)

Croiroit-on qu'au lieu de suivre les récits contemporains, M. Sismondi

ait bien osé dire ici: «Les chevaliers eurent grande peine à retenir

l'ennemi, tandis que Philippe _s'échappoit par derrière_, sautoit sur

un cheval et s'enfuyoit au galop.» Tome X, page 22. Voilà l'austère

impartialité de cet historien.]

Quant les Flamens virent tant de gens venir sur eulx, il ne porent

plus soustenir le fer, si se desconfirent: là pot-on veoir maint homme

tresbuchier et mètre à mort, et les nobles de France crier à haute

voix: _Mont joie Saint-Denis!_ Et le conte de Hainaut qui s'estoit

trait vers le Mont de Cassel, trouva une bataille de Flamens qui

s'estoient trais en un clos: tantost courut à eux, mais tant estoient

entrelaciés que dessevrer ne les povoit; si descendi à pié et sa

chevalerie, puis prist l'escu et la lance au poing, et leur courut

sus, criant à haute voix: _Hainaut!_ Et les Flamens se deffendirent

viguereusement, mais en la parfin la force ne dura guères; si se

desconfirent, et furent ilecques tous tués. Puis monta le conte de

Hainaut, et se trait sur le Mont de Cassel, et tous ceulx qu'il y pot

trouver ou encontrer il les fist mettre à mort. En celle bataille fu

tué Colin Zanequin, qui estoit capitaine des Flamens. Les gens du

roy qui chaçoient les anemis vindrent en la ville du Mont de Cassel,

et boutèrent le feu par tout, de quoy tout le païs fu resjoïs quant

il virent le feu. Et puis retourna le roy en ses tentes, loant Dieu

de sa victoire. Mais aucuns qui s'en estoient fuis quant il virent

les Flamens venir, comme dessus est dit, retornèrent et firent les

bons varlés et faisoient entendant qu'il avoient tout vaincu. Or vous

dirai des haus hommes qui furent mors et navrés en celle bataille:

il y ot mort un chevalier de Champaigne qui estoit à banière que on

appeloit monseigneur Regnaut de Lor, et fu enterré à Saint-Bertin; et

si y mourut un banneret de Berri, lui sisiesme de chevaliers, qui fu

appellé le visconte de Bresse, et furent tous enterrés aux Cordeliers.

Des navrés qui vindrent à Saint-Omer, il y fu le duc de Bretaigne, le

conte de Bar et le conte de Bouloigue qui furent malades de fièvres et

d'autres maladies. Messire Loys de Savoie fu navré en la main; messire

Bouchart de Montmorency fut navré au pié; messire Henri de Bourgoigne

ot un oeil crevé; et tout plain d'autres haus hommes des quiex je ne

sais les noms. Ceste bataille fu faite la veille de monseigneur saint

Barthélemi, l'an de grace mil trois cent vint-huit; en laquelle y ot

mors des Flamens, si comme en aucunes chroniques est contenu, dix-neuf

mille et huit cens personnes de la partie des Flamens[399]. Et après

que ceste bataille fu faite, le roy de France fu par quatre jours aux

champs où la bataille avoit esté faite, et atendi la garison de ses

gens qui estoient malades et navrés; et puis s'en parti, et passa

Cassel à la main destre, et toute la basse Flandres s'en vint rendre

à luy. Puis se traist vers Ypres et s'ala logier près de la ville;

et tantost se rendirent à luy par condicion, et luy baillièrent des

malfaiteurs, les quiex le roy fist tantost pendre. Et puis envoia en

la ville le conte de Savoie et le connestable de France à tout deux

mille hommes d'armes; et commandèrent que tous leur aportassent leur

armeures, et il le firent; puis abatirent leur cloche qui pendoit au

beffroy, et laissièrent capitaine en la ville un chevalier de Flandres

que on appeloit messire Jehan de Bailleul.

[Note 399: «Suspicabatur numerus occisorum tâm in loco conflictûs quâm

extrà, XX M. II C. minus, sicut rex Franciæ testificatus fuit

per litteras sigillatas super hoc abbati S., Dyonisii directas, quas

vidi.» (Continuation de Nangis.)]

