Autre initiative originale, qui débute en octobre 1997, une politique de grosses

remises, chose inconnue jusque-là. La librairie propose des remises allant

jusqu’à 45%, prenant le risque d’une guerre des prix et des droits avec les

libraires et les éditeurs traditionnels. L’idée est ensuite reprise

outre-Atlantique. Principale chaîne de librairies traditionnelles aux

Etats-Unis, avec 480 librairies réparties dans tout le pays, Barnes & Noble

décide de se lancer dans la vente en ligne en créant en mai 1997 son site

barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent d’Amazon et

déclenche lui aussi une guerre des prix - puisque le prix du livre est libre aux

Etats-Unis - à la grande satisfaction des internautes, qui, sur l’un ou l’autre

site, se voient parfois offrir des réductions allant jusqu’à 50% pour certains

titres.

En octobre 1997, l’Internet Bookshop attend également la réaction des libraires

et des éditeurs traditionnels à sa décision de vendre des livres provenant des

Etats-Unis, une initiative débutée un mois auparavant. Une deuxième librairie en

ligne britannique, Waterstone’s (rachetée ensuite par Amazon), songe elle aussi

à introduire des titres américains dans son catalogue, à partir de janvier 1998.

The Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni,

a fort à faire pour étudier les doléances de ceux-ci, jointes à celles des

libraires traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la

vente de titres américains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi

faire interdire l’activité des librairies en ligne américaines au Royaume-Uni,

sous-entendu: qu’elles ne puissent pas vendre de livres à des clients

britanniques. Sur le site web de l’Internet Bookshop, en 1997 et 1998, la

rubrique iBS News permet de suivre pas à pas le combat engagé par les libraires

en ligne contre les associations d’éditeurs et de libraires traditionnels, afin

d’obtenir la suppression totale des frontières pour la vente des livres. Comme

on le voit, ce qui nous paraît évident maintenant ne l’était guère il y a dix

ans. Mais, de par la structure même de l’internet, l’abolition des frontières

dans le marché du livre est inévitable, et les librairies en ligne européennes

ne tardent pas à suivre l’exemple de l’Internet Bookshop.

Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l’Union

européenne est conclu en décembre 1997. L’internet est considéré comme une zone

de libre-échange, c’est-à-dire sans droits de douane pour les logiciels, les

films et les livres achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres

services sont soumis au régime existant dans les pays concernés, avec perception

de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sans frais de douane supplémentaires. Cet

accord-cadre est suivi ensuite d’une convention internationale.

Quelques années plus tard, l’Internet Bookshop ancienne formule est intégré à la

librairie en ligne de la chaîne de librairies WHSmith. En 2007, un Internet

Bookshop nouvelle formule, dénommé Internet Bookshop UK (IBUK), se trouve être

la troisième librairie en ligne mondiale, avec un stock de 2 millions de livres

neufs, épuisés, anciens et d’occasion, et 4.000 nouveaux titres par semaine. Ses

locaux sont implantés dans un cadre idyllique, à Cambridge, village du comté du

Gloucestershire, au sud-ouest de l’Angleterre.

= Librairies en ligne francophones

Fondée en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les

livres, disques et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000

articles, avec paiement sécurisé. Sur le site bilingue français-anglais, la

recherche est possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est

disponible sur minitel (3615 Alapage).

Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intégrée

plus tard à Alapage) qui assure elle aussi la vente par correspondance de

produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia.

En octobre 1997, les deux librairies décident de créer le premier prix

littéraire francophone sur l’internet. Comme indiqué à la même date sur leurs

sites respectifs: «1) C’est la première fois que l’on utilise le support

internet pour organiser un vote autour d’un prix littéraire. 2) C’est la

première fois qu’est constitué un jury littéraire composé d’un potentiel aussi

important et diversifié de votants, fidèle reflet de la diffusion de la culture

française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs de tous horizons,

disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur avis sur

l’ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de fin

d’année. 3) C’est la première fois qu’est imaginé un instrument de mesure de la

satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas seulement

un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il.» Un vote est

organisé entre le 20 octobre et le 9 novembre 1997 auprès des internautes. Afin

d’éviter les votes multiples, chaque voix n’est validée que si la fiche de vote

est scrupuleusement remplie. Toute fiche double est annulée. Ce premier prix

littéraire des internautes est remporté par Marc Trillard pour son roman Coup de

lame, paru aux éditions Phébus.

