comme un «laboratoire dont l’objet est d’évaluer les conditions d’accès et de
consultation à distance des documents numériques». Le but est d’expérimenter la
navigation dans ces collections, en permettant aussi bien le libre parcours du
chercheur ou du curieux que des recherches textuelles pointues.
Début 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la fin 1999,
avec un accroissement rapide des collections ensuite. Ces collections numériques
pourront également être consultées sur place à la BnF au moyen de 3.000 postes
multimédias, dont quelques centaines fonctionnent déjà début 1998. Sur les
100.000 volumes prévus, qui représenteront 30 millions de pages numérisées, plus
du tiers concerne le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié
appartient aux départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie,
Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.). L’autre moitié
provient de collections d’établissements publics (musées et bibliothèques,
Documentation française, Ecole nationale des ponts et chaussées, Institut
Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privés (agences de presse dont Magnum,
l’Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).
Par ailleurs, à la même date, le site bilingue français-anglais de la BnF est à
la fois solidement ancré dans le passé et résolument ouvert sur l’avenir, comme
en témoigne le menu principal de la page d’accueil avec ses neuf rubriques:
nouveau (à savoir les nouvelles manifestations culturelles), connaître la BnF,
les actualités culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en
septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps,
naissance de la culture française, tous les savoirs du monde), des informations
pratiques, l’accès aux catalogues de la BnF, l’information professionnelle
(conservation, dépôt légal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothèque en
réseau (Francophonie, coopération nationale, coopération internationale, etc.),
et les autres serveurs (bibliothèques nationales, bibliothèques françaises,
universités, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d’accueil, un logo permet
d’accéder à Gallica.
En mai 1998, la BnF revoit ses espérances à la baisse et modifie quelque peu ses
orientations premières. Jérôme Strazzulla, journaliste, écrit dans Le Figaro du
3 juin 1998 que la BnF est «passée d’une espérance universaliste,
encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus». Dans le même
article, le président de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la décision du
comité éditorial de Gallica: «Nous avons décidé d’abandonner l’idée d’un vaste
corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse
reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd’hui vers des corpus
thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...) Nous
cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs.»
Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec mise en ligne prévue en
2000. Ce corpus rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e siècle
à 1920. Les corpus envisagés ensuite sont : Paris, les voyages en Afrique des
origines à 1920, les utopies, et les mémoires des Académies des sciences de
province.
En 2003, Gallica donne accès à tous les documents libres de droit du fonds
numérisé de la BnF, à savoir 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du
Moyen-Age au début du 20e siècle. Mais, de l’avis de nombreux usagers, les
fichiers sont très lourds puisque les livres sont numérisés en mode image, et
l’accès en est très long. Chose tout aussi problématique, la numérisation en
mode image n’autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve
être la plus grande bibliothèque numérique francophone du réseau en nombre de
titres disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres (1.117 titres
en février 2004) est numérisée en mode texte.
En février 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. A la même date, la BnF annonce
la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse française parue
entre 1826 et 1944, à savoir 22 titres représentant 3,5 millions de pages. Début
2006, les premiers journaux disponibles en ligne sont Le Figaro (fondé en 1826),
La Croix (fondée en 1883), L'Humanité (fondée en 1904) et Le Temps (fondé en
1861 et disparu en 1942). En décembre 2006, les collections comprennent 90.000
ouvrages numérisés (fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines
d'heures de ressources sonores. Gallica débute la conversion en mode texte des
livres numérisés en mode image pour pour favoriser l'accès à leur contenu.
= Online Books Page
Certains se donnent pour tâche non pas de numériser des oeuvres mais, tout aussi
utile, de répertorier celles qui sont en accès libre sur le web, en offrant au
lecteur un point d’accès commun. C’est le cas de John Mark Ockerbloom, doctorant
à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis), qui crée
l’Online Books Page pour recenser les oeuvres anglophones.
Cinq ans plus tard, en septembre 1998, il relate: «J’étais webmestre ici pour la
section informatique de la CMU (Carnegie Mellon University), et j’ai débuté
notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des
ressources disponibles localement, et à l’origine l’Online Books Page était
l’une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des
collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des
versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont
commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d’autres sites.
