Les luttes économiques.
Les luttes économiques sont parfois aussi ruineuses que les luttes
militaires. L’histoire montre qu’elles engendrèrent la décadence de
plusieurs pays.
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Pas de progrès sans concurrence, et par conséquent sans luttes
industrielles.
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De nos jours, une lutte économique peut enrichir le vainqueur. Une lutte
militaire le ruine pour longtemps. Les relations entre peuples seront
transformées quand des expériences suffisamment répétées auront prouvé
l’exactitude de cette vérité.
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Un peuple envahissant progressivement une nation avec ses produits
arrive à la dominer aussi complètement que s’il l’avait conquise par les
armes. La dépendance économique crée vite la dépendance politique.
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Les alliances militaires sont faciles, parce qu’elles associent des
intérêts semblables. Les alliances économiques durables sont presque
impossibles, les intérêts industriels et commerciaux des alliés n’étant
pas identiques.
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En matière industrielle et commerciale, aucune barrière douanière,
aucune intervention de l’État, aucun règlement ne sauraient protéger
utilement l’incapacité professionnelle et le défaut d’initiative.
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Quand un peuple possède une industrie presque prospère, l’agriculture
par exemple, il doit s’efforcer avant toute autre entreprise de rendre
cette industrie entièrement prospère.
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D’après les statistiques, la France malgré la qualité de son sol
n’obtient, en raison de ses procédés inférieurs de culture, qu’une
moyenne de 13 hectolitres de blé à l’hectare, alors que l’Allemagne et
l’Angleterre en obtiennent 21 et le Danemark 27. La différence est du
même ordre pour l’avoine et l’orge. Ne semble-t-il pas évident
qu’améliorer notre culture serait autrement rémunérateur que de
fabriquer péniblement pour l’exportation des marchandises rendues par la
concurrence peu rémunératrices?
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C’est avec raison qu’un éminent défenseur de l’agriculture disait
récemment qu’elle deviendra la pierre angulaire de la reconstitution
nationale.
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La capacité d’absorption commerciale des peuples lointains se réduit à
mesure qu’ils progressent. Le Japon et bientôt le reste de l’Asie
semblent devoir se fermer entièrement aux produits européens.
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Dans les pays où l’industrie est restée individuelle, elle ne saurait
lutter contre les associations formées à l’étranger.
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Une des grandes forces de l’industrie allemande est d’avoir régularisé
l’association des fabricants de produits similaires et rendu ainsi très
économique la production.
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Les associations d’industries semblables, généralisées depuis longtemps
en Allemagne sous le nom de cartels, sont une condition nécessaire des
progrès industriels modernes. Pour lutter utilement contre de nouvelles
invasions commerciales, nos fabricants devront apprendre à s’associer au
lieu de se combattre.
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La lutte contre l’invasion des marchandises allemandes n’est possible
que par la fabrication de produits similaires au même prix.
L’établissement de barrières douanières supposées inviolables n’aurait
d’autres conséquences que l’introduction, par les pays neutres, de
produits fabriqués en Allemagne ou dans ces mêmes pays neutres par des
Allemands. Ce serait enrichir à notre détriment d’autres peuples.
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Il a fallu le conflit mondial pour révéler que le commerce allemand
allait progressivement conquérir tous les marchés. On accumulera bien
des discussions avant d’expliquer comment, avec une situation aussi
exceptionnelle, les Germains ne firent pas l’impossible pour éviter la
guerre.
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Les futures tentatives d’hégémonie industrielle de l’Allemagne seront
aussi redoutables que son rêve d’hégémonie militaire.
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En attendant le jour où l’orientation des idées aura complètement
changé, le monde verra sans doute les luttes économiques alterner avec
les luttes guerrières et s’engendrer réciproquement.
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Les guerres à main armée représentent un état transitoire, les luttes
économiques un état permanent.