En trois décennies, le bibliothécaire-documentaliste a vu son activité

professionnelle frappée de plein fouet par l’informatique puis par l’internet.

Comment la transition s’est-elle passée ?

= Bibliothécaires et internet

Selon Olivier Bogros, directeur de la Bibliothèque municipale de Lisieux

(Normandie), interviewé en juin 1998, l’internet est «un outil formidable

d’échange entre professionnels (tout ce qui passe par le courrier électronique,

les listes de diffusion et les forums) (...). C’est aussi pour les bibliothèques

la possibilité d’élargir leur public en direction de toute la Francophonie. Cela

passe par la mise en ligne d’un contenu qui n’est pas seulement la mise en ligne

du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques

virtuelles.»

L’internet est un outil de communication sans précédent. La liste de diffusion

Biblio-fr est créée en 1993 par Hervé Le Crosnier, professeur à l’Université de

Caen (Normandie) à l’intention des «bibliothécaires et documentalistes

francophones et [de] toute personne intéressée par la diffusion électronique de

l’information documentaire». La liste se veut le regard francophone des

documentalistes sur les questions soulevées par le développement de l’internet,

par exemple «la diffusion de la connaissance, l’organisation de collections de

documents électroniques, la maintenance et l’archivage de l’écrit électronique».

Biblio-fr compte 3.329 abonnés le 20 décembre 1998 et 15.136 abonnés le 20 avril

2007. Une autre liste de diffusion est ADBS-info, gérée par l’Association des

professionnels de l’information et de la documentation (ADBS), avec 7.699

abonnés le 20 avril 2007.

Des portails sont créés à l’intention des bibliothèques, par exemple Biblio On

Line. Jean-Baptiste Rey, son rédacteur et webmestre, relate en juin 1998: «Le

site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version

(l’actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de

ce site est d’aider les bibliothèques à intégrer internet dans leur

fonctionnement et dans les services qu’elles offrent à leur public. Le service

est décomposé en deux parties: a) une partie "professionnelle" où les

bibliothécaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens

vers les organismes, les institutions, et les projets et réalisations ayant

trait à leur activité; b) une partie comprenant annuaire, mode d’emploi de

l’internet, villes et provinces, etc... permet au public des bibliothèques

d’utiliser le service Biblio On Line comme un point d’entrée vers internet.»

Le site de l’ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et

des bibliothèques) héberge la version électronique du Bulletin des bibliothèques

de France (BBF), une revue professionnelle bimensuelle dans laquelle

«professionnels et spécialistes de l’information discutent de toutes les

questions concernant la politique et le développement des bibliothèques et des

centres de documentation: évolution par secteur, grands projets,

informatisation, technologies de l’information, écrits électroniques, réseaux,

coopération, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et

lecture...» Annie Le Saux, rédactrice de la revue, relate en juillet 1998:

«C’est en 1996 que le BBF a commencé à paraître sur internet (les numéros de

1995). (...) Nous nous servons beaucoup du courrier électronique pour prendre

contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue

grandement les délais. Nous avons aussi recours au web pour prendre connaissance

des sites mentionnés lors de colloques, vérifier les adresses, retrouver des

indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothèques...»

Avec cette manne documentaire qu’offre désormais l’internet, que vont devenir

les bibliothécaires-documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthécaires, ou

bien vont-ils progressivement disparaître parce que les usagers n’auront tout

simplement plus besoin d’eux?

Le métier de bibliothécaire n'en est pas à sa première transformation.

L’apparition de l'informatique permet au bibliothécaire de remplacer des

catalogues de fiches sur bristol par des catalogues consultables à l’écran, avec

un classement alphabétique ou systématique effectué non plus par lui-même mais

par la machine. L'informatisation du prêt et de la gestion des commandes fait

disparaître l’impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des

opérations manuelles. L’informatique en réseau permet ensuite la gestion de

catalogues collectifs regroupant dans une même base de données les catalogues

des bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité,

entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt

inter-bibliothèques et le regroupement des commandes auprès des fournisseurs.