J’ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou
Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu’il serait utile d’en avoir une
liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu’ils
soient sur l’internet. C’est ainsi que mon index a débuté. J’ai quitté mes
fonctions de webmestre en 1996, mais j’ai gardé la gestion de l’Online Books
Page, parce qu’entre temps je m’étais passionné pour l’énorme potentiel qu’a
l’internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant
il y a tant de livres mis en ligne que j’ai du mal à rester à jour. Je pense
pourtant poursuivre cette activité d’une manière ou d’une autre. Je suis très
intéressé par le développement de l’internet en tant que médium de communication
de masse dans les prochaines années. J’aimerais aussi rester impliqué dans la
mise à disposition gratuite de livres sur l’internet, que ceci fasse partie
intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité
bénévole menée sur mon temps libre.»
Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il
rejoint l’Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et
développement) de la bibliothèque numérique de l'université. A la même époque,
il y transfère l’Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très
sobre, et il poursuit son travail d’inventaire dans le même esprit. Ce
répertoire recense 20.000 textes électroniques en septembre 2003 et 25.000
textes électroniques en décembre 2006.
Une autre initiative est celle de l’Internet Public Library (IPL). Créée en mars
1995 par l’Université du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of
Information and Library Studies, l’IPL se définit comme la première bibliothèque
publique de l’internet sur l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant,
organisant et cataloguant les ressources disponibles sur l’internet, et
n’existant elle-même que sur celui-ci. Cette bibliothèque publique d’un genre
nouveau devient vite une référence. L’IPL recense de manière pratiquement
exhaustive les livres (Online Texts, avec 22.500 titres en 2006), les journaux
(Newspapers) et les magazines (Magazines) disponibles sur le web. Les livres
sont essentiellement des oeuvres du domaine public.
7.2. Bibliothèques traditionnelles
Qu’en est-il de l’internet dans les bibliothèques traditionnelles? La première
bibliothèque présente sur le web est la Bibliothèque municipale d’Helsinki
(Finlande), qui inaugure son site en février 1994. Des bibliothèques mettent sur
pied des «cyberespaces» à destination de leurs lecteurs. D’autres bibliothèques
font connaître les joyaux de leurs collections par le biais du web. Des
bibliothèques nationales unissent leurs efforts pour créer un portail commun.
Voici un récit succint de quelques réalisations très différentes.
= ARPALS, en milieu rural
Lancé en 1996, le site web de l’ARPALS a pour sous-titre: «Internet et
multimédia aux champs, ou comment amener la culture en milieu rural». L’ARPALS
(Amicale du regroupement pédagogique Armillac Labretonie Saint-Barthélémy)
regroupe les 950 habitants de quatre villages (Armillac, Labretonie, Laperche et
Saint-Barthélémy) sis dans le département du Lot-et-Garonne, dans le sud-ouest
de la France. Le regroupement pédagogique intercommunal (RPI) permet aux quatre
villages de faire école commune afin d’éviter la fermeture de classes
malheureusement fréquente en zone rurale.
L’ARPALS met sur pied d’une part des animations (repas, kermesse, bal masqué),
d’autre part une bibliothèque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec
la Bibliothèque départementale de prêt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site web
présente une sélection de livres avec un résumé pour chacun d’eux. L’association
crée aussi une médiathèque ouverte 22 heures par semaine pour un public allant
de 3 à 76 ans. Quatre ordinateurs multimédias - complétés par deux imprimantes
couleur et un scanner à plat - permettent la consultation de CD-Rom, le libre
accès à l’internet et l’utilisation de logiciels bureautiques tels que Works,
Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher, PhotoPaint, etc.
En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre de l’ARPALS, précise: «Le but de
notre site internet est de faire connaître l’existence de la médiathèque
intercommunale de Saint-Barthélémy et ce que nous y faisons. C’est un moyen pour
nous de démontrer l’utilité et l’intérêt de ce type de structure et la
simplicité de l’usage des nouvelles technologies dans le cadre d’une
bibliothèque. » C’est aussi un moyen de « pallier la faiblesse de notre fonds
documentaire. Internet et le multimédia nous permettent d’offrir beaucoup plus
de ressources et d’informations à nos usagers.»
