Aux Etats-Unis, les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002,

un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces appareils

par RCA. A l’automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont

produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus

compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique

de Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars

avec abonnement annuel (facturé 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349

dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (20 dollars

par mois). Les deux modèles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrés non seulement avec

un dictionnaire intégré, le Webster’s Pocket American Dictionary (publié par

Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde en 80 jours

de Jules Verne (publiée par eBooks Classics), best-seller universel qui poursuit

ainsi sa carrière en version numérique. En Allemagne, on parle d’un remplacement

éventuel du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais Gemstar décide de mettre

fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture

en juin 2003 et celle de ses livres numériques le mois suivant.

= Cybook (Cytale / Bookeen)

Première tablette de lecture européenne, le Cybook (21 x 16 centimètres) est

conçu et développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier

2001. Son poids est de 1 kilo. Sa mémoire - 32 Mo (mégaoctets) de mémoire SDRAM

(synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet

de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est

de 5 heures. Il est équipé d’un modem 56 K, d’un haut-parleur, d’une sortie

stéréo avec prise casque et de plusieurs ports pour périphériques. L’écran

tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 600 x 800 pixels. L’affichage

est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le système

d’exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer et un

logiciel de lecture spécifique basé sur le format OeB. Il intègre un

dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il coûte 883 euros sans

abonnement, et 456 euros avec abonnement annuel (facturé 20 euros par mois). Les

livres sont téléchargés à partir du site web de Cytale, suite à des

partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse.

«J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le

livre électronique, écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis

ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à

l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe

enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre

"adaptable", et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à

toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre

sur le web.»

Cytale développe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook à destination des

entreprises, des universités et des collectivités pour la gestion de leurs

documents numérisés: dossiers clients, normes techniques, procédures,

catalogues, cartes, etc.

Par ailleurs, en collaboration avec l’INSERM (Institut national de la santé et

de la recherche médicale), Cytale adapte son logiciel pour permettre la lecture

de livres numériques sur plage braille ou sur synthèse vocale. Dans cette

optique, la société développe le Cybook Vision, une tablette adaptée aux besoins

des personnes malvoyantes et distribuée par un réseau d’opticiens. «Toutes les

opérations de navigation, en mode autonome, ont été élaborées sur les conseils

d’orthoptistes et à partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site

web. Réduites à l’essentiel, elles autorisent la création de stratégies de

lecture personnalisées. L’appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est

doté d’une capacité de mémoire qui autorise une contenance d’environ trente

livres. Chaque ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de

caractères. La catégorie la plus grande correspond à un corps de texte 28 ou à

la taille P. 20 selon les normes des orthoptistes. La résolution d’écran "Super

VGA" (super video graphics adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une

excellente netteté des caractères. Le rétro-éclairage de cet écran autorise la

lecture dans une ambiance peu lumineuse. Le contraste et la luminosité peuvent

être réglés séparément et sont activés par un bouton. Une icône autorise le

changement de couleur de fond, qui passe du blanc au jaune pour répondre à

certains problèmes de photosensibilité. Les textes peuvent être lus en corps

noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur noir ou noir sur jaune.»

Pour les trois modèles, les ventes sont très inférieures aux pronostics. Ces

ventes insuffisantes forcent la société à se déclarer en cessation de paiement,

l’administrateur ne parvenant pas à trouver un repreneur après le redressement

judiciaire prononcé en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en

juillet 2002 et cesse ses activités à la même date.

La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par la

société Bookeen, créée en 2003 à l’initiative de Michael Dahan et de Laurent

Picard, deux ex-ingénieurs de chez Cytale. «A côté des logiciels "maison" - le

Boo Reader et le Boo Reader Vision - le Mobipocket Reader, le µBook et le PDF

Viewer équipent désormais par défaut la tablette», explique Alain Patez,

responsable des éditions numériques à la Médiathèque Landowski de

Boulogne-Billancourt, et qui met ces tablettes à la disposition de son public.

«Le Cybook s’enrichit d’une nouvelle suite logicielle et d’un nouveau mode de

connexion et de synchronisation, grâce au support de l’infrarouge et de l’USB.

