numériques, suite à des accords avec de nombreux éditeurs: Gallimard, Albin
Michel, Eyrolles, Hermès Science, Pearson Education France, etc. Numilog propose
aussi des livres audionumériques lisibles sur synthèse vocale. Une librairie
anglophone est lancée suite à des accords de diffusion conclus avec plusieurs
éditeurs anglo-saxons: Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor &
Francis, Kogan Page, etc. Les différents formats proposés permettent la lecture
des livres sur tout appareil électronique: ordinateur, assistant personnel,
téléphone portable, smartphone, etc.
La société est également prestataire de services pour les technologies DRM
(digital rights management), à savoir les systèmes de gestion des droits
numériques permettant de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et
donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le
gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le
prêt.
En 2004, Numilog met sur pied un système de bibliothèque en ligne pour le prêt
de livres numériques. Ce système est surtout destiné aux bibliothèques, aux
administrations et aux entreprises. En janvier 2006, Numilog contribue au
lancement à titre expérimental de la Bibliothèque numérique pour le Handicap
(BnH), en partenariat avec la ville de Boulogne-Billancourt (région parisienne).
En décembre 2006, le catalogue de la librairie numérique de Numilog comprend
35.000 livres grâce à un partenariat avec 200 éditeurs, dont 60 éditeurs
francophones.
Une autre grande librairie numérique est celle de Mobipocket. Fondé à Paris par
Thierry Brethes et Nathalie Ting en mars 2000, Mobipocket se spécialise d’emblée
dans la lecture et la distribution sécurisée de livres pour assistant personnel
(PDA). Son logiciel de lecture, le Mobipocket Reader, est «universel»,
c’est-à-dire utilisable sur n’importe quel PDA, puis sur ordinateur en avril
2002. En 2003, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre
à 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol),
distribués soit dans la librairie de Mobipocket soit dans les librairies
partenaires. Mobipocket est racheté par la grande librairie en ligne Amazon en
avril 2005.
4.4. Chronologie
* Cette chronologie ne prétend pas à l’exhaustivité.
1994 (printemps): Etude de marché par Jeff Bezos, futur fondateur d’Amazon.com.
1995 (juillet): Amazon.com, librairie en ligne fondée par Jeff Bezos.
1995 (novembre): Livre-rare-book, catalogue de Pascal Chartier.
1996: Alapage, librairie en ligne fondée par Patrice Magnard.
1997: Chapitre.com, librairie en ligne fondée par Juan Pirlot de Corbion.
1997: Site web du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM).
1997 (octobre): Politique de grosses remises inaugurée par l’Internet Bookshop.
1998: BOL.com, librairie en ligne européenne fondée par Bertelsmann.
1999 (juillet): BOL.fr, filiale de BOL.com.
2000 (mars): Mobipocket, société fondée par Thierry Brethes et Nathalie Ting.
2000 (mars): Numilog, société fondée par Denis Zwirn.
2000 (août): Amazon.fr, filiale d’Amazon.
2000 (août): Secteur eBooks de Barnes & Noble.com.
2000 (octobre): Numilog lance sa librairie numérique.
2000 (novembre): Secteur eBooks d’Amazon.
2001 (juillet): Fermeture de BOL.fr.
2001 (septembre): Secteur eBooks de Yahoo!
2005 (avril): Rachat de Mobipocket par Amazon.
5. LES AUTEURS TISSENT LEUR TOILE
[5.1. Des échanges accrus // 5.2. Best-sellers en numérique / The Plant, de
Stephen King / Deux expériences européennes / Des centaines de titres // 5.3.
Nouveaux genres littéraires / Sites d’écriture hypermédia / Hyper-romans /
Mail-romans / Littérature numérique // 5.4. Chronologie]
On oublie parfois que les auteurs ne sont pas seulement les écrivains faisant
partie de notre patrimoine, mais aussi les passionnés du verbe, souvent
inconnus, qui écrivent tout en gagnant leur vie par ailleurs. Publiés ou non,
nombre d’entre eux s’accordent à reconnaître les bienfaits du web et du
courriel, que ce soit pour la recherche d’information, la diffusion de leurs
oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres
créateurs. Des écrivains férus de nouvelles technologies explorent les
possibilités offertes par l’hyperlien ou se lancent dans le mail-roman. Appelée
aussi littérature électronique ou littérature informatique, la littérature
numérique devient un genre à part entière.