Adonc vint le conte de Flandres devers le roy et amena avecques luy

ceux de Bruges, et du Franc qui avoient entendu la desconfiture de

Cassel, et pour ce s'estoient-il rendus au conte. Si considéra le roy

que le temps commençoit à refroidir, si les reçut à merci et à sa

volenté; lesquiels il condampna les uns par banissement, les autres

par mort, les autres à estre trois ans oultre Somme. Et restabli le

conte en sa conté, en lui disant ces paroles: «Conte, gardez-vous des

ore en avant que par deffaute de justice ne nous faille plus par deçà

retourner[400].» Et puis vint le roy à Lille, et départi son ost et

s'en revint en France. Le pape Jehan, qui avoit donné au roy Charles,

luy vivant, deus disiesmes, luy mort, ledit pape de nouvel les donna et

ottroia au roy Phelippe.

[Note 400: «Et li dist: Conte, je suis là venu avec mes barons, que

j'ai traveillié pour vous et au miens et à leur despens. Je vous rens

vostre terre acquise et en pais; or faites tant que justice y soit

gardée, et que par vostre deffaut, il ne faille pas que plus reviegne.

Car sé je i revenoie plus, ce seroit à mon profit et à vostre domage.»

(Addition du msc. 218.)]

Item, les Anglois et les Escos qui par lonc temps estoient à descort

furent ensemble racordés, si comme l'en dit, sus cette forme, c'est

à savoir: que le fils au roy d'Escoce prendroit à femme la fille

du nouviau roy d'Angleterre; et que ledit roy d'Escoce seroit tenu

perpétuelment au roy d'Angleterre aidier en toutes ses guerres, et

contre tous, le roy de France excepté.

Item, en ce temps mourut Jehan, duc de Calabre, chevalier très

puissant, fils seul du roy Robert de Secile, lequel Jehan avoit esté

capitaine principal des Guelphes.

Item, en cest an meisme, au moys de décembre l'an mil trois cent

vint-huit, trembla la terre moult forment, et meismement en Ytalie,

environ la cité du Perruse, dont aucunes villes fondirent en abisme,

et aucuns chastiaux furent trébuchiés. Et en France, la veille de la

feste monseigneur saint Denis ensuivant, les vens furent si grans,

qu'il abatirent entre les autres choses, le clochier de l'églyse

Saint-Père-de-Chaumont en Vauquessin.

Item, cel an et de nuit, lettres furent attachiées aux portes de

Nostre-Dame de Paris, aux portes des frères Prescheurs, et aux

portes des frères Meneurs de Paris, de par les trois, c'est assavoir

l'antipape, Loys de Bavière et frère Michiel[401] dessus nommés.

Esquelles lettres entre les autres choses estoit contenu que les trois

dessus nommés, avecques leur complices, tenoient le pape Jehan pour

hérite et de sainte églyse parti, meismement qu'il s'efforçoit de

destruire la povreté de l'évangile; et pour ceste cause il appeloient

de par l'antipape au concile général en la cité de Milan.

[Note 401: _Michiel_. De Cesène. Le général des frères Mineurs.]

Item, encore unes autres lettres closes furent envoiées à l'évesque

de Paris et à l'université; lesquelles lettres il envoièrent au pape

toutes closes, pour savoir que desdites lettres il vouldroit ordener.

En ce temps, vint le roy Phelippe à Saint-Denis en très grant

dévocion visiter monseigneur saint Denis son patron, et le mercier

de la glorieuse victoire que Dieu luy avoit donnée par les prières

Nostre-Dame et de monseigneur saint Denis, et des autres saints de

Paradis. Et luy rendi sus son autel l'oriflambe qu'il avoit prise

quant il s'estoit parti à aler contre les Flamens. Et puis s'en ala à

Nostre-Dame de Paris[402], et quant il fu là il se fist armer des armes

qu'il avoit portées en la bataille des Flamens; et puis monta sur un

destrier, et ainsi entra en l'églyse de Nostre-Dame de Paris, et très

dévotement la mercia, et luy présenta ledit cheval où il estoit monté

et toutes ses armeures.

[Note 402: Velly a suivi une mauvaise leçon de nos Chroniques, quand

il a dit que le roi s'étoit rendu à Notre-Dame de Chartres en quittant

Saint-Denis. Sur vingt manuscrits, dix-neuf portent Notre-Dame de

Paris. Le continuateur de Nangis dit la même chose, et personne n'a

pu discuter ce point d'histoire, sinon d'après la continuation latine

de Nangis et les _Chroniques de Saint-Denis_. Cela n'a pas empêché

l'académicien Moreau de Mautour de prétendre, dans le tome II des

_Mémoires de l'Académie des Inscriptions_, p. 300, que la statue

équestre d'un roi de France, placée avant la révolution à l'entrée

de la grande nef de la cathédrale, étoit celle de Phllippe-le-Bel.

