une aventure inédite. Dans le monde francophone, le premier éditeur électronique
commercial est CyLibris, fondé en août 1996. CyLibris est suivi en mai 1998 par
00h00, premier éditeur au monde à commercialiser des livres numériques.
= CyLibris
Fondé par Olivier Gainon en août 1996, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre),
basé à Paris, est le pionnier francophone de l’édition électronique commerciale.
CyLibris est en effet la première maison d’édition à utiliser l’internet et le
numérique pour publier de nouveaux auteurs littéraires, et parfois des auteurs
confirmés, dans divers genres: littérature générale, policier, science-fiction,
théâtre et poésie. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprimés à la
commande et envoyés directement au client, ce qui permet d’éviter le stock et
les intermédiaires. Des extraits sont disponibles en téléchargement libre.
Pendant son premier trimestre d’activité, l’éditeur signe des contrats avec
treize auteurs. En 2000, CyLibris compte une moyenne de 15.000 visites
mensuelles sur son site, 3.500 livres vendus tous exemplaires confondus et une
année 1999 financièrement équilibrée. En 2001, certains titres sont également
vendus en version imprimée par un réseau de librairies partenaires, notamment la
Fnac, et en version numérique par Mobipocket et Numilog, pour lecture sur
ordinateur et sur assistant personnel. En 2003, le catalogue de CyLibris
comprend une cinquantaine de titres.
«CyLibris a été créé d’abord comme une maison d’édition spécialisée sur un
créneau particulier de l’édition et mal couvert à notre sens par les autres
éditeurs: la publication de premières oeuvres, donc d’auteurs débutants,
explique Olivier Gainon en décembre 2000. Nous nous intéressons finalement à la
littérature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non
seulement les premières oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en
décalage avec la mouvance et les modes littéraires dominantes. Ce qui est
rassurant, c’est que nous avons déjà eu quelques succès éditoriaux: le grand
prix de la SGDL (Société des gens de lettres) en 1999 pour La Toile de
Jean-Pierre Balpe, le prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jérôme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de "défricheur" est en soi original dans
le monde de l’édition, mais c’est surtout son mode de fonctionnement qui fait de
CyLibris un éditeur atypique.
Créé dès 1996 autour de l’internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes
de l’édition traditionnelle grâce à deux innovations: la vente directe par
l’intermédiaire d’un site de commerce sur internet, et le couplage de cette
vente avec une impression numérique en "flux tendu". Cela permettait de
contourner les deux barrières traditionnelles dans l’édition: les coûts
d’impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre système
gérait donc des flux physiques: commande reçue par internet, impression du livre
commandé, envoi par la poste. Je précise que nous sous-traitons l’impression à
des imprimeurs numériques, ce qui nous permet de vendre des livres de qualité
équivalente à celle de l’offset, et à un prix comparable. Notre système n’est ni
plus cher, ni de moindre qualité, il obéit à une économie différente, qui, à
notre sens, devrait se généraliser à terme.»
En quoi consiste l’activité d’un éditeur électronique? «Je décrirais mon
activité comme double, explique Olivier Gainon. D’une part celle d’un éditeur
traditionnel dans la sélection des manuscrits et leur retravail (je m’occupe
directement de la collection science-fiction), mais également le choix des
maquettes, les relations avec les prestataires, etc. D’autre part, une activité
internet très forte qui vise à optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre
une stratégie de partenariat permettant à CyLibris d’obtenir la visibilité qui
lui fait parfois défaut. Enfin, je représente CyLibris au sein du SNE (le
Syndicat national de l’édition, dont CyLibris fait partie depuis le printemps
2000, ndlr). CyLibris est aujourd’hui une petite structure. Elle a trouvé sa
place dans l’édition, mais est encore d’une économie fragile sur internet. Notre
objectif est de la rendre pérenne et rentable et nous nous y employons.»
Le site web se veut aussi le carrefour de la petite édition. Il procure des
informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit à un
éditeur, ce que doit comporter un contrat d’édition, comment protéger ses
manuscrits, comment tenter sa chance dans des revues ou concours littéraires,
etc.
