un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces appareils
par RCA. A l’automne 2002, leurs successeurs, le GEB 1150 et le GEB 2150, sont
produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus
compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou bisannuel à la librairie numérique
de Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199 dollars sans abonnement, et 99 dollars
avec abonnement annuel (facturé 20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349
dollars sans abonnement, et 199 dollars avec abonnement bisannuel (20 dollars
par mois). Les deux modèles GEB 1150 et GEB 2150 sont livrés non seulement avec
un dictionnaire intégré, le Webster’s Pocket American Dictionary (publié par
Random House), mais aussi avec la version anglaise du Tour du monde en 80 jours
de Jules Verne (publiée par eBooks Classics), best-seller universel qui poursuit
ainsi sa carrière en version numérique. En Allemagne, on parle d’un remplacement
éventuel du GEB 2200 par le GEB 1150 courant 2003. Mais Gemstar décide de mettre
fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture
en juin 2003 et celle de ses livres numériques le mois suivant.
= Cybook (Cytale / Bookeen)
Première tablette de lecture européenne, le Cybook (21 x 16 centimètres) est
conçu et développé par la société française Cytale, et commercialisé en janvier
2001. Son poids est de 1 kilo. Sa mémoire - 32 Mo (mégaoctets) de mémoire SDRAM
(synchronous dynamic random access memory) et 16 Mo de mémoire flash - permet
de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages. Son autonomie est
de 5 heures. Il est équipé d’un modem 56 K, d’un haut-parleur, d’une sortie
stéréo avec prise casque et de plusieurs ports pour périphériques. L’écran
tactile couleur rétro-éclairé a une résolution de 600 x 800 pixels. L’affichage
est possible en mode portrait ou paysage. Le Cybook utilise le système
d’exploitation Windows CE de Microsoft, le navigateur Internet Explorer et un
logiciel de lecture spécifique basé sur le format OeB. Il intègre un
dictionnaire Hachette de 35.000 mots. En mars 2002, il coûte 883 euros sans
abonnement, et 456 euros avec abonnement annuel (facturé 20 euros par mois). Les
livres sont téléchargés à partir du site web de Cytale, suite à des
partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse.
«J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet extraordinaire, le
livre électronique, écrit en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale. Depuis
ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d’accès à
l’écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe
enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre
"adaptable", et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à
toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une fenêtre
sur le web.»
Cytale développe aussi le Cybook Pro, une version du Cybook à destination des
entreprises, des universités et des collectivités pour la gestion de leurs
documents numérisés: dossiers clients, normes techniques, procédures,
catalogues, cartes, etc.
Par ailleurs, en collaboration avec l’INSERM (Institut national de la santé et
de la recherche médicale), Cytale adapte son logiciel pour permettre la lecture
de livres numériques sur plage braille ou sur synthèse vocale. Dans cette
optique, la société développe le Cybook Vision, une tablette adaptée aux besoins
des personnes malvoyantes et distribuée par un réseau d’opticiens. «Toutes les
opérations de navigation, en mode autonome, ont été élaborées sur les conseils
d’orthoptistes et à partir des suggestions de malvoyants, lit-on sur le site
web. Réduites à l’essentiel, elles autorisent la création de stratégies de
lecture personnalisées. L’appareil, qui fonctionne comme un enregistreur, est
doté d’une capacité de mémoire qui autorise une contenance d’environ trente
livres. Chaque ouvrage est lisible dans deux polices et six tailles de
caractères. La catégorie la plus grande correspond à un corps de texte 28 ou à
la taille P. 20 selon les normes des orthoptistes. La résolution d’écran "Super
VGA" (super video graphics adapter) de 100 DPI (dots per inch) offre une
excellente netteté des caractères. Le rétro-éclairage de cet écran autorise la
lecture dans une ambiance peu lumineuse. Le contraste et la luminosité peuvent
être réglés séparément et sont activés par un bouton. Une icône autorise le
changement de couleur de fond, qui passe du blanc au jaune pour répondre à
certains problèmes de photosensibilité. Les textes peuvent être lus en corps
noir sur blanc ou blanc sur noir, jaune sur noir ou noir sur jaune.»
Pour les trois modèles, les ventes sont très inférieures aux pronostics. Ces
ventes insuffisantes forcent la société à se déclarer en cessation de paiement,
l’administrateur ne parvenant pas à trouver un repreneur après le redressement
judiciaire prononcé en avril 2002. Cytale est mis en liquidation judiciaire en
juillet 2002 et cesse ses activités à la même date.
