CHAPITRE PREMIER

L’âme des peuples et sa formation.

L’âme d’un peuple représente une accumulation d’éléments ancestraux

stabilisés par les siècles. Sur ce roc solide flottent les éléments

mobiles des âmes individuelles créées par l’éducation et le milieu.

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Un peuple n’atteint la stabilité qu’après avoir acquis une conscience

collective. Cette acquisition exige parfois des siècles.

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La vie d’un peuple, ses institutions, ses croyances, ses arts et ses

luttes représentent la forme visible des forces invisibles qui le

mènent.

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De la mentalité d’un peuple dérivent sa conduite et, par conséquent, son

histoire.

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On ne peut pressentir les réactions possibles d’un peuple qu’en étudiant

ses actes dans les grandes circonstances de son histoire.

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Les erreurs de prévision commises par les diplomates allemands sur la

neutralité supposée de l’Angleterre et de la Belgique ont montré

l’impossibilité de pressentir la conduite d’un peuple dans les grands

événements, d’après sa psychologie journalière.

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Le caractère réel d’un peuple n’apparaît que dans les crises importantes

de son histoire.

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L’âme d’un peuple se lit très bien dans ses actes, très mal dans ses

livres et ses discours.

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Les écrits et les paroles représentent l’âme consciente de la vie

journalière; les actes, l’âme inconsciente et stable créée par les

aïeux.

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Quelques années suffisent pour civiliser l’intelligence d’un peuple. Il

faut des siècles pour civiliser son caractère.

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Les transformations mentales entraînent rapidement des transformations

matérielles.

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Le progrès matériel de certains peuples est devenu destructeur de leur

progrès moral.

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Un peuple ne change pas son âme ancestrale, mais elle peut subir des

orientations nouvelles, génératrices de succès ou de catastrophes. C’est

ainsi que la mentalité allemande a changé d’orientation sous l’influence

de trois facteurs: le militarisme, l’unification politique, l’éducation

technique.

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Un peuple peut transformer sa civilisation en adoptant la langue, les

institutions et les arts d’un autre peuple. Il ne transforme pas pour

cela son âme. Après la conquête normande les Anglais parlèrent longtemps

français, mais restèrent Anglais. En latinisant les Gaulois Rome ne

changea pas leur caractère.

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Le Japon qui, en quelques années, passa de l’emploi des arcs et des

flèches aux armes et à l’industrie modernes, n’eut pour s’assimiler une

civilisation nouvelle qu’à utiliser les qualités de patience, de

ténacité, de discipline léguées par ses aïeux. Il changea de

civilisation, mais ne changea pas d’âme.

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La nationalité peut être constituée par quatre éléments différents

rarement réunis chez un même peuple: la race, la langue, la religion et

les intérêts.

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Les peuples ne possédant pas une âme ancestrale suffisamment stabilisée

vivent dans l’anarchie et progressent peu. Ceux dont l’âme a été trop

stabilisée ne progressent plus. Dans les temps modernes, les Russes

représentent la phase de stabilisation insuffisante, les Chinois celle

de la stabilisation trop complète.

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A une certaine période de l’histoire d’un peuple les fautes de pensée,

de caractère, de jugement et par conséquent de conduite restent sans

remède. Elles deviennent créatrices de ces fatalités inexorables sous le

poids desquelles de grands empires ont fini par succomber.

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Substituer comme mobile d’action la gloire collective à la gloire

personnelle est pour un peuple un important progrès moral.

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Les nations ne se transforment que par l’évolution des âmes. C’est en

lui-même et non hors de lui-même, qu’un peuple doit rechercher les

causes de sa grandeur ou de sa décadence.

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Dans les circonstances graves de l’histoire, les peuples voient souvent

plus juste que leurs gouvernants. Ils voient alors par leurs morts.

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L’âme d’un peuple, beaucoup plus que la volonté de ses dirigeants,

détermine le régime politique qu’il peut accepter.

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Faire naître, grandir ou disparaître des sentiments et des croyances

dans l’âme des peuples est un fondement essentiel de l’art de gouverner.

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Transformer la mentalité d’un peuple est parfois plus utile que

d’accroître ses armements.

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Conquérir le territoire d’un peuple ne suffit pas. Pour le dominer il

faut encore vaincre son âme.

Hier et demain · 第 29 / 79 题