I.

_De la mort Jehan fils du roy Loys de France et de Navarre qu'il ot de

la royne Climence; et coment Phelippe conte de Poitiers fu couronné en

roy de France après la mort du dit roy Jehan._

En l'an de grace mil trois cent seize, la royne Climence qui estoit

enceinte, chéi en une quartaine qui moult greva sa porteure, et

enfanta un fils qui avoit non Jehan qui mourut assez tost après. Pour

quoy Phelippe, conte de Poitiers, se mist en possession des royaumes:

mais le duc de Bourgoigne[305] et sa mère luy estoient contraires, et

disoient que la fille son frère le roy Loys devoit hériter. Et les

autres disoient que femme ne puet hériter au royaume de France; pour ce

ledit Phelippe fu couronné à roy, et à la nuit de la Thiphaine après fu

reccu comme roy à Paris. Et tantost il appella le dit Robert d'Artois,

et luy fist tenir prison longuement tant que accort fu fait et de luy

et de la contesse d'Artois que il quicta du tout; et l'en luy donna la

conté de Biaumont en Normendie[306].

[Note 305: _Le duc de Bourgoigne_. Eudes IV, fils d'_Agnès_ de France,

fille de saint Louis.]

[Note 306: Ici le texte du manuscrit de Charles V a beaucoup abrégé les

leçons antérieures. Comme le sujet est d'une grande importance, on me

permettra quelques réflexions. Philippe-le-Long fut-il roi de France en

vertu de l'application d'un article de la _loi salique_? ou le fut-il

parce qu'on décida hautement, pour la première fois, la grande question

de l'inhabileté des femmes au trône? Il est certain que chez aucun

écrivain contemporain on ne voit alléguer, à cette occasion, la _loi

salique_ et ses prétendues dispositions; il est certain que plusieurs

pairs de France réclamèrent en faveur de la princesse _Jeanne_; il est

certain que le régent crut avoir besoin de soumettre la question au

jugement sans appel de la nation représentée. Et ce fut réellement

cette mémorable assemblée qui, pour le bonheur de la France, trancha la

question de la succession au trône.

Voici le texte le plus ancien des Chroniques de France, tel qu'on le

trouve dans plusieurs anciens manuscrits, entre autres dans le nº 218:

«En ce temps, la royne Climence chéi en quartaine, dont l'enfant

que elle avoit en son ventre en fu moult pené. Dont puis, entour

la saint Martin, elle enfanta d'un fil, qui fu nommes Jehan: mès

il vesqui deux jours ou trois seulement. Et dès lors, le conte de

Poitiers tint comme roys le royaume; mès le duc de Bourgoigne li mist

contradiction, pour sa nièce, laquelle le royaume devoit avoir, comme

plus prochaine fille de roy, par droit. Mès respondu lui fu que femes

ne devoient pas succéder au royaume de France. Laquele chose ne se

povoit clerement prouver. Et pour ce, le duc et la duchoise envoièrent

lettres à pluseurs barons en depriant que il ne s'assentissent en la

coronation de Phelippe, le conte de Poitiers. Et non porquant, le conte

de Poitiers à grant compaignie de gens d'armes vint à Rains, et fist

fermer les portes de la cyté et ainsinc se fist sacrer et coroner de

l'arcevesque. Mais le conte de Valois son oncle n'i volt estre présent,

et Karles aussinc, conte de la Marche, son frère, n'i daigna estre,

mais s'en parti de Rains le matin par indignacion.»]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 181 / 290 题