La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par la
société Bookeen, créée en 2003 à l’initiative de Michael Dahan et de Laurent
Picard, deux ex-ingénieurs de chez Cytale. «A côté des logiciels "maison" - le
Boo Reader et le Boo Reader Vision - le Mobipocket Reader, le µBook et le PDF
Viewer équipent désormais par défaut la tablette», explique Alain Patez,
responsable des éditions numériques à la Médiathèque Landowski de
Boulogne-Billancourt, et qui met ces tablettes à la disposition de son public.
«Le Cybook s’enrichit d’une nouvelle suite logicielle et d’un nouveau mode de
connexion et de synchronisation, grâce au support de l’infrarouge et de l’USB.
Cette nouvelle version est mise en vente en juin 2004. Grâce à son partenariat
avec Mobipocket, Bookeen ouvre en novembre 2004 sa propre librairie en ligne
(Ubibooks). Les livres sont également proposés sur carte amovible, la
"BibliCarte", au format OeB. Commercialisée principalement aux Etats-Unis, la
tablette est en rupture de stock en octobre 2006. En juillet 2007, Bookeen
dévoile la nouvelle version e-ink / e-paper de sa tablette baptisée "Cybook
Gen3". Cette machine opère désormais sous plateforme Linux et dispose d’une
suite logicielle comparable à la version antérieure. Elle se distingue
particulièrement par son poids - 174 grammes - et par une autonomie de lecture
d’un mois sans rechargement. L’écran, monochrome, affiche quatre nuances de
gris. La commercialisation du Cybook Gen3 est annoncée pour septembre 2007.
Cette tablette exploitera la technologie d'encre électronique E Ink.»
= Autres tablettes récentes
En avril 2004, Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, produit en partenariat
avec les sociétés Philips et E Ink. Cette nouvelle tablette est la première à
utiliser la technologie d’affichage développée par la société E Ink et
communément appelée encre électronique. L’appareil pèse 300 grammes (avec piles
et protection d’écran), pour une taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimètres. Sa
mémoire est de 10 mégaoctets - avec possibilité d’extension - et sa capacité de
stockage de 500 livres. Son écran de 6 pouces a une définition de 170 DPI et une
résolution de 800 x 600 pixels. Un port USB permet le téléchargement des livres
à partir de l’ordinateur. L’appareil comprend aussi un clavier, une fonction
enregistrement et une synthèse vocale. Il fonctionne avec quatre piles
alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son prix est de
375 dollars US.
D’autres modèles sont lancés par divers constructeurs, par exemple Toshiba, qui
lance le Ebook, Panasonic, qui lance le Sigma Book, ou eREAD, qui lance le
STAReBook (appelé aussi e-Reader par le quotidien Les Echos).
Les trois modèles les plus présents en 2007 semblent être l’iLiad (iRex
Technologies), le Sony Reader (Sony) et le Hanlin eReader (Jinke), qui utilisent
tous les trois la technologie E Ink. Lancé par la société néerlandaise iRex
Technologies, l’iLiad est conçu spécifiquement pour la consultation de journaux
électroniques et pour la lecture de livres sur le Mobipocket Reader. Produit par
la société chinoise Jinke, le Hanlin eReader se décline en plusieurs versions et
supporte de nombreux formats, dont les formats PDF, DOC, HTML, MP3, JPG, TXT et
ZIP. Lancé en octobre 2006 aux Etats-Unis, le Sony Reader, plus petit que
l’iLiad, est vendu au prix de 350 dollars US.
En mai 2007, Telecom Italia lance le Librofonino, décrit comme un « livre
cellulaire ». Connectable en permanence aux réseaux téléphoniques sans fil (3GSM
et autres) quel que soit le pays, le Librofonino tient aisément dans une poche,
avec un écran ouvrant plus large que l’appareil lui-même. Suite à l’acquisition
de Mobipocket en avril 2005, Amazon lance fin 2007 sa propre tablette de
lecture, le Kindle. Reste à voir si ces modèles auront une durée de vie
supérieure à celle de leurs prédécesseurs. En 2008, on attend un écran souple
ultrafin appelé papier électronique.