A Alapage et Novalis vient s’ajouter une troisième librairie en ligne,

Chapitre.com, librairie indépendante créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion.

Son catalogue de 350.000 titres est complété par une bouquinerie, un choix

d’éditeurs, une sélection de 1.000 sites littéraires et culturels, ainsi qu’une

revue des littératures intitulée Tête de chapitre.

Contrairement à leurs homologues anglophones, les libraires en ligne français ne

peuvent se permettre les réductions substantielles proposées par leurs collègues

des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, pays dans lesquels le prix du livre est libre.

Si la loi française sur le prix unique du livre leur laisse peu de latitude, les

libraires sont toutefois optimistes sur les perspectives d’un marché francophone

international. Dès 1997, un nombre significatif de commandes provient de

l’étranger, par exemple 10% des commandes pour le service en ligne de la Fnac.

Alapage rejoint le groupe France Télécom en septembre 1999 puis devient en

juillet 2000 une filiale à part entière de Wanadoo, le fournisseur d’accès

internet de France Télécom. Quant à Chapitre.com, il comprend désormais

plusieurs secteurs: livres neufs, livres neufs à prix réduit, livres anciens,

revues anciennes ou épuisées, gravures et affiches.

Alapage, Chapitre.com, la Fnac et quelques autres voient débarquer avec

inquiétude Amazon.fr, la filiale qu'Amazon ouvre en août 2000 dans l’hexagone.

Un mois après son lancement, Amazon.fr est à la seconde place des sites de biens

culturels français, après la Fnac. La société de mesure d’audience Media Metrix

Europe donne les chiffres suivants pour septembre 2000: 40.000 requêtes

individuelles pour Fnac.com, 217.000 requêtes pour Amazon.fr, 209.000 requêtes

pour Alapage et 74.000 requêtes pour BOL.fr, la succursale française de

l'européen BOL.com (BOL: Bertelsmann On Line).

Le nombre de librairies en ligne s’avère toutefois trop élevé par rapport au

marché existant. En juillet 2001, BOL.com annonce la fermeture de BOL.fr, créé

deux ans auparavant par les deux géants des médias Bertelsmann et Vivendi. A la

même date, les difficultés rencontrées par d’autres libraires en ligne montrent

la nécessité de revoir à la baisse des prévisions quelque peu optimistes, afin

de laisser à la clientèle le temps de s’habituer à ce nouveau mode d’achat.

4.2. Expériences de libraires

= Librairies traditionnelles

Qu’en est-il des librairies traditionnelles? A la fin des années 1990, les

chaînes de librairies ont toutes une librairie en ligne à côté de leur réseau de

librairies «en dur». C’est le cas notamment de la Fnac, de Virgin, de France

Loisirs, ou encore du Furet du Nord, qui dessert le Nord de la France, et de

Decitre, qui dessert la région Rhône-Alpes.

Le site de la Fnac ouvre sur le logo «fnac» blanc et ocre bien connu. Présente

en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, selon ses propres termes, se veut

à la fois défricheur, agitateur culturel et commerçant, et se définit par «une

politique commerciale fondée sur l’alliance avec le consommateur, sa vocation

culturelle et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies». La Fnac crée

un magazine littéraire en ligne et ouvre un secteur «commerce électronique»

permettant de commander livres, disques, vidéos et CD-Rom par internet, minitel

ou téléphone. La livraison est possible en France comme à l’étranger. Les modes

de paiement sont la carte de crédit ou le chèque à la commande.

Le Furet du Nord est une chaîne de librairies implantée dans le Nord de la

France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base de

données de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un

suivi permanent de l’actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à

20% du chiffre d’affaires total de l’entreprise. Les meilleurs clients sont les

écoles, les universités, les comités d’entreprise et les ambassades.

