En janvier 2001, Adobe met sur le marché deux nouveaux logiciels. Le premier,

gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de

livres numériques sous droits, avec gestion des droits par l’Adobe Content

Server. Il permet aussi d’ajouter des notes et des signets, de choisir

l’orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de

visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il utilise la

technique d’affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré. Le deuxième

logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et

distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le

conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres

numériques au format PDF. Ce système de gestion des droits numériques (DRM)

permet de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer

les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des

droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt. En avril 2001,

Adobe conclut un partenariat avec la grande librairie en ligne Amazon, qui met

en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader : titres de

grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

En dix ans, entre 1993 et 2003, l’Acrobat Reader aurait été téléchargé 500

millions de fois. Ce logiciel gratuit est désormais disponible dans de

nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix,

Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). En mai 2003, l’Acrobat Reader (5e

version) fusionne avec l’Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l’Adobe

Reader (débutant à la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF

standard que les fichiers PDF sécurisés.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, dénommée Digital Media Store, avec

les titres au format PDF de grands éditeurs (HarperCollins Publishers, Random

House, Simon & Schuster, etc.) et des versions électroniques de journaux et

magazines (The New York Times, Popular Science, etc.). Adobe lance aussi Adobe

eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prêter des

livres numériques, et l’Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de

bibliothèque de livres numériques. Très complet, le site Planet PDF permet de

suivre l’actualité du PDF. En novembre 2004, l’Adobe Content Server est remplacé

par l’Adobe LiveCycle Policy Server. Les versions récentes d’Adobe Acrobat

permettent de créer des PDF compatibles avec le standard Open eBook (OeB).

= OeB (Open eBook)

Les années 1998 et 1999 sont marquées par la prolifération des formats, dans le

cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide. Aux formats classiques

- format texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup

language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats

propriétaires créés par plusieurs sociétés pour une lecture sur leurs propres

logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader, Franklin

Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook Reader, Palm Reader, etc., ces

logiciels correspondant le plus souvent à un appareil donné: Rocket eBook,

eBookMan (Franklin), Cybook (Cytale), Gemstar eBook, Palm Pilot, etc.

Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque

autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt, sinon la

nécessité, d’un format unique. A l’instigation du NIST (National Institute of

Standards and Technology, Etats-Unis) naît en juin 1998 l’Open eBook Initiative,

qui constitue un groupe de travail de 25 personnes (Open eBook Authoring Group).

Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format basé sur le langage XML pour

normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le

format OeB est défini par l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la

version 1.0 est disponible en septembre 1999. L’OeB est un format ouvert et

gratuit appartenant au domaine public. Le format original est toutefois utilisé

uniquement par les professionnels de la publication, puisqu’il doit être associé

à un système de gestion des droits numériques (DRM).

Fondé en janvier 2000 à la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum

(OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs,

concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (85

participants en 2002) pour développer le format OeB et définir les versions

successives de l’OeBPS. En avril 2005, l’OeBF change de nom pour devenir l’IDPF

(International Digital Publishing Forum). La version en cours de l’OeBPS date de

décembre 2006.

= LIT / Microsoft Reader

Lancé en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la lecture

de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»),

lui-même basé sur le format OeB. Dans un premier temps, le Microsoft Reader

équipe uniquement le Pocket PC, l’assistant personnel lancé à la même date par

Microsoft. Quatre mois plus tard, en août 2000, il est utilisable sur toute

plateforme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant

personnel. Ses caractéristiques sont un affichage utilisant la technologie

Cleartype, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés

pour des recherches ultérieures, et l’accès d’un clic au Merriam-Webster

Dictionary.

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et

distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits

numériques (DRM), et touche une commission sur la vente de chaque titre. La

gestion des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS:

digital asset server). Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes

librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août

2000 – pour la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader.

Barnes & Noble.com ouvre son secteur numérique en août 2000, suivi par

Amazon.com en novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est

disponible pour tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine

par 14 fabricants.

= PRC / Mobipocket Reader

Face à Adobe et Microsoft, un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché,

sur un créneau bien spécifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Créée

à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket

est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi.

