L’âge de la houille.
Dans la phase d’évolution actuelle du monde, les actions des peuples et
des rois sont dominées par des nécessités économiques beaucoup plus
fortes que leurs volontés.
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L’âge industriel a définitivement envahi le monde. La supériorité d’un
peuple n’est plus caractérisée par le développement de sa philosophie,
de sa littérature et de ses arts, mais par sa richesse en houille et sa
capacité technique.
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Dans tout le monde antique et jusqu’à une époque récente la puissance
d’un pays dépendait beaucoup du nombre et de la capacité de ses
habitants. Elle résulte principalement aujourd’hui de sa richesse en
charbon.
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L’évolution nouvelle de l’âge moderne se caractérise par le rôle de la
houille. Sans utilité il y a deux siècles, elle est devenue si
indispensable que la vie d’un pays s’arrêterait avec sa disparition.
Plus de chemins de fer, plus d’usines, et en temps de guerre plus de
canons.
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La houille seule pouvait créer le machinisme rénovateur moderne de la
civilisation.
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Dans la vie des peuples, l’enchaînement des phénomènes finit par dominer
toutes les volontés. La découverte de mines de houille permit à
l’Allemagne la fabrication économique de produits d’exportation. Il en
résulta une surproduction nécessitant la conquête de marchés lointains
et, par voie de conséquence, la création d’une flotte puissante pour
protéger ces exportations. Les ambitions germaniques grandirent et la
réalisation de l’ancien rêve d’hégémonie parut possible.
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La richesse d’un pays en charbon et en fer détermine aujourd’hui, non
seulement le niveau de sa puissance militaire et industrielle, mais
encore sa possibilité d’expansion commerciale.
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Le rôle prépondérant du fer et du charbon dans les guerres modernes a
été mis en évidence par le manifeste des six grandes associations
industrielles de l’Allemagne affirmant que sans la conquête du bassin de
Briey, au début de la guerre, la lutte n’aurait pu être continuée, faute
du fer nécessaire aux munitions.
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La puissance conférée à un pays par sa richesse en charbon résulte du
fait que le travail annuel d’un ouvrier, coûtant environ 1 500 francs,
peut être accompli par une quantité de houille valant 3 francs.
L’ouvrier-houille coûte donc cinq cents fois moins cher que l’ouvrier
humain[1].
[1] On trouvera les éléments de ce calcul dans mon ouvrage: _Les
enseignements psychologiques de la guerre_ (27e édition).
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La prospérité économique de l’Allemagne tient surtout à ce qu’elle
extrait annuellement de son sol 190 millions de tonnes de charbon. Leur
énergie mécanique représente le travail manuel de 950 millions
d’ouvriers.
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Tâcher d’accaparer l’énergie solaire comme le firent les plantes qui
formèrent jadis la houille sera pour les peuples privés de charbon un
des gros problèmes de l’avenir.
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Un pays dont la richesse houillère est insuffisante ne peut fabriquer
économiquement. Il se trouve par conséquent forcé de limiter ses
exportations à des produits dont la fabrication exige une faible force
motrice.
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Accroître la production houillère d’un pays revient à augmenter le
chiffre de ses travailleurs. Avec beaucoup de houille et peu d’habitants
un peuple est plus riche et plus fort qu’avec peu de charbon et beaucoup
d’habitants.