Par ailleurs, l’équipe de CyLibris lance en mai 1999 CyLibris Infos, une lettre
d’information électronique gratuite dont l’objectif n’est pas tant de promouvoir
les livres de l’éditeur que de présenter l’actualité de l’édition francophone.
Volontairement décalée et souvent humoristique sinon décapante, la lettre est
tout d’abord mensuelle, puis elle paraît deux fois par mois à compter de février
2000. Elle compte 565 abonnés en octobre 2000. Elle change de nom en février
2001 pour devenir Edition-actu. Elle compte 1.500 abonnés en 2003. Elle laisse
ensuite la place au blog de CyLibris.
= 00h00
Lui aussi pionnier de l’édition en ligne commerciale, 00h00 fait son apparition
en mai 1998, un peu moins de deux ans après la création de CyLibris. Mais le
champ d’investigation de 00h00 (qui se prononce : zéro heure) est différent. Il
est le premier éditeur au monde à se lancer dans la commercialisation de livres
numériques. En 2000, les versions numériques (au format PDF) représentent 85%
des ventes, les 15% restants étant des versions imprimées à la demande du
client.
00h00 est fondé à l’instigation de Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira,
respectivement directeur général de Flammarion et directeur de Flammarion
Multimédia. «Aujourd’hui mon activité professionnelle est 100% basée sur
internet, explique Bruno de Sa Moreira en juillet 1998. Le changement ne s’est
pas fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimédia
puis internet). (...) La gestation du projet a duré un an: brainstorming,
faisabilité, création de la société et montage financier, développement
technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des
textes et préparation du catalogue à l’ouverture. (...) Nous faisons un pari,
mais l’internet me semble un média capable d’une très large popularisation, sans
doute grâce à des terminaux plus faciles d’accès que le seul micro-ordinateur.»
«La création de 00h00 marque la véritable naissance de l’édition en ligne,
lit-on sur le site web. C’est en effet la première fois au monde que la
publication sur internet de textes au format numérique est envisagée dans le
contexte d’un site commercial, et qu’une entreprise propose aux acteurs
traditionnels de l’édition (auteurs et éditeurs) d’ouvrir avec elle sur le
réseau une nouvelle fenêtre d’exploitation des droits. Les textes offerts par
00h00 sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes
sous copyright dont les droits en ligne ont fait l’objet d’un accord avec leurs
ayants droit. (...) Avec l’édition en ligne émerge probablement une première
vision de l’édition au 21e siècle. C’est cette idée d’origine, de nouveau départ
qui s’exprime dans le nom de marque, 00h00. (...) Internet est un lieu sans
passé, où ce que l’on fait ne s’évalue pas par rapport à une tradition. Il y
faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (...) Le succès de
l’édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux : il dépendra
aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs
autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l’écriture, et à
rendre immédiatement perceptible qu’une aventure nouvelle a commencé.»
Les collections sont très diverses: inédits, théâtre classique français, contes
et récits fantastiques, contes et récits philosophiques, souvenirs et mémoires,
philosophie classique, réalisme et naturalisme, cyberculture, romans d’enfance,
romans d’amour, nouvelles et romans d’aventure. Le recherche est possible par
auteur, par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un
descriptif détaillé, la table des matières et une courte présentation de
l’auteur. S’ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de stock, pas de
contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et
entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui le souhaitent
peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires,
participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres sites. Ils
peuvent encore s’abonner à la lettre d’information de 00h00 pour être tenus au
courant des nouveautés. L'éditeur produit aussi des clips littéraires pour
présenter les ouvrages publiés.
En 2000, le catalogue comprend 600 titres, qui comprennent une centaine
d’oeuvres originales et des rééditions électroniques d’ouvrages publiés par
d’autres éditeurs. Les oeuvres originales sont réparties en plusieurs
collections: nouvelles écritures interactives et hypertextuelles, premiers
romans, documents d’actualité, études sur les NTIC (nouvelles technologies de
l’information et de la communication), co-éditions avec des éditeurs
traditionnels ou de grandes institutions. Le paiement est effectué en ligne
grâce à un système sécurisé mis en place par la Banque populaire. Ceux que le
paiement en ligne rebute peuvent régler leur commande par carte bancaire (envoi
par fax) ou par chèque (envoi par courrier postal).