Cette nouvelle version est mise en vente en juin 2004. Grâce à son partenariat

avec Mobipocket, Bookeen ouvre en novembre 2004 sa propre librairie en ligne

(Ubibooks). Les livres sont également proposés sur carte amovible, la

"BibliCarte", au format OeB. Commercialisée principalement aux Etats-Unis, la

tablette est en rupture de stock en octobre 2006. En juillet 2007, Bookeen

dévoile la nouvelle version e-ink / e-paper de sa tablette baptisée "Cybook

Gen3". Cette machine opère désormais sous plateforme Linux et dispose d’une

suite logicielle comparable à la version antérieure. Elle se distingue

particulièrement par son poids - 174 grammes - et par une autonomie de lecture

d’un mois sans rechargement. L’écran, monochrome, affiche quatre nuances de

gris. La commercialisation du Cybook Gen3 est annoncée pour septembre 2007.

Cette tablette exploitera la technologie d'encre électronique E Ink.»

= Autres tablettes récentes

En avril 2004, Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, produit en partenariat

avec les sociétés Philips et E Ink. Cette nouvelle tablette est la première à

utiliser la technologie d’affichage développée par la société E Ink et

communément appelée encre électronique. L’appareil pèse 300 grammes (avec piles

et protection d’écran), pour une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimètres. Sa

mémoire est de 10 mégaoctets - avec possibilité d’extension - et sa capacité de

stockage de 500 livres. Son écran de 6 pouces a une définition de 170 DPI et une

résolution de 800 x 600 pixels. Un port USB permet le téléchargement des livres

à partir de l’ordinateur. L’appareil comprend aussi un clavier, une fonction

enregistrement et une synthèse vocale. Il fonctionne avec quatre piles

alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de

375 dollars US.

D’autres modèles sont lancés par divers constructeurs, par exemple Toshiba, qui

lance le Ebook, Panasonic, qui lance le Sigma Book, ou eREAD, qui lance le

STAReBook (appelé aussi e-Reader par le quotidien Les Echos).

Les trois modèles les plus présents en 2007 semblent être l’iLiad (iRex

Technologies), le Sony Reader (Sony) et le Hanlin eReader (Jinke), qui utilisent

tous les trois la technologie E Ink. Lancé par la société néerlandaise iRex

Technologies, l’iLiad est conçu spécifiquement pour la consultation de journaux

électroniques et pour la lecture de livres sur le Mobipocket Reader. Produit par

la société chinoise Jinke, le Hanlin eReader se décline en plusieurs versions et

supporte de nombreux formats, dont les formats PDF, DOC, HTML, MP3, JPG, TXT et

ZIP. Lancé en octobre 2006 aux Etats-Unis, le Sony Reader, plus petit que

l’iLiad, est vendu au prix de 350 dollars US.

En mai 2007, Telecom Italia lance le Librofonino, décrit comme un « livre

cellulaire ». Connectable en permanence aux réseaux téléphoniques sans fil (3GSM

et autres) quel que soit le pays, le Librofonino tient aisément dans une poche,

avec un écran ouvrant plus large que l’appareil lui-même. Suite à l’acquisition

de Mobipocket en avril 2005, Amazon lance fin 2007 sa propre tablette de

lecture, le Kindle. Reste à voir si ces modèles auront une durée de vie

supérieure à celle de leurs prédécesseurs. En 2008, on attend un écran souple

ultrafin appelé papier électronique.

Parallèlement, quelques quotidiens tentent une expérience de lecture nomade. En

avril 2006, le quotidien belge De Tidj est proposé en version électronique

nomade sur l’iLiad. En avril 2007, le quotidien français Les Echos lance une

version électronique nomade - actualisée plusieurs fois par jour - sur deux

tablettes de lecture, avec un prix différent selon la tablette achetée: 649

euros (abonnement annuel + achat de l'e-Reader d'e-READ) ou 769 euros

(abonnement annuel + achat de l'iLiad). Pour ceux qui auraient déjà leur

tablette, l'abonnement annuel sans tablette est de 365 euros.

