_De la taille et maletoute faite en France par Enguerran de Marigny._
[278]Et en cest an, le jour de la feste saint Pierre, le premier jour
d'aoust, Phelippe-le-Biau, roy de France, assembla à Paris pluseurs
barons et évesques, et en seur que tout[279] il fist venir pluseurs
bourgois de chascune cité du royaume qui semons y estoient à venir.
Adoncques iceux au palais de Paris venus et assemblés, le jour dessus
dit, Enguerran de Marigny chevalier, coadjuteur le roy de France
Phelippe et gouverneur de tout le royaume, monta de son commandement
en un eschafaut, avec le roy et les prélas et les barons qui ilec
estoient; sur le dit eschafaut séant en estant, monstra et manifesta,
ainsi comme en preschant au peuple qui ilec estoit devant l'eschafaut,
oïans tous les prélas dessus dis, la complainte le roy, et pour quoy
il les avoit fait ilec venir et assembler; et fist son tiexte _de
nature et de norriture_ en descendant sur les royaux et sur la ville
de Paris, où les devant dis royaux, au temps ancien, de leur nature
avoient acoustumé de avoir leur nourreture: et pour ce appeloit-il
Paris, chambre royal; et que le roy s'y devoit plus fier pour avoir
bon conseil et pour avoir aide, que en nulle autre ville. Et si dit
et monstra autres pluseurs choses dont je ne fais pas mencion, pour
la prolixité qui y est et seroit à raconter. Si descendi sur Ferrant
jadis conte de Flandres, coment il s'estoit forfait envers le roy de
France qui lors estoit dit Auguste, qui conquist Normendie, et cornent
icelui roy Phelippe en vint à chief, et coment il conquist Flandres
et la mist en sa puissance: et dit lors icelui Enguerran que, combien
que après Ferrant, pluseurs vassaux eussent tenu la conté de Flandres,
si ne la tenoient-il que comme gardiens et en subjection de féauté et
hommage du roy de France. Et après ce, il descendi sur Gui conte de
Flandres, cornent il se forfist envers le roy, et coment la guerre
avoit esté menée, et le coustement et despens que le roy avoit fait,
qui bien montoient à si grant nombre d'argent que c'estoit merveilles
du raconter, de quoy le royaume avoit esté trop malement grevé. Et,
après ce, monstra coment la paix avoit esté faite du conte de Flandres
Robert de Béthune et des Flamens eschevins de Flandres, par leur seaux
en lettres pendans accordée et affermée; laquielle paix et convenances
les devant dis contes et Flamens ne vouloient obéir né tenir, si comme
il avoient plevi et juré, et par leur seaux affirmé. Pour laquielle
chose ycelui Enguerran requist, pour le roy, aux bourgois des communes
qui ilec estoient assemblés, qu'il vouloit savoir lesquiels luy
feroient aide ou non à aler encontre les Flamens à ost en Flandres.
Et lors icelui Enguerran ce dit, si fist lever son seigneur le roy de
France de là où il séoit pour veoir ceux qui luy vouldroient faire
aide. Adonc Estienne Barbete, bourgeois de Paris, se leva et parla pour
la dite ville; et se présenta pour eux et dist qu'il estoient tous
près de faire luy aide, chascun à son povoir, et selon ce qu'il leur
seroit avenant, et à aler là où il les vouldra mener à leur propre
coux et despens contre les dis Flamens. Et adonc le roy les en mercia.
Et, après le dit Estienne, tous les bourgois qui ilecques estoient
venus pour les communes respondirent en autelle manière que volentiers
luy feroient aide; et le roy si les en mercia. Et lors après ycelui
parlement, par le conseil du dit Enguerran, une subjection et une
taille trop male et trop grevable à Paris et au royaume de France fu
alevée, de quoy le menu peuple fu trop grevé: pour laquielle achoison
le dit Enguerran chéi en la haine et maleiçon du menu peuple trop
malement.
[Note 278: Tout ce chapitre si curieux n'est pas dans le texte latin.]
[Note 279: _En seur que tout_. Surtout.]