Parallèlement, quelques quotidiens tentent une expérience de lecture nomade. En
avril 2006, le quotidien belge De Tidj est proposé en version électronique
nomade sur l’iLiad. En avril 2007, le quotidien français Les Echos lance une
version électronique nomade - actualisée plusieurs fois par jour - sur deux
tablettes de lecture, avec un prix différent selon la tablette achetée: 649
euros (abonnement annuel + achat de l'e-Reader d'e-READ) ou 769 euros
(abonnement annuel + achat de l'iLiad). Pour ceux qui auraient déjà leur
tablette, l'abonnement annuel sans tablette est de 365 euros.
10.2. Assistants personnels (PDA)
Lorsque le livre numérique commence à se généraliser en 2000, les fabricants
d’assistants personnels (PDA) décident d’intégrer un logiciel de lecture dans
leur machine, en plus des fonctionnalités habituelles : agenda, dictaphone,
lecteur de MP3, etc. En parallèle, à partir de la production imprimée existante,
ils négocient les droits de diffusion numérique de centaines de titres. Si
certains professionnels du livre s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les
adeptes de la lecture sur PDA assurent que la taille de l’écran n’est pas un
problème.
= Psion
Marie-Joseph Pierre est enseignante-chercheuse à l’Ecole pratique des hautes
études (EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne). Elle utilise un
Psion depuis plusieurs années pour lire et étudier dans le train lors de ses
fréquents déplacements entre Argentan, sa ville de résidence, et Paris. Elle
achète son premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé ensuite par un Série 5,
remplacé lui-même par un Psion 5mx en juin 2001. En février 2002, elle raconte:
«J’ai chargé tout un tas de trucs littéraires – dont mes propres travaux et dont
la Bible entière – sur mon Psion 5mx (16 + 16 mégaoctets), que je consulte
surtout dans le train ou pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une
bibliothèque. J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par
page comme sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir charger
une énorme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce n’est pas le
même usage qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on peut feuilleter, tordre,
sentir..., et qui s’ouvre automatiquement à la page qu’on a aimée. C’est
beaucoup moins agréable à utiliser, d’autant que sur PDA, la page est petite: on
n’a pas de vue d’ensemble. Mais une qualité appréciable: on peut travailler sur
le texte enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations,
faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et cela m’a pas
mal servi pour mon travail, ou pour mes activités associatives. Je fais par
exemple partie d’une petite société poétique locale, et nous faisons
prochainement un récital poétique. J’ai voulu rechercher des textes de Victor
Hugo, que j’ai maintenant pu lire et même charger à partir du site de la
Bibliothèque nationale de France: c’est vraiment extra.»
Le Psion Organiser est le vétéran des agendas électroniques. Le premier modèle
est lancé dès 1984 par la société britannique Psion. Au fil des ans, la gamme
des appareils s’étend et la société se développe à l’international. En 2000, les
divers modèles (Série 7, Série 5mx, Revo, Revo Plus) sont concurrencés par le
Palm Pilot et le Pocket PC. Suite à une baisse des ventes, la société décide de
diversifier ses activités. Suite au rachat de Teklogix, Psion Teklogix est fondé
en septembre 2000 afin de développer des systèmes informatiques mobiles sans fil
à destination des entreprises. Psion Software est fondé en 2001 pour développer
les logiciels de la nouvelle génération d’appareils mobiles utilisant la
plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210, modèle
précurseur commercialisé la même année.
= eBookMan (Franklin)
Basée dans le New Jersey (Etats-Unis), la société Franklin commercialise dès
1986 le premier dictionnaire consultable sur une machine de poche. Quinze ans
plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages de référence sur des machines de
poche: dictionnaires unilingues et bilingues, encyclopédies, bibles, manuels
d’enseignement, ouvrages médicaux et livres de loisirs.
En octobre 2000, Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel multimédia
qui, entre autres fonctionnalités (agenda, dictaphone, etc.), permet la lecture
de livres numériques sur le logiciel de lecture Franklin Reader. A la même date,
l’eBookMan reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre
de Francfort. Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début
2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix est
fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16 mégaoctets) et de la qualité
de l’écran à cristaux liquides (écran LCD), rétro-éclairé ou non selon les
modèles. Nettement plus grand que celui de ses concurrents, l’écran n’existe
toutefois qu’en noir et blanc, contrairement à la gamme Pocket PC ou à certains
modèles Palm avec écran couleur. L’eBookMan permet l’écoute de livres audio et
de fichiers musicaux au format MP3.
