Fin 1997, Gallica se considère moins comme une banque de données numérisées que

comme un «laboratoire dont l’objet est d’évaluer les conditions d’accès et de

consultation à distance des documents numériques». Le but est d’expérimenter la

navigation dans ces collections, en permettant aussi bien le libre parcours du

chercheur ou du curieux que des recherches textuelles pointues.

Début 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la fin 1999,

avec un accroissement rapide des collections ensuite. Ces collections numériques

pourront également être consultées sur place à la BnF au moyen de 3.000 postes

multimédias, dont quelques centaines fonctionnent déjà début 1998. Sur les

100.000 volumes prévus, qui représenteront 30 millions de pages numérisées, plus

du tiers concerne le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié

appartient aux départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie,

Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.). L’autre moitié

provient de collections d’établissements publics (musées et bibliothèques,

Documentation française, Ecole nationale des ponts et chaussées, Institut

Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privés (agences de presse dont Magnum,

l’Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

Par ailleurs, à la même date, le site bilingue français-anglais de la BnF est à

la fois solidement ancré dans le passé et résolument ouvert sur l’avenir, comme

en témoigne le menu principal de la page d’accueil avec ses neuf rubriques:

nouveau (à savoir les nouvelles manifestations culturelles), connaître la BnF,

les actualités culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en

septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps,

naissance de la culture française, tous les savoirs du monde), des informations

pratiques, l’accès aux catalogues de la BnF, l’information professionnelle

(conservation, dépôt légal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothèque en

réseau (Francophonie, coopération nationale, coopération internationale, etc.),

et les autres serveurs (bibliothèques nationales, bibliothèques françaises,

universités, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d’accueil, un logo permet

d’accéder à Gallica.

En mai 1998, la BnF revoit ses espérances à la baisse et modifie quelque peu ses

orientations premières. Jérôme Strazzulla, journaliste, écrit dans Le Figaro du

3 juin 1998 que la BnF est «passée d’une espérance universaliste,

encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus». Dans le même

article, le président de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la décision du

comité éditorial de Gallica: «Nous avons décidé d’abandonner l’idée d’un vaste

corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse

reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd’hui vers des corpus

thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...) Nous

cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs.»

Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec mise en ligne prévue en

2000. Ce corpus rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e siècle

à 1920. Les corpus envisagés ensuite sont : Paris, les voyages en Afrique des

origines à 1920, les utopies, et les mémoires des Académies des sciences de

province.

En 2003, Gallica donne accès à tous les documents libres de droit du fonds

numérisé de la BnF, à savoir 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du

Moyen-Age au début du 20e siècle. Mais, de l’avis de nombreux usagers, les

fichiers sont très lourds puisque les livres sont numérisés en mode image, et

l’accès en est très long. Chose tout aussi problématique, la numérisation en

mode image n’autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve

être la plus grande bibliothèque numérique francophone du réseau en nombre de

titres disponibles en ligne. Seule une petite collection de livres (1.117 titres

en février 2004) est numérisée en mode texte.

En février 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. A la même date, la BnF annonce

la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse française parue

entre 1826 et 1944, à savoir 22 titres représentant 3,5 millions de pages. Début

2006, les premiers journaux disponibles en ligne sont Le Figaro (fondé en 1826),

La Croix (fondée en 1883), L'Humanité (fondée en 1904) et Le Temps (fondé en

1861 et disparu en 1942). En décembre 2006, les collections comprennent 90.000

ouvrages numérisés (fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines

d'heures de ressources sonores. Gallica débute la conversion en mode texte des

livres numérisés en mode image pour pour favoriser l'accès à leur contenu.

= Online Books Page

Certains se donnent pour tâche non pas de numériser des oeuvres mais, tout aussi

utile, de répertorier celles qui sont en accès libre sur le web, en offrant au

lecteur un point d’accès commun. C’est le cas de John Mark Ockerbloom, doctorant

à l’Université Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis), qui crée

l’Online Books Page pour recenser les oeuvres anglophones.

Cinq ans plus tard, en septembre 1998, il relate: «J’étais webmestre ici pour la

section informatique de la CMU (Carnegie Mellon University), et j’ai débuté

notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des

ressources disponibles localement, et à l’origine l’Online Books Page était

l’une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des

collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des

versions web de certains textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont

commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d’autres sites.