La chaîne de librairies Decitre officie dans la région Rhône-Alpes. Ses neuf

librairies sont particulièrement dynamiques dans le domaine de l’informatique,

du multimédia et de l’internet, avec des présentations régulières de nouveaux

CD-Rom et des initiations à l’internet. Créé en 1996, le site est remanié en

décembre 1997. «Notre site est pour l’instant juste un moyen de communication de

plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients

bibliothèques et centres de documentation», explique en juin 1998 Muriel Goiran,

libraire. «Nous avons découvert son importance en organisant DocForum, le

premier forum de la documentation et de l’édition spécialisée, qui s’est tenu à

Lyon en novembre 1997. Il nous est apparu clairement qu’en tant que libraires,

nous devions avoir un pied dans le net. Internet est très important pour notre

avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres français à

partir de fin juillet 1998, et elle sera en accès gratuit pour des recherches

bibliographiques. Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète Livre,

mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet.»

Spécialisée dans les ouvrages scientifiques, la librairie Interférences serait

la première librairie française à avoir créé un site web, dès 1995. Le Monde en

Tique propose quant à lui un catalogue de 37.000 titres sur l’informatique, les

nouvelles technologies, le multimédia et l’internet.

Mais la vente à distance n’est pas l’apanage des grandes librairies ni des

librairies à vocation scientifique et technique, comme le montrent les exemples

qui suivent, pris dans les librairies de voyage et les librairies d’ancien.

= Librairies de voyage

Fondée en 1985 par Hélène Larroche, Itinéraires est une librairie de voyages

située au cœur de Paris, rue Saint-Honoré, dans l’ancien quartier des Halles. La

librairie propose guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de

voyage, livres de cuisine, livres d’art et de photos, ouvrages d’histoire, de

civilisation, d’ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et ceci

pour 160 pays et 250 destinations. «Le monde en mémoire», tel est le sous-titre

de son site bilingue français-anglais.

Dès les débuts de la librairie, le personnel crée une base de données avec

classement des livres par pays et par sujets. Dix ans après, en 1995, la

consultation du catalogue est possible sur minitel. Trois ans plus tard, la

librairie est présente sur le web. En juin 1998, Hélène Larroche relate: «Il y a

un peu plus de trois ans, nous avons rendu la consultation de notre base de

données possible sur minitel et effectuons près de 10% de notre chiffre

d’affaires avec la vente à distance. Passer du minitel à internet nous semblait

intéressant pour atteindre la clientèle de l’étranger, les expatriés désireux de

garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d’une

librairie qui "livre à domicile" et bien sûr les "surfeurs sur le net", non

minitélistes.

La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié

notre chiffre d’affaires de façon significative. Internet a cependant eu une

incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d’une rubrique

sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des

livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment

ou/et pour lesquels la critique s’emballe. Nous avons toutefois décidé de

limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un

changement non négligeable, c’est le temps qu’il faut dégager ne serait-ce que

pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. Outre le

bénéfice pour l’image de la librairie qu’internet peut apporter (et dont nous

ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle

dans notre spécialité (la connaissance des pays étrangers), atteindre et

intéresser les expatriés et augmenter nos ventes à l’étranger.»

En janvier 2000, Hélène Larroche ajoute: «Un net regain de personnes viennent à

notre librairie après nous avoir découvert sur le web. C’est plutôt une

clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour pouvoir feuilleter

sur place ce que l’on a découvert sur le web. Mais l’expérience est très

intéressante et nous conduit à poursuivre.»