En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader à
l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de lecture jugé
plus performant, et primé à la même date par l’eBook Technology Award à
Francfort. Parallèlement, le Franklin Reader est progressivement disponible pour
les gammes Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin développe aussi une
librairie numérique sur son site en passant des partenariats avec plusieurs
éditeurs, notamment avec Audible.com pour avoir accès à sa collection de 4.500
livres audionumériques.
= Palm Pilot et Pocket PC
Suite au Psion et à l'eBookMan, les usagers se tournent peu à peu vers deux
nouvelles gammes d'assistants personnels (ou PDA: personal digital assistant),
les Palm Pilot et les Pocket PC, qui deviennent les favoris du marché.
La société Palm lance le premier Palm Pilot en mars 1996 et vend 23 millions de
machines entre 1996 et 2002. Son système d’exploitation est le Palm OS et son
logiciel de lecture le Palm Reader. En mars 2001, les modèles Palm permettent
aussi la lecture de livres numériques sur le Mobipocket Reader.
Commercialisé par Microsoft en avril 2000 pour concurrencer le Palm Pilot, le
Pocket PC utilise un système d’exploitation spécifique, Windows CE, qui intègre
le nouveau logiciel de lecture Microsoft Reader. En octobre 2001, Windows CE est
remplacé par Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres
numériques sous droits. Ces livres sont protégés par un système de gestion des
droits numériques dénommé Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). En
2002, le Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le Microsoft Reader
bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.
D’après Seybold Reports.com, en avril 2001, on compte 100.000 tablettes de
lecture pour 17 millions d’assistants personnels (PDA). Deux ans plus tard, en
juin 2003, plus aucune tablette n’est commercialisée. De nouveaux modèles
apparaissent ensuite, mais on se demande s'ils peuvent vraiment réussir à
s’imposer face à l’assistant personnel, qui offre aussi d’autres
fonctionnalités. On se demande aussi s'il existe une clientèle spécifique pour
les deux machines, la lecture sur assistant personnel étant destinée au grand
public, et la lecture sur tablette électronique étant réservée aux gros
consommateurs de documents que sont les lycéens, les étudiants, les professeurs,
les chercheurs ou les juristes. Le débat reste toujours d'actualité dans les
années qui suivent.
10.3. Nouveaux appareils
= Souhaits en l'an 2000
En l’an 2000, à l’exception de quelques spécialistes, les professionnels du
livre restent assez sceptiques sur le confort de lecture procuré par une
machine. Si le concept les séduit, les premiers modèles ne suscitent guère
d’enthousiasme, sinon une curiosité amusée et le souhait de meilleurs appareils
de lecture. «Je pense qu’on est loin des formats et des techniques définitifs,
déclare en novembre 2000 Nicolas Pewny, fondateur des éditions du Choucas.
Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront
certainement le jour sous peu.»
Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur, écrit à la même date: «Le livre
électronique est avant tout un moyen pratique d’atteindre différemment une
certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des
techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument technologique.
(...) Je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l’on peut retirer d’une
lecture sur un écran d’un roman de Proust. Découvrir la vie des personnages à
coups de souris à molette ou de descente d’ascenseur ne me tente guère. Ce
support, s’il possède à l’évidence comme avantage la disponibilité de toute
oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop
importants. Ceci étant, sans nous cantonner à une position durablement ancrée
dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir
ses lettres de noblesse.»
Cet avis est partagé par Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion
d’inédits artistiques et littéraires. «L’ebook est sans aucun doute un support
extraordinaire, explique-t-il en octobre 2000. Il aura son rôle à jouer dans la
diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne remplacera
jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. (...) Voyez la
monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec
sa carte de crédit et on a toujours besoin d’un peu de monnaie dans sa poche, en
plus de sa carte Visa. L’achat d’un livre n’est pas un acte purement
intellectuel, c’est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais un ebook.
Naturellement, l’édition classique devra en tenir compte sur le plan marketing
pour se différencier davantage, mais je crois que l’utilisation des deux types
de supports sera bien distincte. Le téléphone n’a pas tué le courrier, la radio
n’a pas tué la presse, la télévision n’a pas tué la radio ni le cinéma... Il y a
de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à une adaptation et à
un regain de créativité. Et c’est tant mieux!»
Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l’Université Paris 8,
écrit pour sa part en janvier 2001: «J’attends de voir concrètement comment ils
fonctionnent et si les éditeurs sont capables de proposer des produits
spécifiques à ce support car, si c’est pour reproduire uniquement des livres
imprimés, je suis assez sceptique. L’histoire des techniques montre qu’une
technique n’est adoptée que si - et seulement si... - elle apporte des avantages
concrets et conséquents par rapport aux techniques auxquelles elle prétend se
substituer.»