10.2. Assistants personnels (PDA)

Lorsque le livre numérique commence à se généraliser en 2000, les fabricants

d’assistants personnels (PDA) décident d’intégrer un logiciel de lecture dans

leur machine, en plus des fonctionnalités habituelles : agenda, dictaphone,

lecteur de MP3, etc. En parallèle, à partir de la production imprimée existante,

ils négocient les droits de diffusion numérique de centaines de titres. Si

certains professionnels du livre s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les

adeptes de la lecture sur PDA assurent que la taille de l’écran n’est pas un

problème.

= Psion

Marie-Joseph Pierre est enseignante-chercheuse à l’Ecole pratique des hautes

études (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne). Elle utilise un

Psion depuis plusieurs années pour lire et étudier dans le train lors de ses

fréquents déplacements entre Argentan, sa ville de résidence, et Paris. Elle

achète son premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé ensuite par un Série 5,

remplacé lui-même par un Psion 5mx en juin 2001. En février 2002, elle raconte:

«J’ai chargé tout un tas de trucs littéraires – dont mes propres travaux et dont

la Bible entière – sur mon Psion 5mx (16 + 16 mégaoctets), que je consulte

surtout dans le train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une

bibliothèque. J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par

page comme sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir charger

une énorme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n’est pas le

même usage qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on peut feuilleter, tordre,

sentir..., et qui s’ouvre automatiquement à la page qu’on a aimée. C’est

beaucoup moins agréable à utiliser, d’autant que sur PDA, la page est petite: on

n’a pas de vue d’ensemble. Mais une qualité appréciable: on peut travailler sur

le texte enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations,

faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et cela m’a pas

mal servi pour mon travail, ou pour mes activités associatives. Je fais par

exemple partie d’une petite société poétique locale, et nous faisons

prochainement un récital poétique. J’ai voulu rechercher des textes de Victor

Hugo, que j’ai maintenant pu lire et même charger à partir du site de la

Bibliothèque nationale de France: c’est vraiment extra.»

Le Psion Organiser est le vétéran des agendas électroniques. Le premier modèle

est lancé dès 1984 par la société britannique Psion. Au fil des ans, la gamme

des appareils s’étend et la société se développe à l’international. En 2000, les

divers modèles (Série 7, Série 5mx, Revo, Revo Plus) sont concurrencés par le

Palm Pilot et le Pocket PC. Suite à une baisse des ventes, la société décide de

diversifier ses activités. Suite au rachat de Teklogix, Psion Teklogix est fondé

en septembre 2000 afin de développer des systèmes informatiques mobiles sans fil

à destination des entreprises. Psion Software est fondé en 2001 pour développer

les logiciels de la nouvelle génération d’appareils mobiles utilisant la

plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modèle

précurseur commercialisé la même année.

= eBookMan (Franklin)

Basée dans le New Jersey (Etats-Unis), la société Franklin commercialise dès

1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans

plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de

poche: dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, bibles, manuels

d’enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs.

En octobre 2000, Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel multimédia

qui, entre autres fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture

de livres numériques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la même date,

l’eBookMan reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre

de Francfort. Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début

2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix est

fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16 mégaoctets) et de la qualité

de l’écran à cristaux liquides (écran LCD), rétro-éclairé ou non selon les

modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents, l’écran n’existe

toutefois qu’en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket PC ou à certains

modèles Palm avec écran couleur. L’eBookMan permet l’écoute de livres audio et

de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à

l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé

plus performant, et primé à la même date par l’eBook Technology Award à

Francfort. Parallèlement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour

les gammes Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin développe aussi une

librairie numérique sur son site en passant des partenariats avec plusieurs

éditeurs, notamment avec Audible.com pour avoir accès à sa collection de 4.500

livres audionumériques.

= Palm Pilot et Pocket PC

Suite au Psion et à l'eBookMan, les usagers se tournent peu à peu vers deux

nouvelles gammes d'assistants personnels (ou PDA: personal digital assistant),

les Palm Pilot et les Pocket PC, qui deviennent les favoris du marché.

