Dans la lignée du Human Genome Project (Séquencage du génome humain), publié

pour la première fois en février 2001 et appartenant d'emblée au domaine public,

l’Encyclopedia of Life permettra non seulement de rassembler toutes les

connaissances disponibles à ce jour sur les espèces animales et végétales, mais

elle sera aussi un «macroscope» permettant de déceler les grandes tendances à

partir d’un stock considérable d’informations, à la différence du microscope qui

permet l’étude du détail. En plus de sa flexibilité et de sa diversité, elle

permettra à chacun de contribuer au contenu sous une forme s’apparentant au

wiki, ce contenu étant ensuite validé ou non par des scientifiques. La version

initiale sera d’abord en anglais avant d’être traduite en plusieurs langues par

de futurs organismes partenaires.

= Dictionnaires de langues

Des dictionnaires de langues sont en accès libre dès les débuts du web. Souvent

sommaires et de qualité inégale, ils sont répertoriés dans Travlang, un site

consacré aux voyages et aux langues créé en 1994 par Michael M. Martin.

Fondé en 1979 à Modène (Italie) par Rodrigo Vergara, Logos est une société de

traduction offrant des services dans 35 langues en 1997, avec un réseau de 300

traducteurs dans le monde. Initiative peu courante à l’époque, Logos décide de

mettre tous ses outils professionnels en accès libre sur le web. Dans un

entretien publié dans le quotidien Le Monde du 7 décembre 1997, Rodrigo Vergara

relate: «Nous voulions que nos traducteurs aient tous accès aux mêmes outils de

traduction. Nous les avons donc mis à leur disposition sur internet, et tant

qu’à faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus très

populaires, nous a fait beaucoup de publicité. L’opération a drainé vers nous de

nombreux clients, mais aussi nous a permis d’étoffer notre réseau de traducteurs

grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative.»

Les outils de traduction disponibles sur le web comprennent un dictionnaire

multilingue de 7,5 millions d’entrées (Logos Dictionary), une base de données de

553 glossaires (Linguistic Resources), des tables de conjugaison en 17 langues

(Conjugation of Verbs), et enfin la Wordtheque, une base de données multilingue

de 328 millions de termes issus de traductions de romans et de documents

techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, mot, auteur

ou titre. En 2007, la Wordtheque, devenue la Logos Library, comprend 710

millions de termes. Conjugation of Verbs, devenu l’Universal Conjugator, propose

des tableaux de conjugaison dans 36 langues. Linguistic Resources offre un point

d’accès unique pour 1 215 glossaires.

Au début des années 2000, des dictionnaires bilingues et multilingues de qualité

sont progressivement mis en ligne par des organismes de renom, par exemple la

base Eurodicautom de la Commission européenne, ou encore Le Signet et le Grand

dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française

(OQLF), tous trois en accès libre et gratuit.

Géré par le service de traduction de la Commission européenne, Eurodicautom est

un dictionnaire multilingue de termes économiques, scientifiques, techniques et

juridiques, avec une moyenne de 120.000 consultations quotidiennes. Il permet de

combiner entre elles les onze langues officielles de l’Union européenne

(allemand, anglais, danois, espagnol, finnois, français, grec, hollandais,

italien, portugais, suédois), ainsi que le latin. Fin 2003, Eurodicautom annonce

son intégration dans une base terminologique plus vaste regroupant les bases de

plusieurs institutions de l’Union européenne. Cette nouvelle base traiterait non

plus douze langues, mais une vingtaine, puisque l’Union européenne s’élargit à

l’Est et passe de 15 à 25 membres en mai 2004, pour atteindre 27 membres en

janvier 2007. Cette base terminologique voit le jour en mars 2007, sous le nom

de IATE (Inter-Active Terminology for Europe), avec 1,4 million d’entrées dans

24 langues.

Géré par l’Office québécois de la langue française (OQLF), Le Signet propose

10.000 fiches bilingues français-anglais dans le domaine des technologies de

l’information. Quant au Grand dictionnaire terminologique (GDT), il est mis en

ligne en septembre 2000. Il s’agit d’un vaste dictionnaire bilingue

français-anglais de 3 millions de termes du vocabulaire industriel, scientifique

et commercial, qui représente l’équivalent de 3.000 ouvrages de référence

imprimés. Sa mise en ligne est le résultat d’un partenariat entre l’OQLF, auteur

du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles

linguistiques. Evénement célébré par de nombreux linguistes, cette mise en ligne

est un succès. Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de

personnes, avec des pointes de 60.000 requêtes quotidiennes. La gestion de la

base est ensuite assurée par Convera Canada. En février 2003, les requêtes sont

au nombre de 3,5 millions par mois. Une nouvelle version du GDT est mise en

ligne en mars 2003. Sa gestion est désormais assurée par l’OQLF lui-même, et non

plus par une société prestataire.