= Cyberespace des Nations Unies
L’internet peut aussi relancer les bibliothèques traditionnelles. C’est le cas
de la Bibliothèque de l’Organisation des Nations Unies à Genève (ONUG), sise
dans l’imposant Palais des Nations, entre le Lac Léman et le quartier des
organisations internationales.
En juillet 1997, à l’initiative de Pierre Pelou, son directeur, la bibliothèque
ouvre un cyberespace de 24 postes informatiques en libre accès avec plusieurs
dizaines de CD-Rom en réseau et connexion à l’internet. Aménagé au premier étage
de la bibliothèque par Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations, ce
cyberespace est mis gratuitement à la disposition des représentants des missions
permanentes, délégués de conférences, fonctionnaires internationaux, chercheurs,
étudiants, journalistes, membres des professions libérales, ingénieurs et
techniciens, sans sélection par le rang, chose assez rare dans ce milieu. Le
premier arrivé est le premier servi.
Les 24 stations du cyberespace comprennent chacune un ordinateur multimédia, un
lecteur de CD-Rom et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs
est relié à une imprimante laser. Chaque station permet de consulter l’internet
et sa messagerie électronique et d’utiliser le traitement de texte WordPerfect.
Sont disponibles aussi les services suivants: 1) le système optique des Nations
Unies; 2) un serveur regroupant une cinquantaine de CD-Rom en réseau; 3) la
banque de données UNBIS (United Nations Bibliographic Information System),
coproduite par les deux bibliothèques des Nations Unies à New York et à Genève;
4) le catalogue de la Bibliothèque de l’Office des Nations Unies à Genève; 5)
Profound, un ensemble de banques de données économiques et commerciales; 6)
RERO, le catalogue du Réseau romand des bibliothèques suisses (qui comprend le
catalogue de la Bibliothèque des Nations Unies de Genève à titre de bibliothèque
associée); 7) plusieurs CD-Rom multimédia (Encarta 97, L’Etat du monde, Elysée
2, Nuklear, etc.); 8) des vidéocassettes multistandards et des DVD présentant
des programmes, films et documentaires sur l’action internationale et l’action
humanitaire.
Très rapidement, de l’avis du personnel, «la consultation électronique induit
une plus grande consultation imprimée et un renforcement de toutes les formes de
recherche». Dépassant les prévisions les plus optimistes, ce cyberespace joue le
rôle de catalyseur, amenant un public nouveau, jeune, varié et enthousiaste à
consulter les collections de la bibliothèque et à utiliser ses autres services.
Suite au succès du premier cyberespace, un deuxième cyberespace ouvre en avril
1998, deux étages plus haut, avec six postes informatiques et une vue imprenable
sur le lac Léman et la chaîne des Alpes.
= Enluminures de la Bibliothèque de Lyon
Nombre de bibliothèques recèlent des joyaux que l’internet permet de faire
connaître. C'est le cas de la Bibliothèque municipale de Lyon qui, en 1998,
décide de diffuser en ligne sa collection d’enluminures, en débutant par une
collection numérique de 3.000 images, le but à terme étant une collection de
10.000 images émanant de 200 manuscrits et incunables s’échelonnant du 5e siècle
à la Renaissance. Le système utilisé est le SGBI (Système de gestion de banques
d’images) créé par la Maison de l’Orient à Lyon, sous l’égide du CNRS (Centre
national de la recherche scientifique) et de l’Université Lyon 2.
«Chaque document, signalé par son auteur, son titre et son siècle de
réalisation, représente une entité, est-il expliqué sur le site web. Par un
double clic sur l’entité choisie, on accède à un écran qui permet de feuilleter
les images du document. Chaque écran peut comporter neuf imagettes,
correspondant à des objets-images. Lorsque le document comporte davantage
d’objets-images, des flèches permettent d’accéder aux objets-images suivants.
Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre étant indiqué
sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l’image
agrandie. Dans une seconde étape, une interrogation multicritères sera
possible.»