D’autres librairies se débrouillent au mieux avec des moyens limités, comme la

librairie Ulysse, sise elle aussi à Paris, dans l’île Saint-Louis. Créée en 1971

par Catherine Domain, elle est la première librairie au monde uniquement

consacrée au voyage. Ses 20.000 livres, cartes et revues neufs et d’occasion

recèlent des documents introuvables ailleurs. A la fois libraire et grande

voyageuse, Catherine Domain est membre du Syndicat national de la librairie

ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club international

des grands voyageurs. En 1999, elle décide de se lancer dans un voyage autrement

plus ingrat, virtuel cette fois-ci, à savoir la réalisation d’un site web en

autodidacte. «Mon site est embryonnaire et en construction, raconte-t-elle en

novembre 2000. Il se veut à l’image de ma librairie, un lieu de rencontre avant

d’être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir ! Internet me

prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne

m’ennuie pas...» Elle est toutefois assez pessimiste sur l’avenir des librairies

comme la sienne. «Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être

dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et aussi de

trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet chez eux ! Mais j’ai

peu d’espoir...»

= Librairies d’ancien

L’internet permet aux libraires d’ancien de considérablement élargir leur champ

d’action. Dans un domaine où la vente par correspondance sur catalogue a

toujours été primordiale, l’internet vient à point nommé pour faciliter les

transactions. Courriel, listes de diffusion, bases de données sur le web et

commerce électronique prennent le relais des méthodes traditionnelles.

Pascal Chartier est le gérant de la librairie du Bât d’Argent (Lyon). Dès

novembre 1995, il crée Livre-rare-book, un site professionnel de livres

d’occasion, anciens et modernes disponible en français et en anglais. Un

catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs librairies de la région,

situées à Lyon, Moulins, Dijon et Naples. Il est complété par un annuaire

international des librairies d’occasion. Pascal Chartier considère le web comme

«une vaste porte», à la fois pour lui et pour ses clients. L’internet est

«peut-être la pire et la meilleure des choses. La pire parce qu’il peut générer

un travail constant sans limite et la dépendance totale. La meilleure parce

qu’il peut s’élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!»,

écrit-il en juin 1998. En août 2003, Livre-rare-book propose un catalogue de

plus d’un million de livres émanant de quelque 320 librairies situées en France

et à l’étranger, et un annuaire international recensant près de 4.000

librairies. Le catalogue comprend 2 millions de livres émanant de 500 librairies

en septembre 2005, et 2,6 millions de livres émanant de 550 librairies en

décembre 2006.

Autre réalisation, celle du Syndicat national de la librairie ancienne et

moderne (SLAM), un syndicat professionnel regroupant 220 librairies françaises.

Le SLAM met en ligne un premier site web en 1997, remplacé par une nouvelle

version de conception plus dynamique en juillet 1999. Alain Marchiset, président

du SLAM, explique en juillet 2000: «Ce site intègre une architecture de type

"base de données", et donc un véritable moteur de recherche, qui permet de faire

des recherches spécifiques (auteur, titre, éditeur, et bientôt sujet) dans les

catalogues en ligne des différents libraires. Le site contient l’annuaire des

libraires avec leurs spécialités, des catalogues en ligne de livres anciens avec

illustrations, un petit guide du livre ancien avec des conseils et les termes

techniques employés par les professionnels, et aussi un service de recherche de

livres rares. De plus, l’association organise chaque année en novembre une foire

virtuelle du livre ancien sur le site, et en mai une véritable foire

internationale du livre ancien qui a lieu à Paris et dont le catalogue officiel

est visible aussi sur le site. (...)

Les libraires membres proposent sur le site du SLAM des livres anciens que l’on

peut commander directement par courriel et régler par carte de crédit. Les

livres sont expédiés dans le monde entier. Les libraires de livres anciens

vendaient déjà par correspondance depuis très longtemps au moyen de catalogues

imprimés adressés régulièrement à leurs clients. Ce nouveau moyen de vente n’a

donc pas été pour nous vraiment révolutionnaire, étant donné que le principe de

la vente par correspondance était déjà maîtrisé par ces libraires. C’est

simplement une adaptation dans la forme de présentation des catalogues de vente

qui a été ainsi réalisée. Dans l’ensemble, la profession envisage assez

sereinement ce nouveau moyen de vente.»