J’ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou

Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu’il serait utile d’en avoir une

liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu’ils

soient sur l’internet. C’est ainsi que mon index a débuté. J’ai quitté mes

fonctions de webmestre en 1996, mais j’ai gardé la gestion de l’Online Books

Page, parce qu’entre temps je m’étais passionné pour l’énorme potentiel qu’a

l’internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant

il y a tant de livres mis en ligne que j’ai du mal à rester à jour. Je pense

pourtant poursuivre cette activité d’une manière ou d’une autre. Je suis très

intéressé par le développement de l’internet en tant que médium de communication

de masse dans les prochaines années. J’aimerais aussi rester impliqué dans la

mise à disposition gratuite de livres sur l’internet, que ceci fasse partie

intégrante de mon activité professionnelle, ou que ceci soit une activité

bénévole menée sur mon temps libre.»

Fin 1998, John Mark Ockerbloom obtient son doctorat en informatique. En 1999, il

rejoint l’Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et

développement) de la bibliothèque numérique de l'université. A la même époque,

il y transfère l’Online Books Page, tout en gardant la même présentation, très

sobre, et il poursuit son travail d’inventaire dans le même esprit. Ce

répertoire recense 20.000 textes électroniques en septembre 2003 et 25.000

textes électroniques en décembre 2006.

Une autre initiative est celle de l’Internet Public Library (IPL). Créée en mars

1995 par l’Université du Michigan (Etats-Unis) dans le cadre de la School of

Information and Library Studies, l’IPL se définit comme la première bibliothèque

publique de l’internet sur l’internet, à savoir une bibliothèque sélectionnant,

organisant et cataloguant les ressources disponibles sur l’internet, et

n’existant elle-même que sur celui-ci. Cette bibliothèque publique d’un genre

nouveau devient vite une référence. L’IPL recense de manière pratiquement

exhaustive les livres (Online Texts, avec 22.500 titres en 2006), les journaux

(Newspapers) et les magazines (Magazines) disponibles sur le web. Les livres

sont essentiellement des oeuvres du domaine public.

7.2. Bibliothèques traditionnelles

Qu’en est-il de l’internet dans les bibliothèques traditionnelles? La première

bibliothèque présente sur le web est la Bibliothèque municipale d’Helsinki

(Finlande), qui inaugure son site en février 1994. Des bibliothèques mettent sur

pied des «cyberespaces» à destination de leurs lecteurs. D’autres bibliothèques

font connaître les joyaux de leurs collections par le biais du web. Des

bibliothèques nationales unissent leurs efforts pour créer un portail commun.

Voici un récit succint de quelques réalisations très différentes.

= ARPALS, en milieu rural

Lancé en 1996, le site web de l’ARPALS a pour sous-titre: «Internet et

multimédia aux champs, ou comment amener la culture en milieu rural». L’ARPALS

(Amicale du regroupement pédagogique Armillac Labretonie Saint-Barthélémy)

regroupe les 950 habitants de quatre villages (Armillac, Labretonie, Laperche et

Saint-Barthélémy) sis dans le département du Lot-et-Garonne, dans le sud-ouest

de la France. Le regroupement pédagogique intercommunal (RPI) permet aux quatre

villages de faire école commune afin d’éviter la fermeture de classes

malheureusement fréquente en zone rurale.

L’ARPALS met sur pied d’une part des animations (repas, kermesse, bal masqué),

d’autre part une bibliothèque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec

la Bibliothèque départementale de prêt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site web

présente une sélection de livres avec un résumé pour chacun d’eux. L’association

crée aussi une médiathèque ouverte 22 heures par semaine pour un public allant

de 3 à 76 ans. Quatre ordinateurs multimédias - complétés par deux imprimantes

couleur et un scanner à plat - permettent la consultation de CD-Rom, le libre

accès à l’internet et l’utilisation de logiciels bureautiques tels que Works,

Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher, PhotoPaint, etc.

En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre de l’ARPALS, précise: «Le but de

notre site internet est de faire connaître l’existence de la médiathèque

intercommunale de Saint-Barthélémy et ce que nous y faisons. C’est un moyen pour

nous de démontrer l’utilité et l’intérêt de ce type de structure et la

simplicité de l’usage des nouvelles technologies dans le cadre d’une

bibliothèque. » C’est aussi un moyen de « pallier la faiblesse de notre fonds

documentaire. Internet et le multimédia nous permettent d’offrir beaucoup plus

de ressources et d’informations à nos usagers.»