Par ailleurs, des moteurs spécifiques permettent la recherche simultanée dans

plusieurs centaines de dictionnaires. Pour ne prendre qu’un exemple, le site

OneLook, créé par Robert Ware, puise dans près de 9 millions de termes provenant

de 936 dictionnaires généralistes et spécialisés (chiffres d’avril 2007).

Des équipes de linguistes gèrent aussi des répertoires de dictionnaires, par

exemple Dictionnaires électroniques et yourDictionary.com.

Maintenu par la section française des services linguistiques centraux de la

Chancellerie fédérale suisse, Dictionnaires électroniques est un excellent

répertoire de dictionnaires monolingues (français, allemand, italien, anglais,

espagnol), bilingues et multilingues en accès libre sur le web. Ce répertoire

est complété par des listes d’abréviations et d'acronymes et par des répertoires

géographiques, essentiellement des atlas. Marcel Grangier, responsable de la

section française des services linguistiques, précise en janvier 2000: «Les

Dictionnaires électroniques ne sont qu’une partie de l’ensemble, et d’autres

secteurs documentaires ont trait à l’administration, au droit, à la langue

française, etc., sans parler des informations générales. (...) Conçu d’abord

comme un service intranet, notre site web se veut en premier lieu au service des

traducteurs opérant en Suisse, qui souvent travaillent sur la même matière que

les traducteurs de l’Administration fédérale, mais également, par certaines

rubriques, au service de n’importe quel autre traducteur où qu’il se trouve.

(...) Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible. Au-delà de

tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de

la presse électronique, activités de services au profit de la profession des

traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable

d’informations dans ce que j’appellerais le "secteur non structuré" de la toile.

Pour illustrer le propos, lorsqu’aucun site comportant de l’information

organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de

recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chaînon manquant

quelque part sur le réseau.»

Réputé lui aussi pour sa qualité, yourDictionary.com est cofondé par Robert

Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site - A Web of Online

Dictionaries - créé dès 1995. En septembre 2003, yourDictionary.com répertorie

plus de 1.800 dictionnaires dans 250 langues, ainsi que de nombreux outils

linguistiques: vocabulaires, grammaires, glossaires, méthodes de langues, etc.

En avril 2007, le répertoire comprend 2.500 dictionnaires et grammaires dans 300

langues. Soucieux de servir toutes les langues sans exception, le site propose

une section spécifique - Endangered Language Repository - consacrée aux langues

menacées d’extinction.

Publiée par SIL International (SIL: Summer Institute of Linguistics),

l’encyclopédie Ethnologue : Languages of the World existe à la fois en version

web (gratuite), sur CD-Rom (payant) et en version imprimée (payante). Barbara

Grimes, sa directrice de publication entre 1971 et 2000 (8e-14e éditions),

relate en janvier 2000: «Il s’agit d’un catalogue des langues dans le monde,

avec des informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du

nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles

appartiennent, les autres termes utilisés pour ces langues, les noms de

dialectes, d’autres informations socio-linguistiques et démographiques, les

dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles

linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues.» En avril 2007,

cette encyclopédie répertorie 6.912 langues selon plusieurs critères (pays, nom

de la langue, code de la langue attribué par le SIL, famille de langues), avec

moteur de recherche.

= Annuaires et portails

Le premier annuaire internet francophone est lancé par l’UREC (Unité réseaux du

CNRS). Créé dès janvier 1994, cet annuaire recense d’abord les sites académiques

avant d’offrir un contenu plus généraliste. Il permet aux usagers francophones

de se familiariser avec le web sans se noyer dans la masse d’informations

mondiale. Trois ans plus tard, la gestion de l’annuaire devient difficile du

fait du nombre exponentiel de sites web, notamment de sites commerciaux. De

plus, d'autres annuaires voient le jour dans l'intervalle, dont certains débutés

avec l’aide de l’UREC. En juillet 1997, considérant que sa mission est

accomplie, l’UREC arrête la mise à jour de cet annuaire généraliste. L’annuaire

retourne à sa vocation première, à savoir un annuaire spécialisé consacré à

l’enseignement supérieur et la recherche.

