XLV.

_De l'accort entre le roy de Secile et Fedric l'occupeur de Secile._

Et en ce temps ensement, Charles conte de Valois, frère de Phelippe

roy de France, qui en Secile un chastel qui est appellé Termes avoit

occupé sur les anemis du royaume de Secile, tout le temps d'esté par

la terre de Secile à batailles ordenées çà et là aloit, mais nulle ame

n'encontra qui encontre luy courust pour batailler. Et adecertes les

Seciliens se tenoient ès chastiaux et ès cités, (né ne vouloit Fedric

l'occupeur de Secile, ou par aventure n'estoit tant hardi envers le

conte Charles, lequel estoit né de son sanc, procréé et descendu, tant

faire que il se osast contre lui à bataille issir. Mais à la parfin

furent trièves données, et vint icel Fedric à son parlement souplement

et humblement, les choses qui sont de paix requerant.) Et lors messire

Charles qui, si comme l'en dit, avoit jà oï nouvelles de ses amis

occis en Flandres (et que par un pou avoit perdu tous ses chevaux

par maladie, si ot compassion du royaume de France et de son frère

le roy Phelippe;) adonc, par le conseil de sa gent, entre Fedric et

les Seciliens fist et ordena la pais en telle manière qui s'en suit,

c'est à savoir: cestui Fedric toute l'île de Secile, toute sa vie,

paisiblement et à repos, sans nom royal, tendroit et poursuivroit; et

tout ce qui estoit en Calabre et en la terre de Puille, que luy ou

son frère le roy d'Arragon jadis avoit acquis, tout au roy de Secile

laisseroit; noientmoins que les chaitis, qui de lonc temps ou de petit

estoient en prison, seroient délivrés sans nulle riens donner, et

délaissiées toutes rancunes et injures d'une part et d'autre. Adecertes

avec ces choses, de leur consentement et accort, celui Fedric devoit

prendre à femme la fille au roy de Secile qui avoit nom Alienor. Et

selon leur povoir estoient tenus Charles conte d'Anjou et Robert duc de

Calabre, fils le roy de Secile qui lors y estoit présent avec Charles,

labourer loyaument envers le roy d'Arragon et le conte de Braine, que

le droit du royaume de Sardaigne, ensement le droit au conte de Braine,

ou le droit du royaume de Chypre qui à iceux, si comme l'en dit,

apartenoit, donroient et délaisseraient du tout en tout à Fedric, c'est

assavoir les royaumes dessus nommés ou l'équipollent: cest otroiement

dessus ces choses le pape approuvant. Et sé celle chose ne povoient

faire, si seroient tenus iceux Charles et Robert, selon leur povoir, un

autre royaume à Fedric acquerre, à un d'iceux royaumes dessus nommés

équipollent; et sé ensement ne povoient ces choses acomplir, Charles le

roy de Secile seroit tenu à cent mille onces d'or donner après la mort

de Fedric en amende de sa rente, pour les enfans procréés de sa fille

Aliénor; et ainsi à la parfin la terre de Secile à luy paisiblement

revendroit. Et lors de la pais et les autres choses loyaument garder,

tant les barons de Secile comme Fedric et les maistres du Temple

sur les sains évangiles jurèrent. Et, ainsi ce fait, si les fist

Charles, conte de Valois, par son chapelain assoudre, à qui le pape

avoit commis s'auctorité: et puis, ce fait, icelui Charles, conte de

Valois, repairant de Secile vint à Rome, et au pape et aux cardinaux

raconta tout ce qu'il avoit fait, et s'en retourna en France environ la

purificacion de la benoicte vierge Marie que l'en dist la Chandeleur.

(Mais à celle manière de pais d'entre Charles et Fedric dient aucuns le

pape Boniface avoir donné petit ottroiement né assentement.)

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 127 / 290 题