= Cyberespace des Nations Unies

L’internet peut aussi relancer les bibliothèques traditionnelles. C’est le cas

de la Bibliothèque de l’Organisation des Nations Unies à Genève (ONUG), sise

dans l’imposant Palais des Nations, entre le Lac Léman et le quartier des

organisations internationales.

En juillet 1997, à l’initiative de Pierre Pelou, son directeur, la bibliothèque

ouvre un cyberespace de 24 postes informatiques en libre accès avec plusieurs

dizaines de CD-Rom en réseau et connexion à l’internet. Aménagé au premier étage

de la bibliothèque par Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations, ce

cyberespace est mis gratuitement à la disposition des représentants des missions

permanentes, délégués de conférences, fonctionnaires internationaux, chercheurs,

étudiants, journalistes, membres des professions libérales, ingénieurs et

techniciens, sans sélection par le rang, chose assez rare dans ce milieu. Le

premier arrivé est le premier servi.

Les 24 stations du cyberespace comprennent chacune un ordinateur multimédia, un

lecteur de CD-Rom et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs

est relié à une imprimante laser. Chaque station permet de consulter l’internet

et sa messagerie électronique et d’utiliser le traitement de texte WordPerfect.

Sont disponibles aussi les services suivants: 1) le système optique des Nations

Unies; 2) un serveur regroupant une cinquantaine de CD-Rom en réseau; 3) la

banque de données UNBIS (United Nations Bibliographic Information System),

coproduite par les deux bibliothèques des Nations Unies à New York et à Genève;

4) le catalogue de la Bibliothèque de l’Office des Nations Unies à Genève; 5)

Profound, un ensemble de banques de données économiques et commerciales; 6)

RERO, le catalogue du Réseau romand des bibliothèques suisses (qui comprend le

catalogue de la Bibliothèque des Nations Unies de Genève à titre de bibliothèque

associée); 7) plusieurs CD-Rom multimédia (Encarta 97, L’Etat du monde, Elysée

2, Nuklear, etc.); 8) des vidéocassettes multistandards et des DVD présentant

des programmes, films et documentaires sur l’action internationale et l’action

humanitaire.

Très rapidement, de l’avis du personnel, «la consultation électronique induit

une plus grande consultation imprimée et un renforcement de toutes les formes de

recherche». Dépassant les prévisions les plus optimistes, ce cyberespace joue le

rôle de catalyseur, amenant un public nouveau, jeune, varié et enthousiaste à

consulter les collections de la bibliothèque et à utiliser ses autres services.

Suite au succès du premier cyberespace, un deuxième cyberespace ouvre en avril

1998, deux étages plus haut, avec six postes informatiques et une vue imprenable

sur le lac Léman et la chaîne des Alpes.

= Enluminures de la Bibliothèque de Lyon

Nombre de bibliothèques recèlent des joyaux que l’internet permet de faire

connaître. C'est le cas de la Bibliothèque municipale de Lyon qui, en 1998,

décide de diffuser en ligne sa collection d’enluminures, en débutant par une

collection numérique de 3.000 images, le but à terme étant une collection de

10.000 images émanant de 200 manuscrits et incunables s’échelonnant du 5e siècle

à la Renaissance. Le système utilisé est le SGBI (Système de gestion de banques

d’images) créé par la Maison de l’Orient à Lyon, sous l’égide du CNRS (Centre

national de la recherche scientifique) et de l’Université Lyon 2.

«Chaque document, signalé par son auteur, son titre et son siècle de

réalisation, représente une entité, est-il expliqué sur le site web. Par un

double clic sur l’entité choisie, on accède à un écran qui permet de feuilleter

les images du document. Chaque écran peut comporter neuf imagettes,

correspondant à des objets-images. Lorsque le document comporte davantage

d’objets-images, des flèches permettent d’accéder aux objets-images suivants.

Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre étant indiqué

sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l’image

agrandie. Dans une seconde étape, une interrogation multicritères sera

possible.»