5.1. Des échanges accrus
Poète et plasticienne, Silvaine Arabo vit dans la région Poitou-Charentes. En
mai 1997, elle crée l’un des premiers sites francophones consacrés à la poésie,
Poésie d’hier et d’aujourd’hui, sur lequel elle propose de nombreux poèmes, y
compris les siens. En juin 1998, elle raconte: «Je suis poète, peintre et
professeur de lettres (13 recueils de poèmes publiés, ainsi que deux recueils
d’aphorismes et un essai sur le thème : poésie et transcendance; quant à la
peinture, j’ai exposé mes toiles à Paris - deux fois - et en province). (...)
Pour ce qui est d’internet, je suis autodidacte (je n’ai reçu aucune formation
informatique quelle qu’elle soit). J’ai eu l’idée de construire un site
littéraire centré sur la poésie : internet me semble un moyen privilégié pour
faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc
mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur
lequel j’essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans
oublier la nécessaire prise de recul (rubrique "Réflexions sur la poésie") sur
l’objet considéré. (...) Par ailleurs, internet m’a mis en contact avec d’autres
poètes, dont certains fort intéressants. Cela rompt le cercle de la solitude et
permet d’échanger des idées. On se lance des défis aussi. Internet peut donc
pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu’ils savent
qu’ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec
leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne
vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par
internet, tant pour le lecteur que pour le créateur.»
Très vite, Poésie d’hier et d’aujourd’hui prend la forme d’une cyber-revue.
Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo crée une deuxième revue,
Saraswati: revue de poésie, d’art et de réflexion, cette fois sur papier. Les
deux revues «se complètent et sont vraiment à placer en regard l’une de
l’autre».
Romancière et essayiste, Anne-Bénédicte Joly habite en région parisienne. En
avril 2000, elle décide d’auto-publier ses oeuvres en utilisant l’internet pour
les faire connaître. «Mon site a plusieurs objectifs, relate-t-elle en juin
2000. Présenter mes livres (essais, nouvelles et romans auto-édités) à travers
des fiches signalétiques (dont le format est identique à celui que l’on trouve
dans la base de données Electre) et des extraits choisis, présenter mon parcours
(de professeur de lettres et d’écrivain), permettre de commander mes ouvrages,
offrir la possibilité de laisser des impressions sur un livre d’or, guider le
lecteur à travers des liens vers des sites littéraires. (...) Créer un site
internet me permet d’élargir le cercle de mes lecteurs en incitant les
internautes à découvrir mes écrits. Internet est également un moyen pour élargir
la diffusion de mes ouvrages. Enfin, par une politique de liens, j’espère
susciter des contacts de plus en plus nombreux.»
Poète et romancier, Nicolas Ancion vit à Madrid. Lui aussi utilise l’internet
comme outil de diffusion. En avril 2001, il raconte: «Je publie des textes en
ligne, soit de manière exclusive (j’ai publié un polar uniquement en ligne et je
publie depuis février 2001 deux romans-feuilletons écrits spécialement pour ce
support), soit de manière complémentaire (mes textes de poésie sont publiés sur
papier et en ligne). Je dialogue avec les lecteurs et les enseignants à travers
mon site web.»
Michel Benoît habite Montréal. Auteur de nouvelles policières, de récits noirs
et d’histoires fantastiques, il utilise l’internet pour élargir ses horizons et
pour abolir le temps et la distance. Il écrit en juin 2000: «L’internet s’est
imposé à moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non,
pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l’on pense: recherche, on
pense: information. Voyez-vous, si l’on pense: écriture, réflexion, on pense:
connaissance, recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une idée, une
image, une explication. Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture
exposée dans un musée à l’autre bout du monde. On peut donner une idée à
quelqu’un qu’on n’a jamais vu, et en recevoir de même. La toile, c’est le monde
au clic de la souris. On pourrait penser que c’est un beau cliché. Peut-être
bien, à moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose.
L’instantanéité, l’information tout de suite, maintenant. Plus besoin de
fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de
produire. On a besoin d’une information. On va la chercher, immédiatement. De
plus, on a accès aux plus grandes bibliothèques, aux plus importants journaux,
aux musées les plus prestigieux. (...)
Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.
Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce
qui m’aurait pris des mois. Plus beau, plus esthétique. Je me vois réussir des
travaux plus raffinés, d’une facture plus professionnelle, même et surtout dans
des domaines connexes à mon travail, comme la typographie, où je n’ai aucune
compétence. La présentation, le transport de textes, par exemple. Le travail
simultané de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents.
Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu’avant le net,
il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les Francophones. Plus
le net ira se complexifiant, plus l’utilisation du net deviendra profitable,
nécessaire, essentielle.»
Murray Suid vit à Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il est
l’auteur de livres pédagogiques, de livres pour enfants, d’oeuvres multimédias
et de scénarios. Dès septembre 1998, il préconise une solution choisie depuis
par de nombreux auteurs: «Un livre peut avoir un prolongement sur le web – et
donc vivre en partie dans le cyberespace. L’auteur peut ainsi aisément
l’actualiser et le corriger, alors qu’auparavant il devait attendre longtemps,
jusqu’à l’édition suivante, quand il y en avait une. (...) Je ne sais pas si je
publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprimée.
J’utiliserai peut-être ce nouveau support si les livres deviennent multimédias.
Pour le moment, je participe au développement de matériel pédagogique
multimédia. C’est un nouveau type de matériel qui me plaît beaucoup et qui
permet l’interactivité entre des textes, des films, des bandes sonores et des
graphiques qui sont tous reliés les uns aux autres.»
Un an après, en août 1999, il ajoute: «En plus des livres complétés par un site
web, je suis en train d’adopter la même formule pour mes oeuvres multimédias –
qui sont sur CD-Rom – afin de les actualiser et d’enrichir leur contenu.»
Quelques mois plus tard, l’intégralité de ses oeuvres multimédias est sur le
réseau. Le matériel pédagogique auquel il contribue est conçu non plus pour
diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion sur le web. D’entreprise multimédia,
la société de logiciels éducatifs qui l’emploie devient une entreprise internet.
On assiste aussi à l’apparition du roman «interactif» qui, à l’époque, désigne
une oeuvre de fiction à laquelle participent les internautes. Le pionnier est
«le grand écrivain américain John Updike, qui, l’an dernier, balança sur le web
le premier chapitre d’un roman que les internautes étaient censés poursuivre»,
raconte Emmanuèle Peyret, journaliste, dans le quotidien Libération du 27
février 1998. Cette première expérience de littérature interactive est réalisée
à l’initiative de la librairie en ligne Amazon.
En France, lors de la fête de l’internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France
Loisirs lancent à leur tour le premier roman «interactif» francophone. Signé par
le romancier Yann Queffélec, le premier chapitre est disponible sur le site de
France Loisirs le 20 mars 1998. Les internautes disposent de deux semaines pour
proposer un deuxième chapitre. Le jury du club sélectionne le meilleur chapitre,
qui devient la suite officielle du roman, et ainsi de suite jusqu’au 27 juillet.
Yann Queffélec prend à nouveau la plume pour rédiger le huitième et dernier
chapitre. France Loisirs publie le roman en septembre 1998.
Pour les auteurs de documentaires également, l’apport de l’internet est réel,
comme en témoigne l’expérience d’Esther Dyson, présidente d’EDventure Holdings,
société spécialisée dans l’étude des technologies de l’information. Depuis 1982,
elle publie Release 1.0, lettre d’information mensuelle très prisée des
spécialistes et surnommée la lettre intellectuelle du monde informatique. En
1997, elle publie aussi un livre Release 2.0: A Design for Living in the Digital
Age. Parallèlement à la publication simultanée de son livre par plusieurs
éditeurs dans divers pays, Esther Dyson ouvre le site Release 2.0 afin de
dialoguer avec ses lecteurs et tirer parti de tous ces échanges pour préparer
une nouvelle édition de son livre. Dans ce cas précis, le site web se trouve
être une étape intermédiaire entre deux publications imprimées.
5.2. Best-sellers en numérique
En 2000, lorsque le livre numérique commence à se généraliser mais que la partie
est loin d’être gagnée, trois auteurs de best-sellers se lancent dans l’aventure
malgré les risques commerciaux encourus. Aux Etats-Unis, Stephen King tente de
publier un roman épistolaire indépendamment de son éditeur. Au Royaume-Uni,
Frederick Forsyth publie un recueil de nouvelles chez l’éditeur électronique
Online Originals. En Espagne, en partenariat avec son éditeur habituel, Arturo
Pérez-Reverte diffuse son nouveau roman sous forme numérique en exclusivité
pendant un mois, avant la sortie de la version imprimée.