Puis les bibliothèques ouvrent un serveur minitel pour la consultation de leur

catalogue, désormais disponible au domicile du lecteur. Ces catalogues sont

progressivement transférés sur l’internet, avec une consultation plus souple et

plus attractive que sur minitel. Outre un catalogue, les sites web des

bibliothèques offrent un ensemble de documents numérisés ou encore un choix de

liens hypertextes vers d’autres sites, évitant ainsi aux usagers de se perdre

sur la toile.

= Quelques expériences

Il ne semble donc pas que la profession soit en danger, au contraire. Piloter

les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information à leur intention,

créer et gérer un site web, rechercher des documents dans des bases de données

spécialisées, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires. Le

bibliothécaire devient cyberthécaire, comme en témoignent diverses expériences

relatées au fil des ans, par Peter Raggett en 1998, Bruno Didier en 1999,

Bakayoko Bourahima et Emmanuel Barthe en 2000, et Anissa Rachef en 2001.

Peter Raggett est directeur du centre de documentation et d’information (CDI) de

l’OCDE. Située à Paris, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement

économiques) regroupe trente pays membres. Au noyau d’origine, constitué des

pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord, viennent s’ajouter le Japon,

l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Mexique, la République

tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Corée. Réservé aux fonctionnaires de

l’organisation, le centre de documentation permet la consultation de quelque

60.000 monographies et 2.500 périodiques imprimés. En ligne depuis 1996, les

pages intranet du CDI deviennent une source d’information essentielle pour le

personnel.

«Je dois filtrer l’information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui

signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu’ils proposent,

explique Peter Raggett en juin 1998. J’ai sélectionné plusieurs centaines de

sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de l’OCDE. Cette

sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque

à l’ensemble du personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de référence

contient des pages recensant les articles, monographies et sites web

correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en

réseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres.»

Comment voit-il l’avenir de la profession? «L’internet offre aux chercheurs un

stock d’informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu’ils

cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti une telle surcharge

d’informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un

renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche

disponibles sur l’internet. A mon avis, les bibliothécaires auront un rôle

important à jouer pour améliorer la recherche et l’organisation de l’information

sur le réseau. Je prévois aussi une forte expansion de l’internet pour

l’enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des

bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par

une institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de

filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de plus en

plus devenir un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas l’occasion de rencontrer

les usagers, ils me contacteront plutôt par courriel, par téléphone ou par fax,

j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie

électronique.»

En 1999, Bruno Didier est bibliothécaire à l’Institut Pasteur (Paris), une

fondation privée dont le but est la prévention et le traitement des maladies

infectieuses par la recherche, l’enseignement et des actions de santé publique.

Séduit par les perspectives qu’offre le réseau pour la recherche documentaire,

Bruno Didier crée le site web de la bibliothèque en 1996 et devient son

webmestre. «Le site web de la bibliothèque a pour vocation principale de servir

la communauté pasteurienne, relate-t-il en août 1999. Il est le support

d’applications devenues indispensables à la fonction documentaire dans un

organisme de cette taille: bases de données bibliographiques, catalogue,

commande de documents et bien entendu accès à des périodiques en ligne. C’est

également une vitrine pour nos différents services, en interne mais aussi dans

toute la France et à l’étranger. Il tient notamment une place importante dans la

coopération documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le

monde. Enfin j’essaie d’en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la

découverte et l’utilisation d’internet. (...) Je développe et maintiens les

pages du serveur, ce qui s’accompagne d’une activité de veille régulière. Par

ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans

mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des

réflexions actuelles sur la formation des usagers intègrent cet outil.»

Son activité professionnelle a changé de manière radicale, tout comme celle de

ses collègues. «C’est à la fois dans nos rapports avec l’information et avec les

usagers que les changements ont eu lieu, explique-t-il. Nous devenons de plus en

plus des médiateurs, et peut-être un peu moins des conservateurs. Mon activité

actuelle est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins

d’accès rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication

efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils. Je crois

que l’avenir de notre métier passe par la coopération et l’exploitation des

ressources communes. C’est un vieux projet certainement, mais finalement c’est

la première fois qu’on dispose enfin des moyens de le mettre en place.»