La société Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de

machines entre 1996 et 2002. Son système d’exploitation est le Palm OS et son

logiciel de lecture le Palm Reader. En mars 2001, les modèles Palm permettent

aussi la lecture de livres numériques sur le Mobipocket Reader.

Commercialisé par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le

Pocket PC utilise un système d’exploitation spécifique, Windows CE, qui intègre

le nouveau logiciel de lecture Microsoft Reader. En octobre 2001, Windows CE est

remplacé par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres

numériques sous droits. Ces livres sont protégés par un système de gestion des

droits numériques dénommé Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En

2002, le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader

bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

D’après Seybold Reports.com, en avril 2001, on compte 100.000 tablettes de

lecture pour 17 millions d’assistants personnels (PDA). Deux ans plus tard, en

juin 2003, plus aucune tablette n’est commercialisée. De nouveaux modèles

apparaissent ensuite, mais on se demande s'ils peuvent vraiment réussir à

s’imposer face à l’assistant personnel, qui offre aussi d’autres

fonctionnalités. On se demande aussi s'il existe une clientèle spécifique pour

les deux machines, la lecture sur assistant personnel étant destinée au grand

public, et la lecture sur tablette électronique étant réservée aux gros

consommateurs de documents que sont les lycéens, les étudiants, les professeurs,

les chercheurs ou les juristes. Le débat reste toujours d'actualité dans les

années qui suivent.

10.3. Nouveaux appareils

= Souhaits en l'an 2000

En l’an 2000, à l’exception de quelques spécialistes, les professionnels du

livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procuré par une

machine. Si le concept les séduit, les premiers modèles ne suscitent guère

d’enthousiasme, sinon une curiosité amusée et le souhait de meilleurs appareils

de lecture. «Je pense qu’on est loin des formats et des techniques définitifs,

déclare en novembre 2000 Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas.

Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront

certainement le jour sous peu.»

Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur, écrit à la même date: «Le livre

électronique est avant tout un moyen pratique d’atteindre différemment une

certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des

techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument technologique.

(...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l’on peut retirer d’une

lecture sur un écran d’un roman de Proust. Découvrir la vie des personnages à

coups de souris à molette ou de descente d’ascenseur ne me tente guère. Ce

support, s’il possède à l’évidence comme avantage la disponibilité de toute

oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop

importants. Ceci étant, sans nous cantonner à une position durablement ancrée

dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir

ses lettres de noblesse.»

Cet avis est partagé par Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion

d’inédits artistiques et littéraires. «L’ebook est sans aucun doute un support

extraordinaire, explique-t-il en octobre 2000. Il aura son rôle à jouer dans la

diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne remplacera

jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. (...) Voyez la

monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec

sa carte de crédit et on a toujours besoin d’un peu de monnaie dans sa poche, en

plus de sa carte Visa. L’achat d’un livre n’est pas un acte purement

intellectuel, c’est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais un ebook.

Naturellement, l’édition classique devra en tenir compte sur le plan marketing

pour se différencier davantage, mais je crois que l’utilisation des deux types

de supports sera bien distincte. Le téléphone n’a pas tué le courrier, la radio

n’a pas tué la presse, la télévision n’a pas tué la radio ni le cinéma... Il y a

de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à une adaptation et à

un regain de créativité. Et c’est tant mieux!»

Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l’Université Paris 8,

écrit pour sa part en janvier 2001: «J’attends de voir concrètement comment ils

fonctionnent et si les éditeurs sont capables de proposer des produits

spécifiques à ce support car, si c’est pour reproduire uniquement des livres

imprimés, je suis assez sceptique. L’histoire des techniques montre qu’une

technique n’est adoptée que si - et seulement si... - elle apporte des avantages

concrets et conséquents par rapport aux techniques auxquelles elle prétend se

substituer.»