En septembre 2000, 00h00 est racheté par la société américaine Gemstar-TV Guide
International, spécialisée dans les produits et services numériques pour les
médias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000, Gemstar rachète les deux
sociétés californiennes à l’origine des premières tablettes électroniques de
lecture, NuvoMedia, créatrice du Rocket eBook, et Softbook Press, créatrice du
Softbook Reader. Selon un communiqué de Henry Yuen, président de Gemstar, «les
compétences éditoriales dont dispose 00h00 et les capacités d’innovation et de
créativité dont elle a fait preuve sont les atouts nécessaires pour faire de
Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l’édition numérique qui s’ouvre en
Europe.» La communauté francophone ne voit pas ce rachat d’un très bon œil, la
mondialisation de l’édition semblant justement peu compatible avec l’innovation
et la créativité. Moins de trois ans plus tard, en juin 2003, 00h00 cesse
définitivement ses activités, tout comme la branche eBook de Gemstar.
Il reste le souvenir d’une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre Arbon,
devenu chanteur, raconte sur son site: «J’avais fondé, avec Bruno de Sa Moreira,
une maison d’édition d’un genre nouveau, la première au monde à tenter à grande
échelle l’aventure de l’édition en ligne. Tout était à faire, à inventer.
L’édition numérique était terra incognita: on explorait, on défrichait.»
= Luc Pire électronique
En Belgique, le premier éditeur à s’intéresser au numérique est Luc Pire. Fondée
en automne 1994, sa maison d’édition est présente à Bruxelles et à Liège. Luc
Pire électronique est lancé en février 2001 pour proposer des versions
numériques de titres déjà publiés chez l'éditeur ou de nouveaux titres en
version numérique. Nicolas Ancion, le responsable éditorial de ce nouveau
secteur, explique en avril 2001: «Ma fonction est d’une double nature : d’une
part, imaginer des contenus pour l’édition numérique de demain et, d’autre part,
trouver des sources de financement pour les développer. (...) Je supervise le
contenu du site de la maison d’édition et je conçois les prochaines générations
de textes publiés numériquement (mais pas exclusivement sur internet).»
Comment voit-il l’avenir? «L’édition électronique n’en est encore qu’à ses
balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l’essentiel est
déjà acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette
apparition entraîne une redéfinition du métier d’éditeur. Auparavant, un éditeur
pouvait se contenter d’imprimer des livres et de les distribuer. Même s’il s’en
défendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matériels (des livres).
Désormais, le rôle de l’éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des
contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets
matériels, mais des contenus dématérialisés. Ces contenus sont ensuite
"matérialisés" sous différentes formes: livres papier, livres numériques, sites
web, bases de données, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de
"production" d’un éditeur deviendrait plutôt un département d’"exploitation" des
ressources. Le métier d’éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus
large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de
nouveaux publics. C’est un véritable défi qui demande avant tout de
l’imagination et de la souplesse.»
= Choucas
L’expérience des éditions du Choucas est totalement différente. Fondé en 1992
par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute-Savoie, Le Choucas est
une petite maison d’édition spécialisée dans les romans policiers, la
littérature, les livres de photos et les livres d’art. En juin 1998, Nicolas
Pewny raconte: «Le site des éditions du Choucas a été créé fin novembre 1996.
Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu’internet pouvait nous
offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit
problème: nous n’avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix
d’un grand nombre de nuits sans sommeil, j’ai créé ce site moi-même et l’ai fait
référencer (ce n’est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même
temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et
s’est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors France et Europe.
Le changement qu’internet a apporté dans notre vie professionnelle est
considérable. Nous sommes une petite maison d’édition installée en province.
Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais
pas. Même les médias "classiques" nous ont ouvert un peu leur portes grâce à
notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous
avons édité deux auteurs québécois (Fernand Héroux et Liz Morency, auteurs de
Affaire de cœurs, paru en septembre 1997, ndlr). Beaucoup de livres se réalisent
(corrections, illustrations, envoi des documents à l’imprimeur) par ce moyen.