Patrick Rebollar est professeur de littérature française et d’informatique dans

des universités japonaises. Dès 1987, il utilise l’ordinateur pour ses activités

d’enseignement et de recherche. En 1994, il voit apparaître l’internet «dans le

champ culturel et linguistique francophone». En 1996, il débute un site web de

recherches et activités littéraires. Son site inclut une Chronologie littéraire

1848-1914 organisée par année. Une série de liens mène au texte intégral des

oeuvres publiées cette année-là, avec des notes historiques, politiques,

sociales, scientifiques, techniques et médicales, et des informations sur le

monde littéraire de l’époque.

En juillet 1998, Patrick Rebollar raconte: «Pour la Chronologie littéraire, cela

a commencé dans les premières semaines de 1997, en préparant un cours sur le

roman fin de siècle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m’aperçus

d’une part que les diverses chronologies trouvées apportaient des informations

complémentaires les unes des autres, et d’autre part que les quelques documents

littéraires alors présents sur le web n’étaient pas présentés de façon

chronologique, mais toujours alphabétique. Je fis donc un document unique qui

contenait toutes les années de 1848 à 1914, et l’augmentais progressivement.

Jusqu’à une taille gênante pour le chargement, et je décidai alors, fin 1997, de

le scinder en faisant un document pour chaque année. Dès le début, je l’ai

utilisé avec mes étudiants, sur papier ou sur écran. Je sais qu’ils continuent

de s’en servir, bien qu’ils ne suivent plus mon cours. J’ai reçu pas mal de

courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres

activités web que j’ai développées.»

Une autre activité web de Patrick Rebollar est la gestion de ses Signets, un

répertoire très complet des sites francophones littéraires: littérature et

recherche (normes et règles, bibliothèques et éditeurs, bibliographies), revues

littéraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littéraire,

documents littéraires par thème et par auteur (Malraux, Sarraute, Camus, Gracq,

Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littéraires, poésie, bandes dessinées, etc. Quelle

est l’origine de ces Signets? Patrick Rebollar relate en juillet 1998: «Animant

des formations d’enseignants à l’Institut franco-japonais de Tokyo, je voyais

d’un mauvais œil d’imprimer régulièrement des adresses pour demander aux gens de

les recopier. J’ai donc commencé par des petits documents rassemblant les

quelques adresses web à utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis dit

que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers la

fin 1996. Quelques mois plus tard, je décidai de créer les sections finales de

nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon étaient fondues dans

les catégories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois.»

Une Autre Terre, portail de science-fiction, débute en novembre 1996. Fabrice

Lhomme, son créateur, raconte en juin 1998: «J’ai commencé en présentant

quelques bibliographies très incomplètes à l’époque et quelques critiques.

Rapidement, j’ai mis en place les forums à l’aide d’un logiciel "maison" qui

sert également sur d’autres actuellement. (...) Ensuite, le phénomène le plus

marquant que je puisse noter, c’est la participation de plusieurs personnes au

développement du serveur alors que jusque-là j’avais tout fait par moi-même. Le

graphisme a été refait par un généreux contributeur et je reçois régulièrement

des critiques réalisées par d’autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles,

la rubrique a eu du mal à démarrer mais une fois qu’il y en a eu un certain

nombre, j’ai commencé à en recevoir régulièrement (effet d’entraînement).

Actuellement, j’ai toutes les raisons d’être satisfait car mon site reçoit plus

de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne

audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui me ravit. Concernant les

perspectives d’avenir, j’envisage pour très bientôt d’ouvrir une nouvelle

rubrique proposant des livres d’occasion à vendre avec l’ambition de proposer un

gros catalogue. Eventuellement, j’ouvrirai aussi une rubrique présentant des

biographies car je reçois pas mal de demandes de visiteurs en ce sens. (...) Si

l’activité de vente de livres d’occasion se montre prometteuse, il est possible

que j’en fasse une activité professionnelle sous la forme d’une

micro-entreprise.»

