_Du trespassement le roy Loys, roy de France et de Navarre._
En cest an vraiement, le jour du samedi après la feste de Penthecouste,
le cinquiesme jour de juing, au boys de Vincennes, Loys roy de France
clost son derrenier jour. Et l'endemain ensuivant, c'est assavoir le
jour de la Trinité, sixiesme jour en juing, à Saint-Denis en France
fu porté; et l'endemain honnorablement enterré. Et après ce, Phelippe
conte de Poitiers qui à Lyon avoit longuement demeuré pour faire faire
le pape, oï nouvelles de la mort son frère le roy Loys, lors pour ce à
Paris se retrait et revint.
Et lors des barons de France receu paisiblement, prist tantost, par
l'assentement et l'accort de eux, la garde et le gouvernement des
royaumes de France et de Navarre, en ses lettres son titre en telle
manière disant: «Phelippe fils du roy de France, gouvernant les
royaumes de France et de Navarre, à tous justiciers», etc.
Ycelui roy de France et de Navarre Loys régna, après son coronnement,
couronné du royaume de France, neuf moys et demi ou environ et laissa
sa femme la royne Climence grosse.
En ce meisme an, environ la feste de la Magdalaine, Loys conte de
Clermont et Jehan son frère conte de Soissons avec pluseurs autres,
pristrent la croix de la main du patriarche de Jhérusalem pour
aler Oultre-mer, en la présence de pluseurs prélas pour ce à Paris
assemblés. Et lors fu crié par le conte de Poitiers que tous ceux
qui nouvellement avoient prise la croix, et les autres qui par avant
l'avoient prise, si comme il avoit fait son père vivant, si ordenassent
et appareillassent qu'il fussent près à la feste de la Penthecoste
après l'an pour passer au saint voiage.
Et en ce meisme an, Jehan conte de Soissons, qui avoit pris la croix
n'avoit guères, mourut.