= The Plant, de Stephen King
En mars 2000, le maître du suspense Stephen King commence d’abord par distribuer
uniquement sur l’internet sa nouvelle Riding the Bullet, assez volumineuse
puisqu’elle fait 66 pages. Il est le premier auteur à succès à tenter un pari
considéré par beaucoup comme perdu d’avance. Mais, du fait de la notoriété de
l’auteur et de la couverture médiatique de ce scoop, la «sortie» de cette
nouvelle sur le web est un succès immédiat, avec 400.000 exemplaires téléchargés
lors des premières ving-quatre heures dans les librairies en ligne qui la
vendent (au prix de 2,5 dollars US).
En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se
passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée un site
web spécifique pour débuter l’auto-publication en épisodes de The Plant, un
roman épistolaire inédit qui raconte l’histoire d’une plante carnivore
s’emparant d’une maison d’édition en lui promettant le succès commercial en
échange de sacrifices humains. Le premier chapitre est téléchargeable en
plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la somme de un dollar, avec
paiement différé ou paiement immédiat sur le site d’Amazon.
Dans une lettre aux lecteurs disponible sur son site à la même date, l’auteur
raconte que la création du site, le design et la publicité lui ont coûté la
somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en tant qu’écrivain ni la
rémunération de son assistante. Il précise aussi que la publication des
chapitres suivants est liée au paiement du premier chapitre par au moins 75% des
internautes. « Mes amis, vous avez l’occasion de devenir le pire cauchemar des
éditeurs, déclare-t-il. Comme vous le voyez, c’est simple. Pas de cryptage
assommant! Vous voulez imprimer l’histoire et en faire profiter un(e) ami(e)?
Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement.
C’est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est
l’honnêteté. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe.
Le second est que vous aimerez suffisamment l’histoire pour vouloir en lire
davantage. Si vous le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous:
payez, et l’histoire continue; volez, et l’histoire s’arrête.»
Une semaine après la mise en ligne du premier chapitre, on compte 152.132
téléchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains paient davantage
que le dollar demandé, allant parfois jusqu’à 10 ou 20 dollars pour compenser le
manque à gagner de ceux qui ne paieraient pas, et éviter ainsi que la série ne
s’arrête. La barre des 75% est dépassée de peu, au grand soulagement des fans,
si bien que le deuxième chapitre suit un mois après. En août 2000, dans une
nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un nombre de téléchargements
légèrement inférieur à celui du premier chapitre. Il en attribue la cause à une
publicité moindre et à des problèmes de téléchargement. Si le nombre de
téléchargements n’a que légèrement décru, le nombre de paiements est en nette
diminution, les internautes ne réglant leur dû qu’une seule fois pour plusieurs
téléchargements. L’auteur s’engage toutefois à publier le troisième chapitre
comme prévu, fin septembre, et à prendre une décision ensuite sur la poursuite
ou non de l’expérience, en fonction du nombre de paiements. Ses prévisions sont
de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre total de 1,7 million de
téléchargements. Le ou les derniers chapitres seraient gratuits.
Plus volumineux (environ 10.000 signes au lieu de 5.000), les chapitres 4 et 5
passent à 2 dollars. Mais le nombre de téléchargements et de paiements ne cesse
de décliner: 40.000 téléchargements seulement pour le cinquième chapitre, alors
que le premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46%
des téléchargements seulement.
Fin novembre, Stephen King annonce l’interruption de la publication pendant une
période indéterminée, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable
gratuitement à la mi-décembre. «The Plant va retourner en hibernation afin que
je puisse continuer à travailler, précise-t-il sur son site. Mes agents
insistent sur la nécessité d’observer une pause afin que la traduction et la
publication à l’étranger puissent rattraper la publication en anglais.» Mais
cette décision semble d’abord liée à l’échec commercial de l’expérience.
Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à l’auteur au
moins un mérite, celui d’avoir été le premier à se lancer dans l’aventure, avec
les risques qu’elle comporte. Entre juillet et décembre 2000, pendant les six
mois qu’elle aura duré, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de The
Plant, à commencer par les éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui
pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel. Quand Stephen King décide
d’arrêter l’expérience, plusieurs journalistes et critiques littéraires
affirment qu’il se ridiculise aux yeux du monde entier. N’est-ce pas un peu
exagéré? L’auteur avait d’emblée annoncé la couleur puisqu’il avait lié la
poursuite de la publication à un pourcentage de paiements satisfaisant.
Qu’est-il advenu ensuite des expériences numériques de Stephen King? L’auteur
reste très présent dans ce domaine, mais cette fois par le biais de son éditeur.
En mars 2001, son roman Dreamcatcher est le premier roman à être lancé
simultanément en version imprimée par Simon & Schuster et en version numérique
par Palm Digital Media, pour lecture sur les assistants personnels Palm Pilot et
Pocket PC. En mars 2002, son recueil de nouvelles Everything’s Eventual est lui
aussi publié simultanément en deux versions: en version imprimée par Scribner,
subdivision de Simon & Schuster, et en version numérique par Palm Digital Media,
qui en propose un extrait en téléchargement libre.
= Deux expériences européennes
En novembre 2000, deux Européens, l’anglais Frederick Forsyth et l’espagnol
Arturo Pérez-Reverte, décident eux aussi de tenter l’aventure numérique. Mais,
forts de l’expérience d’auto-publication de Stephen King peut-être, ni l’un ni
l’autre n’ont l’intention de se passer d’éditeur.
Frederick Forsyth, le maître britannique du thriller, aborde la publication
numérique avec l’appui de l’éditeur électronique londonien Online Originals. En
novembre 2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d’un crime violent
commis à Londres et premier volet de Quintet, une série de cinq nouvelles
électroniques (annoncées dans l’ordre suivant: The Veteran, The Miracle, The
Citizen, The Art of the Matter, Draco). Disponible en trois formats (PDF,
Microsoft Reader et Glassbook Reader), la nouvelle est vendue au prix de 3,99
pounds (6,60 euros) sur le site de l’éditeur et dans plusieurs librairies en
ligne au Royaume-Uni (Alphabetstreet, BOL.com, WHSmith) et aux Etats-Unis
(Barnes & Noble, Contentville, Glassbook).
«La publication en ligne sera essentielle à l’avenir, déclare Frederick Forsyth
sur le site d’Online Originals. Elle crée un lien simple et surtout rapide et
direct entre le producteur original (l’auteur) et le consommateur final (le
lecteur), avec très peu d’intermédiaires. Il est passionnant de participer à
cette expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles
technologies. Je n’ai jamais vu de livre numérique. Mais je n’ai jamais vu non
plus de moteur de Formule 1, ce qui ne m’empêche pas de constater combien ces
voitures de course sont rapides.»
La première expérience numérique d’Arturo Pérez-Reverte est un peu différente.
La série best-seller du romancier espagnol relate les aventures du Capitan
Alatriste au 17e siècle. Le nouveau titre à paraître en 2000 s’intitule El Oro
del Rey. En novembre 2000, en collaboration avec son éditeur Alfaguara, l’auteur
décide de diffuser El Oro del Rey en version numérique sur un site spécifique du
portail Inicia, en exclusivité pendant un mois, avant sa sortie en librairie. Le
roman est disponible au format PDF pour 2,90 euros, un prix très inférieur aux
15,10 euros annoncés pour le livre imprimé.
Résultat de l’expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Un mois après la mise en ligne du roman, on compte
332.000 téléchargements, avec paiement par 12.000 lecteurs seulement. A la même
date, Marilo Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia, explique
dans un communiqué: «Pour tout acheteur du livre numérique, il y avait une clé
pour le télécharger en 48 heures sur le site internet et, surtout au début,
beaucoup d’internautes se sont échangés ce code d’accès dans les forums de
dialogue en direct (chats) et ont téléchargé leur exemplaire sans payer. On a
voulu tester et cela faisait partie du jeu. Arturo Pérez-Reverte voulait surtout
qu’on le lise.» En 2006, les cinq premiers tomes de cette saga littéraire
devenue un succès planétaire ont été vendus à 4 millions d’exemplaires. Ils sont
également condensés dans le film Alatriste, une superproduction espagnole de 20
millions d’euros.
= Des centaines de titres