En 2000, Bakayoko Bourahima est responsable de la bibliothèque de l’ENSEA (Ecole

nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, un

établissement qui assure la formation de statisticiens pour les pays africains

d’expression française. Le site web de l’ENSEA est mis en ligne en avril 1999

dans le cadre du réseau REFER, mis sur pied par l’Agence universitaire de la

Francophonie (AUF) pour desservir la communauté scientifique et technique en

Europe de l’Est, en Asie et en Afrique (24 pays participants en 2002).

Bakayoko Bourahima s’occupe de la gestion de l’information scientifique et

technique et de la diffusion des travaux publiés par l’Ecole. En ce qui concerne

l’internet, «mon service a eu récemment des séances de travail avec l’équipe

informatique pour discuter de l’implication de la bibliothèque dans l’animation

du site, relate-t-il en juillet 2000. Le service de la bibliothèque travaille

aussi à deux projets d’intégration du web pour améliorer ses prestations. (...)

J’espère bientôt pouvoir mettre à la disposition de mes usagers un accès

internet pour l’interrogation de bases de données. Par ailleurs, j’ai en projet

de réaliser et de mettre sur l’intranet et sur le web un certain nombre de

services documentaires (base de données thématique, informations

bibliographiques, service de références bibliographiques, bulletin analytique

des meilleurs travaux d’étudiants...). Il s’agit donc pour la bibliothèque, si

j’obtiens les financements nécessaires pour ces projets, d’utiliser pleinement

l’internet pour donner à notre école un plus grand rayonnement et de renforcer

sa plateforme de communication avec tous les partenaires possibles. En intégrant

cet outil au plan de développement de la bibliothèque, j’espère améliorer la

qualité et élargir la gamme de l’information scientifique et technique mise à la

disposition des étudiants, des enseignants et des chercheurs, tout en étendant

considérablement l’offre des services de la bibliothèque.»

En 2000, Emmanuel Barthe est documentaliste juridique et responsable

informatique de Coutrelis & Associés, un cabinet d’avocats parisien. «Les

principaux domaines de travail du cabinet sont le droit communautaire, le droit

de l’alimentation, le droit de la concurrence et le droit douanier, écrit-il en

octobre 2000. Je fais de la saisie indexation, et je conçois et gère les bases

de données internes. Pour des recherches documentaires difficiles, je les fais

moi-même ou bien je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique

et télécoms du cabinet : conseils pour les achats, assistance et formation des

utilisateurs. De plus, j’assure la veille, la sélection et le catalogage de

sites web juridiques: titre, auteur et bref descriptif. Je suis également

formateur internet juridique aussi bien à l’intérieur de mon entreprise qu’à

l’extérieur lors de stages de formation.»

Emmanuel Barthe est aussi le modérateur de Juriconnexion, une liste de

discussion créée par l’association du même nom. «L’association Juriconnexion a

pour but la promotion de l’électronique juridique, c’est-à-dire la documentation

juridique sur support électronique et la diffusion des données publiques

juridiques. Elle organise des rencontres entre les utilisateurs et les éditeurs

juridiques (et de bases de données), ainsi qu’une journée annuelle sur un thème.

Vis-à-vis des autorités publiques, Juriconnexion a un rôle de médiateur et de

lobbying à la fois. L’association, notamment, est favorable à la diffusion

gratuite sur internet des données juridiques produites par le Journal officiel

et les tribunaux. Les bibliothécaires-documentalistes juridiques représentent la

majorité des membres de l’association, suivis par certains représentants des

éditeurs et des juristes.»

En 2001, Anissa Rachef est bibliothécaire et professeur à l’Institut français de

Londres. Présents dans nombre de pays, les instituts français sont des

organismes officiels proposant des cours et manifestations culturelles. A

Londres, 5.000 étudiants environ s'inscrivent aux cours chaque année. Inaugurée

en mai 1996, la médiathèque utilise l’internet dès sa création.