Mobipocket conçoit le logiciel de lecture Mobipocket Reader, qui permet la

lecture de fichiers au format PRC (Palm resource). Gratuit et disponible en

plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), il est

«universel», c’est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre

2001, le Mobipocket Reader reçoit l’eBook Technology Award de la Foire

internationale du livre de Francfort. A la même date, Franklin passe un

partenariat avec Mobipocket pour l’installation du Mobipocket Reader sur

l’eBookMan, l’assistant personnel multimédia de Franklin, au lieu du partenariat

prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour l’installation du Microsoft

Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants.

Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu

auprès des sites de presse partenaires. Le Mobipocket Publisher permet aux

particuliers (qui ont le choix entre une version privée gratuite et une version

standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des

livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de

contrôler l’accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d’ouverture

aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de créer des livres

numériques non seulement au format PRC, lu par le Mobipocket Reader, mais aussi

au format LIT, lu par le Microsoft Reader.

En avril 2002, la société lance une version du Mobipocket Reader pour ordinateur

personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les assistants

personnels du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et

Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date, le nombre

de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres dans

plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur

le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.

= PDB / Palm Reader

En mars 1996, la société Palm lance le Palm Pilot, un assistant personnel (PDA)

dont le succès est immédiat. Son système d’exploitation est le Palm OS,

développé par PalmSource, une division de Palm. Sept ans après, malgré la

concurrence de la gamme Pocket PC de Microsoft - lancée en avril 2000 - et des

modèles de Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio, le Palm Pilot

reste l’assistant personnel le plus utilisé au monde, avec 23 millions de

machines vendues entre 1996 et 2002. Quant au Palm OS, il équipe 55% des

assistants personnels vendus en 2002, l'autre grande plateforme étant le système

d’exploitation Pocket PC de Microsoft, avec un pourcentage de 25,7%.

En mars 2001, Palm aborde le marché du livre numérique en faisant l’acquisition

de Peanutpress.com, éditeur et distributeur de livres numériques pour assistant

personnel, qui appartenait jusque-là à la société netLibrary. Le Peanut Reader

devient le Palm Reader, et le format correspondant devient le format PDB (Palm

database). D’abord utilisable uniquement sur les gammes Palm et Pocket PC, le

Palm Reader est utilisable sur ordinateur en juillet 2002. Le Palm Pilot est

équipé des logiciels de lecture Palm Reader et Mobipocket Reader.

Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres

numériques de Peanutpress.com - des best-sellers et des titres de grands

éditeurs - sont transférés dans la librairie numérique Palm Digital Media. A la

même date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connaît l’intérêt pour

le numérique, sort simultanément en version imprimée chez Simon & Schuster et en

version numérique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi chez Palm les

versions numériques des best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne

Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En

mars 2002, Everything’s Eventual, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen

King, est lancé simultanément par Scribner, une subdivision de Simon & Schuster,

et par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre. En

juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent à 5.500 titres

dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres. Palm

Digital Media devient ensuite le Palm eBook Store.

= BRF (braille format)

Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est

le seul système d’écriture accessible aux aveugles. Il s’agit d’un système de

six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six

points permet de former toutes les lettres de l’alphabet, les signes de

ponctuation et les symboles. Le braille est d’abord embossé sur papier au moyen

d’une tablette et d’un poinçon. A partir de la fin des années 1970, il est

produit à l’aide d’un afficheur braille piézo-électrique. A cet afficheur

succède la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le

matériel informatique, par exemple le bloc-notes braille, qui sert à la fois de

machine à écrire le braille et, quand il est connecté à un ordinateur, d’écran

tactile permettant de lire l’écran de l’ordinateur. Le braille informatique peut

s’afficher sur huit points, ce qui permet d’augmenter par quatre le nombre de

combinaisons possibles.

Le document numérique permettant de dissocier contenu et présentation, on peut

désormais influer sur cette dernière en changeant la taille et la police des

caractères, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la

modifiant, afin de faciliter la lecture des personnes malvoyantes. Les personnes

aveugles peuvent convertir le contenu au format BRF ou alors au format DAISY

pour lecture sur synthèse vocale.

