L’âme des peuples et sa formation.
L’âme d’un peuple représente une accumulation d’éléments ancestraux
stabilisés par les siècles. Sur ce roc solide flottent les éléments
mobiles des âmes individuelles créées par l’éducation et le milieu.
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Un peuple n’atteint la stabilité qu’après avoir acquis une conscience
collective. Cette acquisition exige parfois des siècles.
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La vie d’un peuple, ses institutions, ses croyances, ses arts et ses
luttes représentent la forme visible des forces invisibles qui le
mènent.
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De la mentalité d’un peuple dérivent sa conduite et, par conséquent, son
histoire.
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On ne peut pressentir les réactions possibles d’un peuple qu’en étudiant
ses actes dans les grandes circonstances de son histoire.
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Les erreurs de prévision commises par les diplomates allemands sur la
neutralité supposée de l’Angleterre et de la Belgique ont montré
l’impossibilité de pressentir la conduite d’un peuple dans les grands
événements, d’après sa psychologie journalière.
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Le caractère réel d’un peuple n’apparaît que dans les crises importantes
de son histoire.
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L’âme d’un peuple se lit très bien dans ses actes, très mal dans ses
livres et ses discours.
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Les écrits et les paroles représentent l’âme consciente de la vie
journalière; les actes, l’âme inconsciente et stable créée par les
aïeux.
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Quelques années suffisent pour civiliser l’intelligence d’un peuple. Il
faut des siècles pour civiliser son caractère.
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Les transformations mentales entraînent rapidement des transformations
matérielles.
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Le progrès matériel de certains peuples est devenu destructeur de leur
progrès moral.
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Un peuple ne change pas son âme ancestrale, mais elle peut subir des
orientations nouvelles, génératrices de succès ou de catastrophes. C’est
ainsi que la mentalité allemande a changé d’orientation sous l’influence
de trois facteurs: le militarisme, l’unification politique, l’éducation
technique.
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Un peuple peut transformer sa civilisation en adoptant la langue, les
institutions et les arts d’un autre peuple. Il ne transforme pas pour
cela son âme. Après la conquête normande les Anglais parlèrent longtemps
français, mais restèrent Anglais. En latinisant les Gaulois Rome ne
changea pas leur caractère.
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Le Japon qui, en quelques années, passa de l’emploi des arcs et des
flèches aux armes et à l’industrie modernes, n’eut pour s’assimiler une
civilisation nouvelle qu’à utiliser les qualités de patience, de
ténacité, de discipline léguées par ses aïeux. Il changea de
civilisation, mais ne changea pas d’âme.
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La nationalité peut être constituée par quatre éléments différents
rarement réunis chez un même peuple: la race, la langue, la religion et
les intérêts.
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Les peuples ne possédant pas une âme ancestrale suffisamment stabilisée
vivent dans l’anarchie et progressent peu. Ceux dont l’âme a été trop
stabilisée ne progressent plus. Dans les temps modernes, les Russes
représentent la phase de stabilisation insuffisante, les Chinois celle
de la stabilisation trop complète.
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A une certaine période de l’histoire d’un peuple les fautes de pensée,
de caractère, de jugement et par conséquent de conduite restent sans
remède. Elles deviennent créatrices de ces fatalités inexorables sous le
poids desquelles de grands empires ont fini par succomber.
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Substituer comme mobile d’action la gloire collective à la gloire
personnelle est pour un peuple un important progrès moral.
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Les nations ne se transforment que par l’évolution des âmes. C’est en
lui-même et non hors de lui-même, qu’un peuple doit rechercher les
causes de sa grandeur ou de sa décadence.
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Dans les circonstances graves de l’histoire, les peuples voient souvent
plus juste que leurs gouvernants. Ils voient alors par leurs morts.
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L’âme d’un peuple, beaucoup plus que la volonté de ses dirigeants,
détermine le régime politique qu’il peut accepter.
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Faire naître, grandir ou disparaître des sentiments et des croyances
dans l’âme des peuples est un fondement essentiel de l’art de gouverner.
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Transformer la mentalité d’un peuple est parfois plus utile que
d’accroître ses armements.
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Conquérir le territoire d’un peuple ne suffit pas. Pour le dominer il
faut encore vaincre son âme.