«L’objectif de la médiathèque est double, explique Anissa Rachef en avril 2001.

Servir un public s’intéressant à la culture et la langue françaises et

"recruter" un public allophone en mettant à disposition des produits d’appel

tels que vidéos documentaires, livres audio, CD-Rom. La mise en place récente

d’un espace multimédia sert aussi à fidéliser les usagers. L’installation d’un

service d’information rapide a pour fonction de répondre dans un temps minimum à

toutes sortes de questions posées via le courrier électronique, ou par fax. Ce

service exploite les nouvelles technologies pour des recherches très

spécialisées. Nous élaborons également des dossiers de presse destinés aux

étudiants et professeurs préparant des examens de niveau secondaire. Je m’occupe

essentiellement de catalogage, d’indexation et de cotation. (...) J’utilise

internet pour des besoins de base. Recherches bibliographiques, commande de

livres, courrier professionnel, prêt inter-bibliothèques. C’est grâce à internet

que la consultation de catalogues collectifs, tels SUDOC (Système universitaire

de documentation) et OCLC (Online Computer Library Center), a été possible.

C’est ainsi que j’ai pu mettre en place un service de fourniture de documents

extérieurs à la médiathèque. Des ouvrages peuvent désormais être acheminés vers

la médiathèque pour des usagers ou bien à destination des bibliothèques

anglaises.»

7.4. Dans la lignée de Handicapzéro

L’existence de bibliothèques numériques représente un tournant important pour

l’accès des personnes handicapées au livre, par exemple les personnes ayant un

problème visuel, à savoir 10% de la population, ou encore les personnes à

motricité réduite, par exemple celles qui ne peuvent tenir un livre dans les

mains ou bien tourner les pages. Pour la première fois, elles peuvent accéder à

de nombreux titres du patrimoine scientifique et littéraire, et non plus

seulement à un pourcentage infime, et elles peuvent accéder aux nouveautés sans

devoir attendre des mois sinon des années.

= Premiers pas

Un département de la Library of Congress, le NLS (National Library Service for

the Blind and Physically Handicapped), lance en août 1999 un serveur permettant

aux personnes handicapées visuelles de télécharger des livres, soit au format

BRF (braille format) pour une lecture sur plage braille ou une impression sur

imprimante braille, soit au format DAISY (digital accessible information system)

pour une écoute sur synthèse vocale. A l’ouverture du service, 3.000 livres sont

disponibles pour téléchargement ou consultables en ligne. Ce service fournit

aussi un synthétiseur de parole, qui est un logiciel permettant de désagréger le

texte pour lecture sur synthèse vocale. Les collections du NLS comptent 4.700

titres en septembre 2003.

De son côté, l’association Recording For the Blind & Dyslexic (RFB&D) enregistre

4.000 titres par an avec l’aide de 5.000 volontaires officiant dans 32 studios

d’enregistrement répartis dans tout le pays. Elle est la plus grande association

de ce type aux Etats-Unis. En 2002, la RFB&D débute la numérisation de ses

collections au format DAISY. 6.000 livres audionumériques sont disponibles sur

CD-Rom en septembre 2002, et 37.500 livres cinq ans plus tard, en septembre

2007.

Les transcriptions en braille peuvent être rapides quand existent à la fois la

motivation et les moyens. Le quatrième volet de la série best-seller de Joanne

K. Rowling, Harry Potter and the Goblet of Fire, est publié par la National

Braille Press (NBP) en juillet 2000, vingt jours seulement après sa sortie en

librairie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Si les 734 pages du livre

«standard» publié par Scholastic donnent 1.184 pages en braille, le prix du

livre braille n’est pas plus élevé, souligne la NBP. Ce court délai est dû à

deux facteurs. D’une part, Scholastic fournit le fichier électronique, une

initiative dont d’autres éditeurs feraient bien de s’inspirer. D’autre part, les

31 membres de l’équipe de la NBP travaillent sans relâche pendant quinze jours.

