--Tant mieux!... tant mieux!... La jeunesse, c’est la lumière
incomparable où se réchauffent les vieux!
Décidément, Jacqueline Nozales l’avait tout à fait séduit; et il le
laissait voir avec une candeur naïve, se dépensant pour elle en
attentions délicates et incessantes dont elle était fort satisfaite.
Toutes les formes de son culte lui étaient agréables.
Aussi fut-elle d’humeur charmante pendant les dernières heures du
voyage, aussi dispose, semblait-il, qu’au départ de Lucerne, après une
bonne nuit d’hôtel. Tour à tour, elle bavarda, sommeilla, lut un peu,
arrangea ses cheveux; et elle veloutait son visage d’un soupçon de
poudre, quand une exclamation d’Anne la fit brusquement fermer la
minuscule boîte d’or et se dresser, curieuse:
--Ah! nous arrivons... Voici la lagune!...
Dans la nuit scintillante d’étoiles, sous la lueur argentée du clair de
lune, l’eau sombre luisait, nappe mouvante et glauque, marbrée
violemment d’ombres et de clartés. Et le train semblait fuir sur un
immense miroir, s’en aller vers quelque ville de rêve dont les feux
flambaient à l’horizon, comme les illuminations d’un soir de fête.
Des wagons, les voyageurs s’étaient répandus dans le couloir pour mieux
jouir du spectacle de l’arrivée, Jacqueline une des premières. Mais elle
fut soudain arrachée à sa contemplation, en entendant Mme de Croissy
s’écrier près d’elle, d’un ton de surprise intense:
--Oh! par exemple, vous ici?... Mais depuis quand êtes-vous dans notre
train?
Jacqueline, intriguée, tourna la tête.
Mme de Croissy tendait la main à un beau grand garçon d’allure
aristocratique qui portait une barbe blonde un peu longue, dont le
visage avait une expression tout ensemble caressante, hardie et
impérieuse.