Le Club des poètes est un site de poésie francophone qui souhaite la «bienvenue

en territoire de poésie de la France au Chili, de Villon jusqu’à de jeunes

poètes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la poésie de

tous les temps et de tous les pays». Son webmestre, Blaise Rosnay, relate les

débuts du site en juin 1998: «Le site du Club des Poètes a été créé en 1996, il

s’est enrichi de nombreuses rubriques au cours des années et il est mis à jour

deux fois par semaine. L’internet nous permet de communiquer rapidement avec les

poètes du monde entier, de nous transmettre des articles et poèmes pour notre

revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhérents de notre

association. Par ailleurs, nous avons organisé des travaux en commun, en

particulier dans le domaine de la traduction. Nos projets pour notre site sont

d’y mettre encore et toujours plus de poésie. Ajouter encore des enregistrements

sonores de poésie dite, ainsi que des vidéos de spectacles.»

Poésie française propose pour sa part un choix de poèmes allant de la

Renaissance au début du 20e siècle. Claire Le Parco, de la société Webnet,

raconte à la même date: «Nous avons créé ce site lors de la création de notre

société, spécialisée dans la réalisation de sites internet et intranet. Nous

sommes des informaticiens qui aimons la poésie, et nous avions envie de montrer

que poésie et internet pouvaient faire bon ménage!»

Isabelle Aveline est d’abord libraire puis journaliste avant de se lancer dans

la conception de sites internet et intranet. En juin 1996, elle fonde Zazieweb,

un site indépendant conçu pour tous les amoureux du livre, professionnels et

amateurs. Selon ses propres mots, «le site Zazieweb débarque sur la toile dans

un no man’s land littéraire». Le succès est immédiat. A l'époque, Zazieweb se

présente comme une revue en ligne permettant de suivre l’actualité du livre sur

le réseau, avec un graphisme d’Olivier Cornu. On y trouve un éditorial, une

rubrique d’actualité, un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et

un self-service multimédia.

Puis le site évolue. Sur une nouvelle mouture du site, Isabelle Aveline

explique: «Zazieweb est un site World Wide Web professionnel et grand public

indépendant, spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs... et grand public de

culture "livre". Conçu comme une librairie virtuelle, un espace de

documentation, d’orientation et de ressources pour un public de culture "papier"

s’intéressant à internet, il se situe aux frontières de l’écrit et de l’édition

électronique. L’originalité du traitement des rubriques par rapport à un média

papier étant évidemment de "mailler" l’information avec un site sur internet.

C’est donc un site "passerelle" vers internet pour un public curieux et

désorienté, avide de connaître ce qui se passe "de l’autre côté de l’écran".»

Quelques années plus tard, Zazieweb est un portail offrant de multiples

services. Un annuaire recense 5.000 sites littéraires. Zazieweb offre aussi «des

espaces d’échanges et de rencontres pour lecteurs communicants et actifs», avec

la possibilité pour chacun de poster des nouvelles et des commentaires. Y

participe une communauté active de plus de 10.000 membres appelés e-lecteurs.

«Qu’est-ce qu’un e-lecteur? Un e-lecteur est un lecteur actif et communicant qui

souhaite échanger, discuter, polémiquer avec d’autres lecteurs. Des espaces et

services lui sont dédiés sur Zazieweb, sur le mode interactif du web ! Zazieweb

se présente comme une interface média qui reconstruit, réinvente les relations

entre les gens, entre les textes, entre toutes ces articulations possibles qui

existent entre les personnes et les livres.»

8.2. Bases textuelles

= Quelques exemples

Le web favorise la création et la consultation de bases textuelles. Le

laboratoire ATILF (Analyse et traitement informatique de la langue française)

gère plusieurs bases textuelles payantes, par exemple Frantext, un corpus à

dominante littéraire de textes français (16e-20e), ou encore l’Encyclopédie de

Diderot, réalisée en collaboration avec le programme ARTFL (American and French

Research on the Treasury of the French Language) de l’Université de Chicago. En

accès libre, la section «Dictionnaires» de l’ATILF est une collection de

dictionnaires informatisés comprenant les dictionnaires de Robert Estienne

(1552), Jean Nicot (1606) et Pierre Bayle (1740), plusieurs éditions des

dictionnaires de l’Académie française (1694, 1798, 1835, 1932-1935, 1992) et

enfin le Trésor de la langue française informatisé (TLFi, 1971-1994).

