_De l'accort entre le roy de Secile et Fedric l'occupeur de Secile._
Et en ce temps ensement, Charles conte de Valois, frère de Phelippe
roy de France, qui en Secile un chastel qui est appellé Termes avoit
occupé sur les anemis du royaume de Secile, tout le temps d'esté par
la terre de Secile à batailles ordenées çà et là aloit, mais nulle ame
n'encontra qui encontre luy courust pour batailler. Et adecertes les
Seciliens se tenoient ès chastiaux et ès cités, (né ne vouloit Fedric
l'occupeur de Secile, ou par aventure n'estoit tant hardi envers le
conte Charles, lequel estoit né de son sanc, procréé et descendu, tant
faire que il se osast contre lui à bataille issir. Mais à la parfin
furent trièves données, et vint icel Fedric à son parlement souplement
et humblement, les choses qui sont de paix requerant.) Et lors messire
Charles qui, si comme l'en dit, avoit jà oï nouvelles de ses amis
occis en Flandres (et que par un pou avoit perdu tous ses chevaux
par maladie, si ot compassion du royaume de France et de son frère
le roy Phelippe;) adonc, par le conseil de sa gent, entre Fedric et
les Seciliens fist et ordena la pais en telle manière qui s'en suit,
c'est à savoir: cestui Fedric toute l'île de Secile, toute sa vie,
paisiblement et à repos, sans nom royal, tendroit et poursuivroit; et
tout ce qui estoit en Calabre et en la terre de Puille, que luy ou
son frère le roy d'Arragon jadis avoit acquis, tout au roy de Secile
laisseroit; noientmoins que les chaitis, qui de lonc temps ou de petit
estoient en prison, seroient délivrés sans nulle riens donner, et
délaissiées toutes rancunes et injures d'une part et d'autre. Adecertes
avec ces choses, de leur consentement et accort, celui Fedric devoit
prendre à femme la fille au roy de Secile qui avoit nom Alienor. Et
selon leur povoir estoient tenus Charles conte d'Anjou et Robert duc de
Calabre, fils le roy de Secile qui lors y estoit présent avec Charles,
labourer loyaument envers le roy d'Arragon et le conte de Braine, que
le droit du royaume de Sardaigne, ensement le droit au conte de Braine,
ou le droit du royaume de Chypre qui à iceux, si comme l'en dit,
apartenoit, donroient et délaisseraient du tout en tout à Fedric, c'est
assavoir les royaumes dessus nommés ou l'équipollent: cest otroiement
dessus ces choses le pape approuvant. Et sé celle chose ne povoient
faire, si seroient tenus iceux Charles et Robert, selon leur povoir, un
autre royaume à Fedric acquerre, à un d'iceux royaumes dessus nommés
équipollent; et sé ensement ne povoient ces choses acomplir, Charles le
roy de Secile seroit tenu à cent mille onces d'or donner après la mort
de Fedric en amende de sa rente, pour les enfans procréés de sa fille
Aliénor; et ainsi à la parfin la terre de Secile à luy paisiblement
revendroit. Et lors de la pais et les autres choses loyaument garder,
tant les barons de Secile comme Fedric et les maistres du Temple
sur les sains évangiles jurèrent. Et, ainsi ce fait, si les fist
Charles, conte de Valois, par son chapelain assoudre, à qui le pape
avoit commis s'auctorité: et puis, ce fait, icelui Charles, conte de
Valois, repairant de Secile vint à Rome, et au pape et aux cardinaux
raconta tout ce qu'il avoit fait, et s'en retourna en France environ la
purificacion de la benoicte vierge Marie que l'en dist la Chandeleur.
(Mais à celle manière de pais d'entre Charles et Fedric dient aucuns le
pape Boniface avoir donné petit ottroiement né assentement.)