Psychologie comparée de quelques peuples.
Tous les peuples présentent un certain nombre de caractères communs,
mais chacun d’eux en possède également de spéciaux qui les
différencient. Telles, par exemple, la ténacité chez les Anglais,
l’indécision et l’imprécision chez les Russes.
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La vision des choses par un peuple dépend plus de son tempérament
psychologique, c’est-à-dire de son caractère, que de son intelligence.
Ce caractère conditionne la façon dont il réagit sous les excitations du
monde extérieur.
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Chaque peuple a un idéal de droit, de morale et de justice trop
personnel pour être accepté par d’autres nations. L’ignorance de cette
loi psychologique a créé la décadence de plusieurs colonies.
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Certains caractères des peuples se maintiennent dans tout le cours de
leur histoire. Jean de Saulx, vicomte de Tavanne, disait déjà sous
Charles IX que la France, invincible quand elle reste unie, est le pays
où l’on sait toujours pourvoir aux affaires alors qu’elles semblent
désespérées.
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Un peuple est libre de qualifier d’immortels les principes qui le
guident, mais il n’a point le droit de les imposer à d’autres nations de
mentalités différentes. Les métaphysiques politiques sont aussi
respectables que les métaphysiques religieuses, à la condition qu’elles
ne prétendent pas s’imposer par la force.
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Bien que fort simple et régie par un petit nombre d’éléments, l’âme des
Balkaniques resta au début de la guerre un mystère pour la plupart des
diplomates européens, parce qu’ils s’obstinèrent à la juger d’après les
règles de leur propre logique.
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La guerre actuelle aura fourni des justifications nouvelles de cette loi
historique qu’un peuple ne peut adopter les institutions, les arts, la
langue, la religion d’une race différente, sans leur faire subir des
transformations profondes. Les dieux eux-mêmes sont condamnés à de tels
changements. Transporté en Chine, le Bouddha hindou prit rapidement les
caractères d’une divinité chinoise. Parvenu en Angleterre, le Jéhovah
biblique est devenu un Dieu anglais, gouvernant le monde au profit de
l’Angleterre. Adopté par les Germains, le Dieu charitable et doux des
chrétiens s’est transformé en divinité sanguinaire et farouche, sans
pitié pour les faibles, pleine d’égards pour les forts.
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Avant la guerre l’Allemagne envahissait le monde avec son industrie,
mais elle ne l’envahissait plus avec ses pensées. L’ère des grands
philosophes, des grands écrivains y était close depuis longtemps.
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L’Allemand même isolé reste toujours un être collectif. Il n’acquiert de
valeur que fondu dans un groupe. Chaque citoyen est une cellule du grand
organisme: l’État.
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La conscience de l’Allemand est une conscience collective dirigée par
l’État, celle de l’Anglais et de l’Américain une conscience individuelle
n’abandonnant à l’État qu’une faible partie d’elle-même.
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Ce qu’on appelle germanisme est simplement la synthèse des appétits
toujours engendrés chez un peuple par la conviction d’être assez fort
pour s’emparer des territoires et des richesses de peuples supposés
moins forts.
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Il faut bien admettre que la culture germanique ne crée pas beaucoup de
clairvoyance, puisque les partisans d’annexions territoriales ruineuses
pour l’Allemagne se recrutent parmi les professeurs, les fonctionnaires
et les industriels.
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La Prusse a mis plus d’un demi-siècle pour façonner la mentalité de
l’Allemagne au moyen de l’école et de la caserne, mais cette mentalité
étant contraire à la nature de l’homme reste artificielle. Les Allemands
finiront sûrement par constater que la gloire d’être à peu près les
seuls défenseurs de l’absolutisme et de la violence coûte cher et
rapporte peu.
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La mentalité belliqueuse des Allemands semble pour le moment
irréductible. Après trois ans de lutte mondiale, le ministre de la
Guerre prussien a demandé au Reichstag des crédits pour une nouvelle
école d’officiers, afin de préparer les futures batailles qui, suivant
lui, succéderont à la guerre actuelle, le pacifisme n’étant qu’une
utopie dangereuse.
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Le célèbre mémoire de Bissing, gouverneur de la Belgique, mériterait
d’être gravé sur le mur de nos écoles. Après avoir exposé que la
Belgique doit rester sous le joug allemand, et considérant que le
souverain dépossédé pourrait devenir gênant, Bissing recommande
énergiquement de suivre le conseil de Machiavel: «Quiconque se propose
de s’emparer d’un pays est contraint de se débarrasser du roi et du
gouvernement, fût-ce par la mort.» On ne trouverait dans aucun autre
pays un homme d’État moderne osant signer de pareilles lignes.
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L’abîme mental entre l’Anglais et l’Allemand s’était déjà révélé avant
la guerre dans leur conduite à l’égard des peuples conquis. L’Angleterre
rendit la liberté au Transvaal vaincu. L’Amérique, après avoir organisé
l’île de Cuba, la laissa se gouverner elle-même. Les Allemands, au
contraire, en Pologne, en Alsace et dans toutes leurs colonies, n’ont
jamais connu d’autre régime politique que la violence et se créent pour
ennemis les peuples qu’ils gouvernent.
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Si les Germains avaient soupçonné l’âme anglaise, ils eussent compris
que leurs férocités en Belgique n’auraient d’autres résultats que
d’indigner les Anglais au point de faire surgir du sol britannique des
millions de combattants.
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Peu soucieux des théories et de la logique, l’Anglais n’envisage que la
réalité et tâche de s’y adapter.
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Les peuples ont toujours hiérarchisé les valeurs d’après le degré
d’utilité qu’ils leur attribuaient. Les Romains des premiers âges
auraient mis l’aptitude à bien manier la lance très au-dessus de l’art
de composer des chants homériques. Un général allemand serait, de nos
jours, beaucoup plus fier d’incendier une cathédrale ou une bibliothèque
que de découvrir une planète.
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La férocité est un sentiment de race, spécial à certains peuples et que
les siècles n’effacent pas. Le plaisir des anciens Assyriens à voir
écorcher vifs leurs captifs est de même nature que celui des Balkaniques
modernes torturant longuement leurs prisonniers et que la joie délirante
des Allemands en apprenant le torpillage du _Lusitania_.
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Les peuples dont la civilisation a trop adouci les mœurs et paralysé les
qualités de caractère lutteront toujours difficilement contre des races
douées à la fois de subconscience bestiale, de discipline rigide, du
désir de conquêtes et de l’amour du pillage.
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Une des caractéristiques de certains peuples est de n’avoir aucune
stabilité, ce qui rend impossible de se fier à eux. On peut généraliser
à leur égard l’observation faite par un ancien député au Reichstag,
l’abbé Wetterlé, à propos de ses collègues polonais. «C’étaient tous des
hommes de bonne compagnie et de commerce agréable, mais combien
inconstants et peu sûrs. Je les ai vus passer de l’opposition la plus
révolutionnaire au gouvernementalisme le plus échevelé, et cela d’un
moment à l’autre, sans motif apparent. Ils menaçaient un jour de placer
des bombes sous le siège du chancelier; le lendemain ils votaient
d’enthousiasme des lois réactionnaires. On ne pouvait jamais compter
d’une façon absolue sur le concours de ces personnages changeants.»
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On s’expose à bien des erreurs dans l’interprétation de la conduite des
peuples quand on oublie que toutes les âmes ne se mesurent pas avec le
même mètre.