Débutée en 1995 par l’Institut national de la langue française (INaLF, remplacé

par le laboratoire ATILF en janvier 2001), la base Frantext, en accès payant,

comprend en janvier 1998 180 millions de mots-occurrences résultant du

traitement informatique de 3.500 unités textuelles en arts, sciences et

techniques, une collection représentative couvrant cinq siècles (16e-20e). 82

centres de recherche et bibliothèques universitaires d'Europe, d'Australie, du

Japon et du Canada y sont abonnés, ce qui représente 1.250 postes de travail,

avec une cinquantaine d’interrogations de la base par jour.

L’ARTFL est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche

scientifique, France) et de l’Université de Chicago (Illinois, Etats-Unis).

L’ARTFL propose notamment une version en ligne exhaustive de la première édition

(1751-1772) de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des métiers

et des arts de Diderot et d’Alembert. 72.000 articles rédigés par plus de 140

collaborateurs (dont Voltaire, Rousseau, Marmontel, d’Holbach, Turgot, etc.)

font de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence, avec 17 volumes

de texte, 11 volumes de planches, 18.000 pages et 20,8 millions de mots.

Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l’époque, elle porte

la marque des courants intellectuels et sociaux du Siècle des Lumières, dont

elle aide à propager les idées.

En 1998, la base de données correspondant au premier volume est accessible sur

le web en démonstration libre, à titre expérimental. La recherche est possible

par mot, portion de texte, auteur ou catégorie, ou en combinant ces critères

entre eux. On dispose de renvois d’un article à l’autre, et de liens permettant

d’aller d’une planche au texte, ou d’aller du texte au fac-similé des pages

originales. Il reste encore à corriger les erreurs typographiques et les erreurs

d’identification dues à l’automatisation complète des procédures de saisie. Il

reste aussi à compléter la recherche textuelle par la recherche d’images,

envisagée par mot, portion de texte (légende) et catégorie. C'est chose faite

dans les années qui suivent.

L’ARTFL propose également les versions en ligne du Dictionnaire de l’Académie

française (1694-1935), de l’édition illustrée du Dictionnaire historique et

critique de Philippe Bayle (1740), du Thresor de la langue française de Jean

Nicot (1606), etc.

Autre exemple, très différent, et dû cette fois à une initiative individuelle:

le site Rubriques à Bac. Créé en 1998 par Gérard Fourestier, diplômé en science

politique et professeur de français à Nice, le site regroupe des bases de

données à destination des lycéens et des étudiants. ELLIT (Eléments de

littérature) propose des centaines d’articles sur la littérature française du

12e siècle à nos jours, ainsi qu’un répertoire d’auteurs. RELINTER (Relations

internationales) recense 2.000 liens sur le monde contemporain depuis 1945. Ces

deux bases de données sont accessibles par souscription, avec version de

démonstration en accès libre. Lancé en juin 2001 dans le prolongement d’ELLIT,

la base de données Bac-L (baccalauréat section lettres) est en accès libre.

En octobre 2000, Gérard Fourestier raconte: «Rubriques à Bac a été créé pour

répondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique, l’essentiel,

suffisamment détaillé et abordable par le grand public, dans le but: a) de se

forger avant tout une culture tout en préparant à des examens probatoires à des

études de lettres - c’est la raison d’ELLIT (Eléments de littérature), base de

données en littérature française; b) de comprendre le monde dans lequel nous

vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants, d’où RELINTER

(Relations internationales). J’ai développé ces deux matières car elles

correspondent à des études que j’ai, entre autres, faites en leur temps, et

parce qu’il se trouve que, depuis une dizaine d’années, j’exerce des fonctions

de professeur dans l’enseignement public (18 établissements de la 6e aux

terminales de toutes sections et de tous types d’établissements). (...)

Mon activité liée à internet consiste tout d’abord à en sélectionner les outils,

puis à savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a

un coût et doit avoir une certaine rentabilité, organiser le commercial qui

permette de dégager les recettes indispensables ; sans parler du butinage

indispensable pour la recherche d’informations qui seront ensuite traitées.

(...) Mon initiative à propos d’internet n’est pas directement liée à mes

fonctions de professeur. J’ai simplement voulu répondre à un besoin plus général

et non pas étroitement scolaire, voire universitaire. Débarrassé des contraintes

du programme, puisque j’agis en mon nom et pour mon compte et non "es-qualité",

mais tout en donnant la matière grise qui me paraît indispensable pour mieux

faire une tête qu’à la bien remplir, je laisse à d’autres le soin de ne préparer

qu’à l’examen.»

Les mutations du livre · 第 13 / 29 段