Deux ans plus tard, en décembre 2000, le site web donne accès à la plus

importante collection française d’enluminures médiévales, soit 12.000 images

scannées dans 457 ouvrages précieux. Certains manuscrits et incunables sont à

dominante religieuse: bibles, missels, bréviaires, pontificaux, livres d’heures,

droit canon. D’autres, à dominante profane, traitent de philosophie, d’histoire,

de littérature, de sciences, etc. Les images numérisées sont les peintures en

pleine page et les miniatures, ainsi que les initiales ornées et les décors des

marges.

La bibliothèque poursuit ensuite la numérisation de ses collections

iconographiques. Début 2003, plusieurs fonds spécialisés sont en accès libre sur

le web: manuscrits, livres imprimés anciens, manuscrits autographes, collections

locales (Lyon) et régionales (Rhône-Alpes), ésotérisme et franc-maçonnerie,

fonds de la première guerre mondiale (1914-1918), estampes, affiches, livres

d’artistes, photographies, fonds Lacassagne (père de l’Ecole lyonnaise

d’anthropologie criminelle), fonds chinois, arts du spectacle, et enfin

collection jésuite des Fontaines.

= Gabriel, serveur européen

Lancé en 1997, Gabriel - acronyme de: Gateway and Bridge to Europe’s National

Libraries - est le serveur des bibliothèques nationales européennes, créé pour

offrir un point d’accès unique à leurs services et collections. Le choix de ce

nom «rappelle également les travaux de Gabriel Naudé, dont l’Advis pour dresser

une bibliothèque (Paris, 1627) est le premier travail théorique en Europe sur

les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les

bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé dans de

nombreuses langues européennes et vient de l’Ancien Testament, Gabriel étant

l’un des archanges, ou messager céleste. Il est également présent dans le

Nouveau Testament et dans le Coran.»

Plus prosaïquement, le site trilingue (anglais, français, allemand) propose des

liens hypertextes vers les services en ligne d’un certain nombre de

bibliothèques nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark,

Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie,

Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège,

Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Roumanie,

Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse, Turquie et Vatican). Une rubrique

informe des projets communs à plusieurs pays. La recherche sur Gabriel est

possible par pays ou par type de services: OPAC (online public access

catalogue), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index de

périodiques, serveurs web, gophers (à savoir des systèmes d’information à base

de menus textuels à plusieurs niveaux), liste complète des services en ligne par

bibliothèque.

Comment Gabriel voit-il le jour? L’idée d’un site web commun aux bibliothèques

nationales européennes naît en 1994 à Oslo (Norvège) lors de la réunion annuelle

de la CENL (Conference of European National Librarians). En mars 1995, une

nouvelle réunion rassemble les représentants de la Koninklijke Bibliotheek

(Pays-Bas), de la British Library (Royaume-Uni) et de l’Helsinki University

Library (Finlande). Après s’être mises d’accord sur un projet pilote, ces trois

bibliothèques sont rejointes par trois autres bibliothèques nationales: Die

Deusche Bibliothek (Allemagne), la Bibliothèque nationale de France et la

Biblioteka Narodowa (Pologne).

Le projet Gabriel est approuvé en septembre 1995 lors de la réunion annuelle de

la CENL à Berne (Suisse). Un serveur pilote est lancé sur l’internet par la

British Library, qui s’occupe ensuite de sa maintenance éditoriale avec la

collaboration des Bibliothèques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La

seconde étape se déroule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les bibliothèques

nationales n’ayant pas participé à la phase pilote sont invitées à se joindre au

projet. Entre-temps, nombre de bibliothèques nationales débutent leur propre

site web. Lors de sa réunion à Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL

décide de lancer officiellement Gabriel à compter du 1er janvier 1997, la

maintenance éditoriale étant assurée par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas.

En été 2005, Gabriel est intégré à la Bibliothèque européenne. Lancée dix-huit

mois plus tôt, en janvier 2004, la Bibliothèque européenne est issue du projet

TEL (Telematics & Electronic Libraries), un projet subventionné par la

Commission européenne pendant trois ans, entre 2001 et 2003, pour étudier la

faisabilité d’un service pan-européen donnant accès aux ressources disséminées

dans toutes les bibliothèques nationales d’Europe. Ce portail commun est mis en

ligne par la CENL et hébergé par la Bibliothèque nationale des Pays-Bas. Il

offre un point d’accès unique aux catalogues de 18 bibliothèques nationales

(Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Italie,

Hongrie, Lettonie, Pays-Bas, Portugal, République tchèque, Royaume-Uni, Serbie,

Slovaquie, Slovénie et Suisse), avec accès (gratuit ou payant) aux documents

électroniques de ces bibliothèques. S’y ajoutent les catalogues de la CENL et de

l’ICCU (Instituto Centrale per il Catalogo Unico delle Bibliothece Italiane).