Ce scepticisme est partagé par Olivier Bogros, directeur de la Médiathèque
municipale de Lisieux (Normandie), qui s’exclame en août 2000: «De quoi
parle-t-on? Des machines monotâches encombrantes et coûteuses, avec format
propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques
(appelés ici livres numériques, ndlr), et en plus servent à autre chose. Ceci
dit, la notion de livre électronique m’intéresse en tant que bibliothécaire et
lecteur. Va-t-il permettre de s’affranchir d’un modèle économique à bout de
souffle (la chaîne éditoriale n’est pas le must en la matière)? Les machines à
lire n’ont de mon point de vue de chance d’être viables que si leur utilisateur
peut créer ses propres livres électroniques avec (cf. cassettes vidéo).»
Patrick Rebollar, professeur de littérature française et d’informatique dans des
universités japonaises, écrit en décembre 2000: «Je trouve enthousiasmant le
principe de stockage et d’affichage mais j’ai des craintes quant à la
commercialisation des textes sous des formats payants. Les chercheurs
pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler? L’outil
sera-t-il vraiment souple et léger, ou faut-il attendre le développement de
l’encre électronique? Je crois également que l’on prépare un cartable
électronique pour les élèves des écoles, ce qui pourrait être bon pour leur
dos...»
Olivier Gainon, fondateur des éditions CyLibris, manifeste lui aussi un certain
scepticisme à l’égard des modèles actuels. Il explique à la même date: «Je ne
crois pas trop à un objet qui a des inconvénients clairs par rapport à un livre
papier (prix / fragilité / aspect / confort visuel / etc.), et des avantages qui
me semblent minimes (taille des caractères évolutifs / plusieurs livres dans un
même appareil / rétro-éclairage de l’écran / etc.). De même, je vois mal le
positionnement d’un appareil exclusivement dédié à la lecture, alors que nous
avons les ordinateurs portables d’un côté, les téléphones mobiles de l’autre et
les assistants personnels (dont les Pocket PC) sur le troisième front. Bref,
autant je crois qu’à terme la lecture sur écran sera généralisée, autant je ne
suis pas certain que cela se fera par l’intermédiaire de ces objets.»
Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique,
partage le même sentiment. «Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d’avenir
dans le grand public tant qu’ils restent monotâches (ou presque), écrit-il en
avril 2001. Un médecin ou un avocat pourront adopter ces plateformes pour
remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le croire. Mais pour
convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que cet écran soit
celui du téléphone mobile, du PDA ou de la télévision. D’autre part, je crois
qu’en cherchant à limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils
(plusieurs types d’ebooks ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque
du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L’avenir de ces appareils,
comme de tous les autres appareils technologiques, c’est leur ouverture et leur
souplesse. S’ils n’ont qu’une fonction et qu’un seul fournisseur, ils
n’intéresseront personne. Par contre, si, à l’achat de son téléphone portable,
on reçoit une bibliothèque de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et
la possibilité d’en charger d’autres, alors on risque de convaincre beaucoup de
monde.»
Emilie Devriendt, élève professeur à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Paris,
écrit en juin 2001: «S’il doit s’agir d’un ordinateur portable légèrement
"relooké", mais présentant moins de fonctionnalités que ce dernier, je n’en vois
pas l’intérêt. Tel qu’il existe, l’ebook est relativement lourd, l’écran peu
confortable à mes yeux, et il consomme trop d’énergie pour fonctionner
véritablement en autonomie. A cela s’ajoute le prix scandaleusement élevé, à la
fois de l’objet même et des contenus téléchargeables; sans parler de
l’incompatibilité des formats constructeur, et des "formats" maison d’édition.
J’ai pourtant eu l’occasion de voir un concept particulièrement astucieux,
vraiment pratique et peu coûteux, qui me semble être pour l’heure le support de
lecture électronique le plus intéressant: celui du "baladeur de textes" ou
@folio, en cours de développement à l’Ecole nationale supérieure des arts et
industries de Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses concepteurs
sont à l’opposé de celles des "gros" concurrents qu’on connaît, en France ou
ailleurs: aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque c’est le
contenu du web (dans l’idéal gratuit) que l’on télécharge.»
= @folio, baladeur de textes