Ce scepticisme est partagé par Olivier Bogros, directeur de la Médiathèque

municipale de Lisieux (Normandie), qui s’exclame en août 2000: «De quoi

parle-t-on? Des machines monotâches encombrantes et coûteuses, avec format

propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand et

pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques

(appelés ici livres numériques, ndlr), et en plus servent à autre chose. Ceci

dit, la notion de livre électronique m’intéresse en tant que bibliothécaire et

lecteur. Va-t-il permettre de s’affranchir d’un modèle économique à bout de

souffle (la chaîne éditoriale n’est pas le must en la matière)? Les machines à

lire n’ont de mon point de vue de chance d’être viables que si leur utilisateur

peut créer ses propres livres électroniques avec (cf. cassettes vidéo).»

Patrick Rebollar, professeur de littérature française et d’informatique dans des

universités japonaises, écrit en décembre 2000: «Je trouve enthousiasmant le

principe de stockage et d’affichage mais j’ai des craintes quant à la

commercialisation des textes sous des formats payants. Les chercheurs

pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler? L’outil

sera-t-il vraiment souple et léger, ou faut-il attendre le développement de

l’encre électronique? Je crois également que l’on prépare un cartable

électronique pour les élèves des écoles, ce qui pourrait être bon pour leur

dos...»

Olivier Gainon, fondateur des éditions CyLibris, manifeste lui aussi un certain

scepticisme à l’égard des modèles actuels. Il explique à la même date: «Je ne

crois pas trop à un objet qui a des inconvénients clairs par rapport à un livre

papier (prix / fragilité / aspect / confort visuel / etc.), et des avantages qui

me semblent minimes (taille des caractères évolutifs / plusieurs livres dans un

même appareil / rétro-éclairage de l’écran / etc.). De même, je vois mal le

positionnement d’un appareil exclusivement dédié à la lecture, alors que nous

avons les ordinateurs portables d’un côté, les téléphones mobiles de l’autre et

les assistants personnels (dont les Pocket PC) sur le troisième front. Bref,

autant je crois qu’à terme la lecture sur écran sera généralisée, autant je ne

suis pas certain que cela se fera par l’intermédiaire de ces objets.»

Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique,

partage le même sentiment. «Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d’avenir

dans le grand public tant qu’ils restent monotâches (ou presque), écrit-il en

avril 2001. Un médecin ou un avocat pourront adopter ces plateformes pour

remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le croire. Mais pour

convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que cet écran soit

celui du téléphone mobile, du PDA ou de la télévision. D’autre part, je crois

qu’en cherchant à limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils

(plusieurs types d’ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque

du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L’avenir de ces appareils,

comme de tous les autres appareils technologiques, c’est leur ouverture et leur

souplesse. S’ils n’ont qu’une fonction et qu’un seul fournisseur, ils

n’intéresseront personne. Par contre, si, à l’achat de son téléphone portable,

on reçoit une bibliothèque de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et

la possibilité d’en charger d’autres, alors on risque de convaincre beaucoup de

monde.»

Emilie Devriendt, élève professeur à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Paris,

écrit en juin 2001: «S’il doit s’agir d’un ordinateur portable légèrement

"relooké", mais présentant moins de fonctionnalités que ce dernier, je n’en vois

pas l’intérêt. Tel qu’il existe, l’ebook est relativement lourd, l’écran peu

confortable à mes yeux, et il consomme trop d’énergie pour fonctionner

véritablement en autonomie. A cela s’ajoute le prix scandaleusement élevé, à la

fois de l’objet même et des contenus téléchargeables; sans parler de

l’incompatibilité des formats constructeur, et des "formats" maison d’édition.

J’ai pourtant eu l’occasion de voir un concept particulièrement astucieux,

vraiment pratique et peu coûteux, qui me semble être pour l’heure le support de

lecture électronique le plus intéressant: celui du "baladeur de textes" ou

@folio, en cours de développement à l’Ecole nationale supérieure des arts et

industries de Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses concepteurs

sont à l’opposé de celles des "gros" concurrents qu’on connaît, en France ou

ailleurs: aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque c’est le

contenu du web (dans l’idéal gratuit) que l’on télécharge.»

= @folio, baladeur de textes

Les mutations du livre · 第 17 / 29 段