Deux ans plus tard, en décembre 2000, le site web donne accès à la plus
importante collection française d’enluminures médiévales, soit 12.000 images
scannées dans 457 ouvrages précieux. Certains manuscrits et incunables sont à
dominante religieuse: bibles, missels, bréviaires, pontificaux, livres d’heures,
droit canon. D’autres, à dominante profane, traitent de philosophie, d’histoire,
de littérature, de sciences, etc. Les images numérisées sont les peintures en
pleine page et les miniatures, ainsi que les initiales ornées et les décors des
marges.
La bibliothèque poursuit ensuite la numérisation de ses collections
iconographiques. Début 2003, plusieurs fonds spécialisés sont en accès libre sur
le web: manuscrits, livres imprimés anciens, manuscrits autographes, collections
locales (Lyon) et régionales (Rhône-Alpes), ésotérisme et franc-maçonnerie,
fonds de la première guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres
d’artistes, photographies, fonds Lacassagne (père de l’Ecole lyonnaise
d’anthropologie criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin
collection jésuite des Fontaines.
= Gabriel, serveur européen
Lancé en 1997, Gabriel - acronyme de: Gateway and Bridge to Europe’s National
Libraries - est le serveur des bibliothèques nationales européennes, créé pour
offrir un point d’accès unique à leurs services et collections. Le choix de ce
nom «rappelle également les travaux de Gabriel Naudé, dont l’Advis pour dresser
une bibliothèque (Paris, 1627) est le premier travail théorique en Europe sur
les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les
bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé dans de
nombreuses langues européennes et vient de l’Ancien Testament, Gabriel étant
l’un des archanges, ou messager céleste. Il est également présent dans le
Nouveau Testament et dans le Coran.»
Plus prosaïquement, le site trilingue (anglais, français, allemand) propose des
liens hypertextes vers les services en ligne d’un certain nombre de
bibliothèques nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark,
Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie,
Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège,
Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie,
Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse, Turquie et Vatican). Une rubrique
informe des projets communs à plusieurs pays. La recherche sur Gabriel est
possible par pays ou par type de services: OPAC (online public access
catalogue), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index de
périodiques, serveurs web, gophers (à savoir des systèmes d’information à base
de menus textuels à plusieurs niveaux), liste complète des services en ligne par
bibliothèque.
Comment Gabriel voit-il le jour? L’idée d’un site web commun aux bibliothèques
nationales européennes naît en 1994 à Oslo (Norvège) lors de la réunion annuelle
de la CENL (Conference of European National Librarians). En mars 1995, une
nouvelle réunion rassemble les représentants de la Koninklijke Bibliotheek
(Pays-Bas), de la British Library (Royaume-Uni) et de l’Helsinki University
Library (Finlande). Après s’être mises d’accord sur un projet pilote, ces trois
bibliothèques sont rejointes par trois autres bibliothèques nationales: Die
Deusche Bibliothek (Allemagne), la Bibliothèque nationale de France et la
Biblioteka Narodowa (Pologne).
Le projet Gabriel est approuvé en septembre 1995 lors de la réunion annuelle de
la CENL à Berne (Suisse). Un serveur pilote est lancé sur l’internet par la
British Library, qui s’occupe ensuite de sa maintenance éditoriale avec la
collaboration des Bibliothèques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La
seconde étape se déroule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les bibliothèques
nationales n’ayant pas participé à la phase pilote sont invitées à se joindre au
projet. Entre-temps, nombre de bibliothèques nationales débutent leur propre
site web. Lors de sa réunion à Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL
décide de lancer officiellement Gabriel à compter du 1er janvier 1997, la
maintenance éditoriale étant assurée par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas.
En été 2005, Gabriel est intégré à la Bibliothèque européenne. Lancée dix-huit
mois plus tôt, en janvier 2004, la Bibliothèque européenne est issue du projet
TEL (Telematics & Electronic Libraries), un projet subventionné par la
Commission européenne pendant trois ans, entre 2001 et 2003, pour étudier la
faisabilité d’un service pan-européen donnant accès aux ressources disséminées
dans toutes les bibliothèques nationales d’Europe. Ce portail commun est mis en
ligne par la CENL et hébergé par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas. Il
offre un point d’accès unique aux catalogues de 18 bibliothèques nationales
(Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Italie,
Hongrie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Serbie,
Slovaquie, Slovénie et Suisse), avec accès (gratuit ou payant) aux documents
électroniques de ces bibliothèques. S’y ajoutent les catalogues de la CENL et de
l’ICCU (Instituto Centrale per il Catalogo Unico delle Bibliothece Italiane).