Comme pour les autres titres de la NBP, le livre est également disponible au

format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé stocké sur

disquette, pour lecture sur un lecteur braille portable ou au moyen d’un

logiciel braille. Sept ans plus tard, en juillet 2007, le septième et dernier

opus de la série, Harry Potter and the Deathly Hallows, est disponible chez

Bookshare.org 4 heures et 20 minutes après la parution officielle le 21 juillet

à minuit et une minute, le temps de scanner le livre et de mettre en forme les

fichiers numériques.

Dans de nombreux pays, malgré l’existence d’un matériel informatique adapté,

l’édition braille reste encore confidentielle sinon clandestine, le problème des

droits d’auteur sur les transcriptions n’étant pas résolu. Les livres en gros

caractères et sur cassettes sont eux aussi peu nombreux par rapport aux milliers

de titres paraissant chaque année, malgré les efforts dispensés par les éditeurs

spécialisés et les organismes bénévoles.

Directeur de la communication de l’association Handicapzéro, Patrice Cailleaud

explique en janvier 2001 que, si le livre numérique est «une nouvelle solution

complémentaire aux problèmes des personnes aveugles et malvoyantes, (...) les

droits et autorisations d’auteurs demeurent des freins pour l’adaptation en

braille ou caractères agrandis d’ouvrage. Les démarches sont saupoudrées,

longues et n’aboutissent que trop rarement.» D’où la nécessité impérieuse de

lois nationales et d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes

atteintes de déficience visuelle.

Richard Chotin, professeur à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille,

relate en mai 2001: «Ma fille vient d’obtenir la deuxième place à l’agrégation

de lettres modernes. Un de ses amis a obtenu la maîtrise de conférence en droit

et un autre a soutenu sa thèse de doctorat en droit également. Outre l’aspect

performance, cela prouve au moins que, si les aveugles étaient réellement aidés

(tous les aveugles n’ont évidemment pas la chance d’avoir un père qui peut

passer du temps et consacrer de l’argent) par des méthodes plus actives dans la

lecture des documents (obligation d’obtenir en braille ce qui existe en "voyant"

notamment), le handicap pourrait presque disparaître.»

Entérinée à la même date, la directive 2001/29/CE de la Commission européenne

sur «l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits voisins

dans la société de l’information» - plus simplement appelée directive EUCD

(European Union Copyright Directive) - insiste dans son article 43 sur la

nécessité pour les Etats membres d’adopter «toutes les mesures qui conviennent

pour favoriser l’accès aux oeuvres pour les personnes souffrant d’un handicap

qui les empêche d’utiliser les oeuvres elles-mêmes, en tenant plus

particulièrement compte des formats accessibles». C'est chose faite les années

suivantes. En France par exemple, la loi du 1er août 2006 sur le droit d'auteur

et droits voisins dans la société de l'information - plus simplement appelée loi

DADVSI - prévoit l'exception au droit d'auteur en faveur des personnes

handicapées, exception qui permet d'adapter à moindre coût des oeuvres

originales en fonction de certains handicaps pour offrir des version numériques,

des versions audio, etc.

En partenariat avec plusieurs organismes (associations, établissements

d’enseignement spécialisé, éditeurs), l'association BrailleNet - fondée en 1997

par Dominique Burger - crée en novembre 2001 le serveur Hélène pour l'édition

adaptée, afin de proposer en accès restreint des livres numériques permettant

des impressions en braille ou en gros caractères. Ces livres sont des oeuvres

littéraires récentes, des documentations techniques, des ouvrages scientifiques,

des manuels scolaires et des supports de cours adaptés, ainsi que des livres du

domaine public. Développé en partenariat avec l’INRIA Rhône-Alpes (INRIA:

Institut national de recherche en informatique et en automatique) et soutenu par

la Direction du livre et de la lecture (Ministère de la culture et de la

communication), le serveur comprend 2.700 titres en août 2007, dont 70% de

livres sous droits. Les fichiers numériques sont utilisés par 67 centres de

transcription spécialisés situés en France et dans la Francophonie.

Les mutations du livre · 第 10 / 29 段