Son opinion, suivie par Velly contre le sentiment de Montfaucon est

pourtant insoutenable, puisqu'aucun historien contemporain ne dit que

Philippe-le-Bel soit entré dans la cathédrale de Paris armé de pied

en cap, ni qu'il ait fait don de ses armes à cette église; tandis

qu'on conserve à Chartres, avec l'armure de Philippe-le-Bel, une

inscription annonçant qu'elle a été offerte à Notre-Dame de Chartres

par Charles-le-Bel, au nom de son père et en mémoire de la victoire

de _Mons-en-Puèvre_. (Voyez les précieuses études de M. Allou sur

_les armures_. _Mémoires de la Société des Antiquaires de France_,

tome XIV.)--Il est fâcheux qu'un historien aussi grave que Velly ait,

après cela, dit de l'opinion que nous soutenons: «C'est une erreur qui

n'a aucun fondement dans les histoires de ce temps-là.» (T. VIII, p.

221.) Il est fâcheux surtout de lire dans Dulaure, au lieu des regrets

que devoit lui inspirer la destruction révolutionnaire d'un monument

aussi curieux, aussi inoffensif: «Cette statue équestre n'intéressoit

que comme monument du costume et de l'état des arts de ce temps.»

N'étoit-ce donc rien?]

Item, en l'an dessus dit, c'est assavoir le treiziesme jour d'octobre,

la royne Climence femme jadis au roy Loys Hutin trespassa, et en

l'églyse des frères Prescheurs de Paris fu enterrée.

Item, en ce temps, Loys le conte de Flandres, à la requeste duquel

en partie le roy Phelippe avoit entrepris la guerre des Flamens

derrenièrement finée, n'oblia pas les paroles que le roy Phelippe

luy avoit dites, quant il parti de la Flandre, si comme dessus sont

escriptes, c'est assavoir qu'il gardast justice. Et si fist-il; car

dedens troys mois ou environ, il extirpa de ceulx qui avoient esté

conspirateurs et détracteurs contre le roy et contre luy, et en mist et

fist metre à mort jusques au nombre de dix mille ou environ, si comme

l'en maintenait communément. Mais le principal capitaine des Flamens,

qui estoit appellé Guillaume de Cany[403] de Bruges, quant il vit que

le conte de Flandres faisoit justice, si ot paour et s'enfui[404] au

duc de Breban, et luy requist aide contre le conte de Flandres lequel

avoit fait mettre à mort pluseurs preudeshommes, si comme il disent,

né encore ne désistoit-il point de jour en jour. Et promist ledit

Guillaume de Cany audit duc de Breban, chevaux, armeures, et très grant

somme d'argent; auquel ledit duc respondi que ceste chose ne feroit-il

pas sans le conseil du roy de France né sans son assentement; mais que

ledit Guillaume iroit par devers le roy et de sa gent avec luy, et

ce que le roy ordoneroit à la requeste dudit Guillaume, ledit duc le

feroit à son povoir. Lequel chut au las qu'il avoit tendu; car il fu

amené à Paris au roy, et fu faite enqueste sur luy, pour laquelle il

fu trouvé moult coupable, et pour ce fu moult honteusement condamné:

premièrement il fu tourné au pilori, puis luy furent les deux poings

coppés, puis fu mis en une haute roue et ses poings emprès luy; mais

quant l'en vit qu'il s'inclinoit à mourir, l'en l'osta de ladite roue,

et fu lié à la queue d'une charete et fu traîné; et puis après il fu

pendu au gibet de Paris et ses poings emprès luy.

[Note 403: _De Cany_. Le nº 218 le nomme _le Doyen_; et les éditions

imprimées, _le Canu_. De là nos historiens modernes ont fait _le

Chauve_.]

[Note 404: _S'enfui_. «Par le conseil d'aucuns de Flandres des _Gros_.»

(Msc. 218.) Les _Gros_ étoient les gens du parti opposé au comte de

Flandres.]