Les collections des 25 autres bibliothèques nationales seront intégrées dans une
phase ultérieure. La Bibliothèque européenne devrait également accueillir en son
sein la future Bibliothèque numérique européenne, nouveau projet officiellement
lancé en mars 2006.
= De la conservation à la communication
Face à un web encyclopédique et des bibliothèques numériques de plus en plus
nombreuses, les jours des bibliothèques traditionnelles sont-ils comptés? La
bibliothèque numérique menace-t-elle vraiment l’existence de la bibliothèque
traditionnelle? En 1997 et 1998, plusieurs grandes bibliothèques expliquent sur
leur site que, à côté d’un secteur numérique en pleine expansion, la
communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont
depuis disparu. La bibliothèque numérique rend enfin compatibles deux objectifs
qui ne l’étaient guère, à savoir la conservation des documents et leur
communication. Le document est numérisé une bonne fois pour toutes, et le grand
public y a facilement accès. Au début des années 2000, toute bibliothèque
traditionnelle quelque peu dynamique dispose de collections numériques, soit à
usage interne, soit en accès libre sur le web.
Les problèmes de bande passante s’estompent aussi. Après avoir proposé avec
enthousiasme des images en pleine page très agréables à l’oeil mais
excessivement longues à apparaître à l’écran, nombreux sont les sites qui optent
ensuite pour des images de format réduit, avec possibilité de cliquer ou non sur
ces images pour obtenir un format plus grand. Cette présentation est souvent
restée la norme, même avec la généralisation de l’internet à débit rapide. Le
passage du petit format ou grand format est désormais rapide sinon immédiat, à
la grande satisfaction des iconographes, photographes et autres amateurs
d’images.
La raison d’être des bibliothèques nationales est de préserver un patrimoine
accumulé au fil des siècles : manuscrits, incunables, livres imprimés, journaux,
périodiques, gravures, affiches, partitions musicales, images, photos, films,
etc. Ceci n’est pas près de changer. Si le fait de disposer de supports
numériques favorise la communication, il faut bien un endroit pour stocker les
documents physiques originaux, à commencer par les Bibles de Gutenberg.
Les bibliothèques nationales archivent d’ailleurs aussi les documents
électroniques et les pages web. A la Bibliothèque nationale de France (BnF) par
exemple, il a été décidé de collecter et d’archiver les sites dont le nom de
domaine se termine en .fr, ou encore les sites dédiés aux campagnes électorales,
d’abord pour les présidentielles de 2002, puis pour les législatives de 2004, et
enfin pour les présidentielles et les législatives de 2007, en archivant et
collectant les sites institutionnels, les sites et blogs officiels des
candidats, les sites d’analyses, les sites des médias traditionnels, les sites
d’associations et de syndicats, etc.
Les bibliothèques publiques ne semblent pas près de disparaître non plus. Malgré
la curiosité suscitée par le livre numérique, les lecteurs assurent le plus
souvent qu’ils ne sont pas prêts à lire Zola ou Proust à l’écran. Question de
génération peut-être. Les enfants ayant appris à lire directement à l’écran ne
verront peut-être aucun problème à lire des livres en ligne sur des supports
électroniques en tous genres.
Si les bibliothèques nationales et les bibliothèques publiques restent toujours
utiles, la situation est différente pour les bibliothèques spécialisées. Dans
nombre de domaines où l’information la plus récente est primordiale, on
s’interroge maintenant sur la nécessité d’aligner des documents imprimés sur des
rayonnages, alors qu’il est tellement plus pratique de rassembler, stocker,
archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents électroniques, et de
les imprimer seulement à la demande.
7.3. Du bibliothécaire au cyberthécaire