X.

_Coment le pape geta sentence de privacion d'empire contre Loys de

Bavière._

[367]Comme l'empereur Constantin eust donné à l'églyse de Rome et à

Saint-Sylvestre la dignité de l'empire perpétuellement à tenir et

posséder ès parties d'Occident, lequiel est establi à estre ordené par

un prince séculier, qui doit estre esleu par les électeurs d'Alemaigne

qui à ce faire sont ordenés et députés, desquiels l'eslection, combien

que elle soit justement faite et célébrée, doit estre offerte à

l'examination de la court de Rome, et la personne de l'esleu doit estre

examinée en la foy crestienne, et savoir de luy sé il a intention de

garder et deffendre de tout son povoir les droits de l'églyse. Et,

après ces choses, reçeu du Saint-Père le serement de l'empereur, le

pape le doit confermer et luy enjoindre l'office et l'administration

de l'empire; lesquielles choses en l'eslection du dit Loys de Bavière

furent défaillans et délaissiées; car les esliseurs le eslurent en

discort et y ot contradicion; et les uns eslirent Loys duc de Bavière,

les autres Federic duc d'Osteriche. Et ainsi chascun voult prendre à

soy et usurper le droit de l'empire par force d'armes; dont il avint

qu'il se combatirent, si fu pris le duc d'Osteriche, comme dit est

dessus, et sa bataille desconfite; et tantost Loys de Bavière s'en va

faire couronner et usurper les drois de l'empire, en soy appellant roy

des Romains _semper Augustus_ en ses lettres, et ordenant des choses

qui appartiennent à empereur duement ordené et establi et confirmé,

au grant préjudice et déshonneur de la court de Rome et de toute

saincte églyse; laquielle chose pape Jehan non aiant povoir de ceste

chose dissimuler, meu à juste cause et contraint en conscience, fist

semondre ledit duc de Bavière qu'il venist à luy respondre sus les

choses devant dites. Lequiel au terme qui luy estoit assigné ne vint né

comparut; mais envoia tant seulement trois procureurs qui autre chose

ne rapportèrent de la court fors que le terme de la citation ou de la

semonse fu aloignié jusques à trois mois. Auquiel terme ledit Loys, né

par luy né par autre, ne vint à court né ne se comparut né aussi ne

donna aucune response; et pour ce le Saint Père voyant saincte églyse

estre ainsi desprisiée, commanda, en vertu de saincte obédience, à tous

prélas, barons, et à tous autres, que nul en ceste rebellion ne luy

prestast aide, conseil né faveur encontre saincte églyse: né ne fust

appellé empereur, ainsois absoloit tous les vassaux du serement de

féauté, sé aucuns en avoient fait audit Loys de Bavière, ou se aucuns

luy en devoient: et quiconques iroit contre le commandement du Saint

Père, s'il estoit prélat fust suspendu de son estat, s'il estoit lay

qu'il fust escommenié et sa terre mise en entredit. Mais avant que le

pape jetast ceste sentence, il attendi encore, comme débonnaire père

fait son enfant, l'espace de trois moys, pour veoir s'il retourneroit

à obédience de saincte églyse: lequiel Loys de Bavière mettant tout

en nonchaloir fist pis que devant, en appelant contre le pape au

concile à venir, en le diffamant et en opposant article de hérésie, et

luy appellant hérite; et disant que à luy nul n'estoit tenu d'obéir,

pour ce qu'il avoit fait une décrétalle en laquelle il condamnoit une

hérésie qui maintenoit que Jhésucrist et ses disciples n'avoient riens

eu en commun, qui est appertement contre le texte de l'évangile qui

dit le contraire en pluseurs lieux. Pour tiex fais désordenés geta le

pape sa sentence devant dite de privacion de empire et de serement des

barons, comme dit est.

[Note 367: Ce chapitre ne se trouve pas dans la continuation latine de

Nangis.]

En celuy temps, fist le pape preschier que quiconques iroit combatre

conte Galeace et ses frères jadis fils Mahieu le visconte de Milan,

lesquiels estoient condampnés comme hérites, il aroit aussi grant

pardon et indulgence comme ceux qui vont Oultre-mer contre les

Sarrasins et les mescréans. Item pape Jehan condempna, du consentement

de tous les cardinaux, l'erreur et l'érésie de ceux qui disoient et

dient que Jhésucrist, tant comme il fust en ce monde ça aval en terre

devant sa passion, né les apostres aussi n'orent nulle riens terrienne

qui fust leur[368]. Et de ceste erreur issoit une autre que nient avoir

simplement, en général né en espécial né en propre né en commun, est

plus grant perfection de avoir aucune chose en commun; et ceste erreur

fu condampnée avec l'autre.

[Note 368: La fin de cet alinéa est inédit.]

En la fin de cest an, messire Charles conte de Valois, oncle du roy,

quant il fu venu en France, après ce qu'il ot donné trièves jusques à

Pasques prochaines à venir, le roy tantost s'appareilla pour aler en

Gascoigne, pour y faire sa Pasque, et pour commencer la guerre, Pasques

passées. Mais sa suer, la royne d'Angleterre, vint à luy en France, et

fist tant que les trièves furent esloignées jusques à la feste saint

Jehan[369]; afin que on puisse faire aucun bon traitié, et aucun bon

accort, par quoy il y eust bonne paix entre les deux roys.

[Note 369: Ce passage tendroit à prouver que la reine d'Angleterre

venoit bien réellement pour s'occuper des intérêts de son mari, et

non pour exciter contre lui le roi de France. En ce cas là, Froissart

auroit commencé ses chroniques par une inexactitude.--La fête de saint

Jean tombe le 24 juin: le terme de la trève ne fut donc pas le 2 juin,

comme le dit M. Simonde de Sismondi dans son anti-françoise _Histoire

des Français_, t. IX, p. 455.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 206 / 290 题