= DAISY / livre audio

Quelle est l’origine du format DAISY, acronyme de «digital audio information

system» puis de «digital accessible information system»?

Depuis trente ans sinon plus, les personnes ayant un problème visuel peuvent

écouter des livres sur bandes magnétiques ou sur cassettes, enregistrés au fil

des ans par des centaines de bénévoles. Elles peuvent aussi se procurer en

librairie des livres audio sur cassettes et - plus récemment - sur CD-Rom.

Certains éditeurs proposent en effet une petite série de titres parfois

enregistrés par les auteurs eux-mêmes.

Fait récent, les technologies numériques permettent désormais de convertir

automatiquement un document numérique en «voix» pour lecture sur synthèse

vocale.

Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien

ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite

peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc.

Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique (à

savoir sur bandes magnétiques et sur cassettes) par des bénévoles. La

numérisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non

seulement dans la communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque

organisme pourrait accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre

part de nouvelles bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût,

notamment dans les pays en développement.

Plusieurs organismes spécialisés décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en

commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium, un consortium international

chargé d’assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre

audionumérique. Sa tâche est immense: définir une norme internationale,

déterminer les conditions de production, d’échange et d’utilisation du livre

audionumérique, organiser la numérisation du matériel audio à l’échelle

mondiale. Les activités du consortium sont peu à peu mises en place: définition

des normes de spécification de fichiers à partir de celles du World Wide Web

Consortium (W3C), conception de logiciels de conversion des bandes son

analogiques en bandes son numériques, gestion d’ensemble de la production,

échange de livres audionumériques entre bibliothèques, définition d’une loi

internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience

visuelle, protection des documents soumis au droit d’auteur, et enfin promotion

de la norme DAISY à l’échelle mondiale.

La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet

l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au

niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Près de 41.000 livres audio

répondent à cette norme en mars 2003, 104.100 livres audio en mars 2004 et

129.650 livres audio en août 2005. D’autres formats possibles sont les standards

de compression audio utilisés pour la musique, comme le MP3 ou le WMA (Windows

media audio). En 2007, les collections enregistrées de livres du domaine public

sont nombreuses, et le plus souvent en accès libre, par exemple AudioLivres (en

français), LiteralSystems (en anglais), AudioBooksForFree (en anglais) et

LibriVox (multilingue).

9.2. Une tâche titanesque

= Une voie tracée par la presse

Le développement de la presse en ligne (dans les années 1990) est intéressant

parce qu’il préfigure celui du livre en ligne (dans les années 2000). Raison

pour laquelle on l’expose brièvement ici.

Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont

disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou

CompuServe. Suite à l'apparition du premier navigateur fin 1993 et à la

croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse créent leurs

propres sites. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur

un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition

personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est

payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible

sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité quotidienne en

ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos.

Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner,

éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living,

Money, Sunset, etc. On peut y lire les articles maison et les rechercher par

date ou par sujet. Lancé en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprimé

entièrement consacré à la culture cyber, est bien évidemment présent sur le web.

Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est

le premier site d’un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d’un

projet expérimental avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce site est

inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l’ensemble des

articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L’intégralité du

mensuel en cours est consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa

parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses

lecteurs. En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que,

trois ans après sa mise en ligne, celui-ci a «bien grandi, autour des mêmes

services de base: archives et annonce de sommaire». Grâce à l’internet, «le

travail journalistique s’enrichit de sources faciles d’accès, aisément

disponibles. Le travail éditorial est facilité par l’échange de courriers

électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages

reçus commence à peser fortement.»

Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le

lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans

l’édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia,

qui propose les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers

précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (les premiers chapitres

des nouveautés), et bien d’autres rubriques. La rubrique Multimédia est ensuite

rebaptisée Numériques.

Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996. On y trouve des dossiers en

ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal

avant 17 h, l’actualité en liaison avec l’AFP (Agence France-Presse), et des

rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le

journal complet en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l’édition papier

coûte 7,50 FF (1,15 euros). S’ils concernent le multimédia, les articles du

supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles

gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles

technologies.