Les collections des 25 autres bibliothèques nationales seront intégrées dans une

phase ultérieure. La Bibliothèque européenne devrait également accueillir en son

sein la future Bibliothèque numérique européenne, nouveau projet officiellement

lancé en mars 2006.

= De la conservation à la communication

Face à un web encyclopédique et des bibliothèques numériques de plus en plus

nombreuses, les jours des bibliothèques traditionnelles sont-ils comptés? La

bibliothèque numérique menace-t-elle vraiment l’existence de la bibliothèque

traditionnelle? En 1997 et 1998, plusieurs grandes bibliothèques expliquent sur

leur site que, à côté d’un secteur numérique en pleine expansion, la

communication physique des documents reste essentielle. Ces commentaires ont

depuis disparu. La bibliothèque numérique rend enfin compatibles deux objectifs

qui ne l’étaient guère, à savoir la conservation des documents et leur

communication. Le document est numérisé une bonne fois pour toutes, et le grand

public y a facilement accès. Au début des années 2000, toute bibliothèque

traditionnelle quelque peu dynamique dispose de collections numériques, soit à

usage interne, soit en accès libre sur le web.

Les problèmes de bande passante s’estompent aussi. Après avoir proposé avec

enthousiasme des images en pleine page très agréables à l’oeil mais

excessivement longues à apparaître à l’écran, nombreux sont les sites qui optent

ensuite pour des images de format réduit, avec possibilité de cliquer ou non sur

ces images pour obtenir un format plus grand. Cette présentation est souvent

restée la norme, même avec la généralisation de l’internet à débit rapide. Le

passage du petit format ou grand format est désormais rapide sinon immédiat, à

la grande satisfaction des iconographes, photographes et autres amateurs

d’images.

La raison d’être des bibliothèques nationales est de préserver un patrimoine

accumulé au fil des siècles : manuscrits, incunables, livres imprimés, journaux,

périodiques, gravures, affiches, partitions musicales, images, photos, films,

etc. Ceci n’est pas près de changer. Si le fait de disposer de supports

numériques favorise la communication, il faut bien un endroit pour stocker les

documents physiques originaux, à commencer par les Bibles de Gutenberg.

Les bibliothèques nationales archivent d’ailleurs aussi les documents

électroniques et les pages web. A la Bibliothèque nationale de France (BnF) par

exemple, il a été décidé de collecter et d’archiver les sites dont le nom de

domaine se termine en .fr, ou encore les sites dédiés aux campagnes électorales,

d’abord pour les présidentielles de 2002, puis pour les législatives de 2004, et

enfin pour les présidentielles et les législatives de 2007, en archivant et

collectant les sites institutionnels, les sites et blogs officiels des

candidats, les sites d’analyses, les sites des médias traditionnels, les sites

d’associations et de syndicats, etc.

Les bibliothèques publiques ne semblent pas près de disparaître non plus. Malgré

la curiosité suscitée par le livre numérique, les lecteurs assurent le plus

souvent qu’ils ne sont pas prêts à lire Zola ou Proust à l’écran. Question de

génération peut-être. Les enfants ayant appris à lire directement à l’écran ne

verront peut-être aucun problème à lire des livres en ligne sur des supports

électroniques en tous genres.

Si les bibliothèques nationales et les bibliothèques publiques restent toujours

utiles, la situation est différente pour les bibliothèques spécialisées. Dans

nombre de domaines où l’information la plus récente est primordiale, on

s’interroge maintenant sur la nécessité d’aligner des documents imprimés sur des

rayonnages, alors qu’il est tellement plus pratique de rassembler, stocker,

archiver, organiser, cataloguer et diffuser des documents électroniques, et de

les imprimer seulement à la demande.

7.3. Du bibliothécaire au cyberthécaire

Les mutations du livre · 第 9 / 29 段