Dès le début du site nous avons reçu des demandes de pays où nous ne sommes pas
(encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre
volonté de ne pas devenir un site "commercial" mais d’information et à
"connotation culturelle". (Nous n’avons pas de système de paiement sécurisé,
nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne).»
En ce qui concerne l’avenir, «j’aurais tendance à répondre par deux questions:
Pouvez vous me dire comment va évoluer internet? Comment vont évoluer les
utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu "commercial" que possible et
augmenter l’interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y
réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens
opposé. Nous les avons mis "en veille". Mais si l’évolution va dans ce sens,
pourrons-nous résister, ou trouver une "voie moyenne"? Honnêtement, je n’en sais
rien.»
Bien qu’étant d’abord un éditeur à vocation commerciale, Nicolas Pewny tient
aussi à avoir des activités non commerciales pour faire connaître des auteurs
peu diffusés, par exemple Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, qui
désespérait de trouver un éditeur pour son recueil de fables, Fables pour l’an
2000. Quelques jours avant le passage à l'an 2000, Nicolas Pewny réalise un beau
design pour ces fables et publie le recueil en ligne sur le site du Choucas.
«Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous
affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des
médias en place, écrit Raymond Godefroy en décembre 1999. Soumis aux mêmes lois
cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette
conscience du collectif, d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en
harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue d’Esope, la
meilleure et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il
me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la distribution
traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une crise d’intolérance
pour entrer à reculons dans le prochain millénaire.»
Très certainement autobiographique, la fable Le poète et l’éditeur (sixième
fable de la troisième partie) relate on ne peut mieux les affres du poète à la
recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant très attaché au papier, il
auto-publie la version imprimée de ses fables en juin 2001, avec un titre
légèrement différent, Fables pour les années 2000, puisque le cap du 21e siècle
est désormais franchi.
Quant aux éditions du Choucas, elles cessent leur activité en mars 2001, une
disparition de plus à déplorer chez les éditeurs indépendants. «Comme je le
prévoyais, notre distributeur a déposé son bilan, raconte Nicolas Pewny en juin
2001. Et malheureusement les éditions du Choucas (ainsi que d’autres éditeurs)
ont cessé leur activité éditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour
témoignage de mon savoir-faire d’éditeur on- et off-line. (...) Je ne regrette
pas ces dix années de lutte, de satisfactions et de malheurs passés aux éditions
du Choucas. J’ai connu des auteurs intéressants dont certains sont devenus des
amis... Maintenant je fais des publications et des sites internet pour d’autres.
En ce moment pour une ONG (organisation non gouvernementale) internationale
caritative ; je suis ravi de participer (modestement) à leur activité à but non
lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou de manque à gagner, c’est
reposant.»
= Plateformes d’édition
Des auteurs déçus par le système éditorial en place créent des plateformes
d’édition littéraire non commerciale pour faire connaître leurs oeuvres et
celles d’autres auteurs. Eux aussi font un véritable travail d’éditeur si l’on
considère que le but premier d’un éditeur est de découvrir et diffuser des
auteurs.
En 1997, Jacky Minier crée Diamedit, site français de promotion d’inédits
artistiques et littéraires. «J’ai imaginé ce site d’édition virtuelle il y a
maintenant plusieurs années, à l’aube de l’ère internautique francophone,
relate-t-il en octobre 2000. A l’époque, il n’y avait aucun site de ce genre sur
la toile à l’exception du site québécois Editel de Pierre François Gagnon (fondé
en avril 1995, ndlr). J’avais alors écrit un roman et quelques nouvelles que
j’aurais aimé publier mais, le système français d’édition classique papier étant
ce qu’il est, frileux et à la remorque de l’Audimat, il est devenu de plus en
plus difficile de faire connaître son travail lorsqu’on n’est pas déjà connu
médiatiquement. J’ai donc imaginé d’utiliser le web pour faire la promotion
d’auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d’être lus. Diamedit est fait
pour les inédits. Rien que des inédits. Pour encourager avant tout la création.
Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et
multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre,
graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et
commercial, tout à la fois. Mon activité est donc un mélange de ces diverses
facettes.»
Comment Jacky Minier voit-il l’avenir? «Souriant. Je le vois très souriant. Je
crois que le plus dur est fait et que le savoir-faire cumulé depuis les années
de débroussaillage verra bientôt la valorisation de ces efforts. Le nombre des
branchés francophones augmente très vite maintenant et, même si, en France, on a
encore beaucoup de retard sur les Amériques, on a aussi quelques atouts
spécifiques. En matière de créativité notamment. C’est pile poil le créneau de
Diamedit. De plus, je me sens moins seul maintenant qu’en 1998. Des confrères
sérieux ont fait leur apparition dans le domaine de la publication d’inédits.
Tant mieux! Plus on sera et plus l’expression artistique et créatrice prendra
son envol. En la matière, la concurrence n’est à craindre que si on ne maintient
pas le niveau d’excellence. Il ne faut pas publier n’importe quoi si on veut que
les visiteurs comme les auteurs s’y retrouvent.»
Une des consoeurs de Jacky Minier est Marie-Aude Bourson, lyonnaise férue de
littérature et d’écriture qui, en septembre 1999, débute le site littéraire La
Grenouille Bleue. «L’objectif est de faire connaître de jeunes auteurs
francophones, pour la plupart amateurs, raconte-t-elle en décembre 2000. Chaque
semaine, une nouvelle complète est envoyée par e-mail aux abonnés de la lettre.
Les lecteurs ont ensuite la possibilité de donner leurs impressions sur un forum
dédié. Egalement, des jeux d’écriture ainsi qu’un atelier permettent aux auteurs
de "s’entraîner" ou découvrir l’écriture. Un annuaire recense les sites
littéraires. Un agenda permet de connaître les différentes manifestations
littéraires.» En décembre 2000, elle doit fermer le site pour un problème de
marque. En janvier 2001, elle ouvre un deuxième site, Gloupsy.com, géré selon le
même principe, «mais avec plus de "services" pour les jeunes auteurs, le but
étant de mettre en place une véritable plateforme pour "lancer" les auteurs» et
fonder peut-être ensuite «une véritable maison d’édition avec impression papier
des auteurs découverts». Gloupsy.com cesse ses activités en mars 2003, date de
la fin du contrat d’hébergement du site.
= Auto-édition
L’internet permet de renforcer les relations entre les auteurs et les lecteurs.
Si les éditeurs ne peuvent vivre sans les auteurs, les auteurs peuvent enfin
vivre sans les éditeurs. Un site web leur permet de promouvoir leurs oeuvres
sans intermédiaire. Le courriel leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En
définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
L’auto-édition est la solution choisie par Anne-Bénédicte Joly, romancière, qui
crée un site web en avril 2000 pour diffuser ses oeuvres. En juin 2000, elle
raconte: «Après avoir rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des
maisons d’édition et ne souhaitant pas opter pour des éditions à compte
d’auteur, j’ai choisi, parce que l’on écrit avant tout pour être lu (!), d’avoir
recours à l’auto-édition. Je suis donc un écrivain-éditeur et j’assume
l’intégralité des étapes de la chaîne littéraire, depuis l’écriture jusqu’à la
commercialisation, en passant par la saisie, la mise en page, l’impression, le
dépôt légal et la diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale
édités à 250 exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais
fixes. Je pense qu’internet est avant tout un média plus rapide et plus
universel que d’autres, mais je suis convaincue que le livre "papier" a encore,
pour des lecteurs amoureux de l’objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense
que la problématique réside davantage dans la qualité de certains éditeurs, pour
ne pas dire la frilosité, devant les coûts liés à la fabrication d’un livre, qui
préfèrent éditer des livres "vendeurs" plutôt que de décider de prendre le
risque avec certains écrits ou certains auteurs moins connus ou inconnus (...).
Si l’internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support livre, je
reste convaincue que disposer d’un tel réseau de communication est un avantage
pour des auteurs moins (ou pas) connus.»