Item, au temps ensuivant et en ceste présente année, messire Jehan

de Cherchemont, chancelier du roy de France, très sage ès choses

séculières, et très convenable en court du pape et du roy, en vivre

très délicieux, en port et en manière au jugement de pluseurs très

orgueilleux, avint qu'il volt partir pour aller veoir une chapelle

de chanoines, laquelle il avoit fait édifier là où il avoit esté né,

c'est assavoir en la dyocèse de Poitiers; et aloit là plus pour son nom

magnifier que pour le nom de Dieu honnorer, si comme pluseurs disoient

et le creoient. Mais Dieu juge des cuers des hommes, et ce à luy seul

apartient et non à autre. Si avint, de par la permission de Dieu,

que ledit messire Jehan de Cherchemont, très ce qu'il fu entré en la

dyocèse de Poitiers, à laquelle il avoit espérance d'avoir très grans

honneurs, sans parler à aucune personne, mourut soudainement[405]. Le

scel du roy fu porté au roy, et le corps fu enterré par la main de

l'évesque de Poitiers en la chapelle que ledit messire Jehan avoit

fondée.

[Note 405: _Soudainement_. «En alant en Poyto dont il estoit nez chéi

de son cheval soudainement et morut en plain chemin ... Et le sail du

roy que il avoit par sa présumpcion porté avec luy fu raporté au roy à

Paris. Ice chancelier estoit nommé Jehan de Serchoemont, qui avoit esté

solemnex avocat en parlement.» (Msc. 218.)]

Item, en ce meisme an, le roy de France Phelippe envoia par devers le

roy d'Angleterre certains messages entre lesquiels fu maistre Pierre

Rogier, abbé de Fescan, docteur en théologie, afin qu'il ajournassent

le roy d'Angleterre pour faire hommage audit roy de France de la

duchiée d'Aquittaine. Lesquiels messages demourèrent longuement en

Angleterre et attendoient pour parler au roy; mais il ne porent oncques

parler à luy, si parlèrent à sa mère, laquelle leur donna responses non

convenables, en manière de femme[406]; et quant il virent que autre

chose ne povoient faire, si retournèrent en France, et disrent au roy

tout ce qu'il avoient fait et oï.

[Note 406: Laquele leur dit, si comme l'en disoit, que son fils qui

estoit né de roy ne feroit pas hommage à fils de conte. Et que Phelippe

de Valois qui roy de France se nommoit gardast bien que il fasoit; et

que son fils estoit plus près et prochain pour le royaume de France

avoir que il n'estoit.» (Msc. 218.)]

Item, en ceste meisme année, le pape Jehan fist publier à Paris

aucuns procès fais contre Pierre Ranuche, lequel se faisoit appeller

Nicolas-le-Quint; èsquiel procès il estoit contenu ledit Pierre avoir

esté marié avant qu'il eust esté religieux; et depuis qu'il fu entré en

religion, sa femme l'avoit fait semondre par pluseurs fois; et avoit

à nom sa dite femme Jehanne Mathié. Lequel Pierre, en désobéissant au

commandement de sainte églyse, ne voult oncques retourner avecques sa

dite femme; et pour ceste cause ledit pape comme contumace le dénonça

pour escomenié par la vertu desdis procès fais encontre luy à la

requeste de ladite femme.

Item, en ce temps, ot le roy de France délibéracion avecques son

conseil, assavoir mon sé pour le deffaut du roy d'Angleterre qui

estoit son homme de la duchié d'Aquitaine, et lequel estoit refusant

de en faire hommage audit roy de France, sé ledit roy de France la

devroit appliquier à sa seigneurie? Si luy fu respondu que non; mais

seulement durant le temps que l'ommage n'a pas esté fait, supposé que

la citation ait esté faite duement, le seigneur puct faire endementres

les fruits de la terre de son vassal siens, jusques à tant que son dit

vassal retourne à l'ommage de son seigneur. Et pour ceste cause furent

envoies en Gascoigne l'évesque d'Arras et le seigneur de Craon, afin

qu'il méissent tous les émolumens et revenus de la duchié d'Acquitaine

en la main du roy de France, jusques à tant que le roy d'Angleterre

luy eust fait hommage deu. Item, derechief et d'abondant, le roy de

France envoia autres messages en Angleterre audit roy d'Angleterre,

afin qu'il fust cité une fois pour toutes pour ledit hommage faire; et

par tele manière que s'il estoit négligent de faire le dit hommage,

l'en procéderoit contre luy par la force et par la manière que droit le

donroit.

Item, en celui temps, la royne de France enfanta un fils: mais il

mourut assez tost après, et fu enterré en l'églyse des frères Meneurs à

Paris.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 221 / 290 题