L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du

journal en accès libre. Classés par rubriques, les articles sont disponibles

entre 10 h et 11 h du matin, à l’exception de L’Humanité du samedi, disponible

en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le site. En

juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site web, explique: «Le site de

L’Humanité a été lancé en septembre 1996 à l’occasion de la Fête annuelle du

journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente

Coupe du monde de football (avec d’autres partenaires), et des données sur la

Fête et sur le meeting d’athlétisme, parrainé par L’Humanité. Nous espérons

pouvoir développer ce site à l’occasion du lancement d’une nouvelle formule du

quotidien qui devrait intervenir à la fin de l’année ou au début de l’an

prochain. Nous espérons également mettre sur le web L’Humanité Hebdo, dans les

mêmes délais. Jusqu’à présent on ne peut pas dire que l’arrivée d’internet ait

bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va

ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais

une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s’en

servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute

encore une "peur" culturelle à plonger dans l’univers du net. Normal, en face de

l’inconnu. L’avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de

combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d’édition

électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens

financiers.»

La presse régionale est présente sur le web, par exemple Dernières nouvelles

d’Alsace et Ouest-France. Lancé en septembre 1995, le site des Dernières

nouvelles d’Alsace propose l’intégrale de l’édition du jour, tout comme des

informations pratiques: cours de la bourse, calcul des impôts, etc. Il offre

aussi une édition abrégée en allemand. Michel Landaret, responsable du site,

précise en juin 1998 que celui-ci «compte actuellement 5.500 lecteurs par jour».

Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D’abord appelé

France-Ouest, le site est ensuite renommé Ouest-France, du nom du journal. En

juin 1998, Bernard Boudic, son responsable éditorial, relate: «A l’origine,

l’objectif était de présenter et relater les grands événements de l’Ouest en

invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages

consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite,

nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés

vers la mise en ligne de dossiers d’actualité, puis d’actualités tout court.

Aujourd’hui nous avons quatre niveaux d’infos : quotidien, hebdo (tendant de

plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous

offrons des services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école,

boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total:

mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages

différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie

de l’information et autorisant la constitution par chacun de son journal

personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).»

Quelles sont les retombées de l’internet pour les journalistes? «Elles sont

encore minces. Nous commençons seulement à offrir un accès internet à chacun

(rédaction d’Ouest-France: 370 journalistes répartis dans soixante rédactions,

sur douze départements... pas simple). Certains utilisent internet pour la

messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de

correspondants à l’étranger, envoi de fichiers divers) et comme source

d’informations. Mais cette pratique demande encore à s’étendre et à se

généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à

l’écriture multimédia et à sa rétro-action sur l’écriture imprimée, aux

changements d’habitudes de nos lecteurs, etc. (...) Internet est à la fois une

menace et une chance. Menace sur l’imprimé, très certainement (captation de la

pub et des petites annonces, changement de réflexes des lecteurs, perte du goût

de l’imprimé, concurrence d’un média gratuit, que chacun peut utiliser pour

diffuser sa propre info, etc.). Mais c’est aussi l’occasion de relever tous ces

défis, de rajeunir la presse imprimée.»

Tous sujets que l'on retrouve quelques années plus tard pour les débuts du livre

numérique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs, mise en place de forums

de discussion, nécessité d'une formation technique, utilisation de sources très

diverses émanant de l'encyclopédie que devient le web, version payante versus

version gratuite, version numérique versus version imprimée, etc.

= Divers canaux de diffusion

Contrairement au livre imprimé, vendu dans les librairies, le livre numérique

est d’abord vendu par les éditeurs avant d’être vendu par les libraires, pour la

raison bien simple qu’il faut laisser le temps à ces derniers de créer une

structure qui n’existe pas. Par la suite, l’éditeur peut soit vendre directement

sur son propre site ses titres numériques, soit passer un partenariat avec une

librairie numérique, soit adopter simultanément les deux formules.

Les mutations du livre · 第 15 / 29 段