_Du coronnement le pape Jehan._
Et en cest an ensement, les cardinals, à la cité de Lyon sus le Rhosne
ensemble assemblés, à un jour d'un samedi le septiesme jour d'aoust,
eslurent et firent nouvel pape, c'est assavoir: l'évesque jadis
d'Avignon une cité en Provence, cardinal de l'églyse de Rome, lequiel
deux centiesme pape fu appellé Jehan le vingt-deuxiesme.
Et en celle cité de Lyon, le jour de la nativité de la benoicte
vierge Marie, le huitiesme jour de septembre, fu coronné et consacré
de dyadème papal, présent Phelippe conte de Poitiers, gouverneur des
royaumes de France et de Navarre, Charles son frère conte de la Marche,
et ses deux oncles Charles et Loys, et moult d'autres barons du royaume
de France et d'ailleurs, et prélas, évesques, cardinals et autre
clergié et peuple, pour icelui pape en la cité de Lyon et en icelui
jour assemblés.
Et adecertes en cest an ensement, le premier jour de septembre, au
palais de Paris, par le conseil au conte de Savoie et de Charles conte
de Valois, et de Loys conte d'Evreux, et de l'évesque de Saint-Malo et
de pluseurs autres évesques, archevesques, prélas, barons, princes,
contes, ducs et chevaliers entre Phelippe conte de Poitiers, régent
du royaume de France et de Navarre, et Robert de Béthune conte de
Flandres, fu une condicion et manière de paix par lettres authentiques
faite et confirmée, et des eschevins de Flandres pour tout le menu et
le gros peuple commun affermée.
Et en cest an aussi, au moys de septembre, Robert d'Artois fils
Phelippe d'Artois, qui fu fils du conte d'Artois Robert qui mourut
à Courtray en Flandres, entra à grant ost et noble chevalerie de
chevaliers ensemble aliés, en la cité d'Arras, à luy usurpant et
prenant, ainsi comme par violence, la conté d'Artois, au préjudice de
la contesse d'Artois fille le dessus dit conte Robert[302]. Mais tout
veu, et considéré que les parties proposoient, la propriété du conté
d'Artois fu déclinée à la contesse, et pour bien de paix, la conté
de Biaumont avec toutes ses appartenances fu donnée audit Robert, et
renonça au droit du conté d'Artois, sé point en i avoit, et le quitta
et en furent faites lettres, et jura que il ne vendroit jamais encontre.
[Note 302: Le seul manuscrit 218, supplément françois, contient
l'important passage qui suit.--Nos historiens n'ont pas assez remarqué
que l'avènement incontesté de Philippe-le-Long à la couronne de France
dût réveiller naturellement les espérances du comte d'Artois.]
En cel an, pour l'accord traitié entre le roy et les Flamens, fu Loys,
le conte de Nevers, qui tant de maus au royaume avoit fait, receu fu
des Flamens en grace et luy fu rendue sa conté où li rois avoit mis
sa main. Et lors, li Flamens par terre et par mer se garnirent de
vitaille, si qu'en brief temps il ot meilleur marchié de pain et de vin
que il n'ot en France. Et puis assés tost, li Flamens se confederèrent
et adjoindrent aux Baonnois[303] et vindrent par mer contre les
François et prinrent quatre de leurs grans nés et les ardirent; combien
que il déissent lors le contraire.
[Note 303: _Baonnois_. On chercheroit vainement dans Ducange et
les autres glossaires ce mot qui se rencontre fréquemment chez les
annalistes de Flandres et dans la _Chronique métrique_ attribuée à
Godefroi de Paris. Dans tous les cas il paroît désigner des _corsaires_
ou _bandits_ de mer.]
[304]Et en cest an, environ la chandeleur, furent assemblés en la
présence de Pierre d'Arrablay, jadis chancelier du roy de France mais
nouvellement avoit esté fait cardinal, pluseurs barons, nobles prélas,
bourgois en la cité de Paris; lesquiels tous ensemble approuvèrent
la coronacion de Phelippe-le-Lonc, et luy promistrent obédience tant
comme à leur seigneur, et à Loys son ainsné fils après luy, tant comme
vray hoir; et de ces choses firent foy et serement; et aussi ceux de
l'université de Paris aprouvèrent les choses dessus dites; mais il n'en
firent pas serement. Et adonc fu-il desclairié que femme ne succède pas
au royaume de France.
[Note 304: Cet alinéa précieux n'est pas dans les manuscrits antérieurs
à Charles V.]
Et en cest an, le vendredi après les Cendres, Loys, ainsné fils du
roy Phelippe-le-Lonc, mourut, et aux frères Meneurs emprès son aïeule
Jehanne royne de France et de Navarre fu enterré.
_Cy fenist l'ystoire du roy Loys, roy de France et de Navarre._
CI COMENCE L'YSTOIRE AU ROY PHELIPPE, QUI FU CORONNÉ EN ROY DE FRANCE
ET DE NAVARRE.