Résolument optimiste en 1999 et 2000, la profession revoit ensuite ses

espérances à la baisse. En juin 2001, Alain Marchiset écrit: «Après une

expérience de près de cinq années sur le net, je pense que la révolution

électronique annoncée est moins évidente que prévue, et sans doute plus

"virtuelle" que réelle pour le moment. Les nouvelles technologies n’ont pas

actuellement révolutionné le commerce du livre ancien. Nous assistons surtout à

une série de faillites, de rachats et de concentrations de sociétés de services

(principalement américaines) autour du commerce en ligne du livre, chacun

essayant d’avoir le monopole, ce qui bien entendu est dangereux à la fois pour

les libraires et pour les clients qui risquent à la longue de ne plus avoir de

choix concurrentiel possible. Les associations professionnelles de libraires des

29 pays fédérées autour de la Ligue internationale de la librairie ancienne

(LILA) ont décidé de réagir et de se regrouper autour d’un gigantesque moteur de

recherche mondial sous l’égide de la LILA. Cette fédération représente un

potentiel de 2.000 libraires indépendants dans le monde, mais offrant des

garanties de sécurité et de respect de règles commerciales strictes. Ce nouveau

moteur de recherche de la LILA (ILAB en anglais) en pleine expansion est déjà

référencé par AddALL et BookFinder.com.»

4.3. Numilog, librairie numérique

Les librairies en ligne vendront-elles un jour le texte intégral des livres en

version électronique?, se demande-t-on en 1998. Dans ce cas, l’inévitable délai

dû à l’envoi postal disparaîtra, puisque les fichiers électroniques pourront

parvenir au lecteur en un temps infime via l’internet. Deux ans plus tard, c’est

chose faite avec le lancement des premières librairies numériques.

Les librairies en ligne Amazon.com et Barnes & Noble.com ouvrent toutes deux un

secteur numérique à quelques mois d’intervalle. Barnes & Noble.com ouvre son

secteur eBooks en août 2000, suite à un accord passé avec Microsoft en janvier

2000 pour la vente de livres lisibles sur son nouveau logiciel de lecture, le

Microsoft Reader. Amazon.com suit son concurrent de peu. Après avoir conclu une

alliance avec Microsoft en août 2000, Amazon ouvre son service eBooks en

novembre 2000, avec 1.000 titres disponibles au départ. En septembre 2001,

Yahoo! leur emboîte le pas en créant son eBook Store, suite à des accords passés

avec de grands éditeurs: Penguin Putnam, Simon & Schuster, Random House et

HarperCollins.

Mais les librairies numériques ne sont pas l’apanage des mastodontes du métier,

comme en témoigne l’activité de Numilog, une librairie numérique qui ouvre ses

portes en octobre 2000 pour devenir rapidement la grande librairie numérique

francophone du réseau.

En février 2001, Denis Zwirn, président de Numilog, relate: «Dès 1995, j’avais

imaginé et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d’emporter

sa bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche. Début 1999, j’ai

repris ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en

réalisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture

électronique mobiles et le développement d’internet, qui permet d’acheminer les

livres dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...)

Nous avons créé une base de livres accessible par un moteur de recherche. Chaque

livre fait l’objet d’une fiche avec un résumé et un extrait. En quelques clics,

il peut être acheté en ligne par carte bancaire, puis reçu par e-mail ou

téléchargement.»

Le site offre ensuite «des fonctionnalités nouvelles, comme l’intégration d’une

"authentique vente au chapitre" (les chapitres vendus isolément sont traités

comme des éléments inclus dans la fiche-livre, et non comme d’autres livres) et

la gestion très ergonomique des formats de lecture multiples».

Fondée en avril 2000 par Denis Zwirn, la société Numilog a en fait une triple

activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur. «Numilog est

d’abord une librairie en ligne de livres numériques, explique Denis Zwirn en

2001. Notre site internet est dédié à la vente en ligne de ces livres, qui sont

envoyés par courrier électronique ou téléchargés après paiement par carte

bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres. Numilog est

également un studio de fabrication de livres numériques: aujourd’hui, les livres

numériques n’existent pas chez les éditeurs, il faut donc d’abord les fabriquer

avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats négociés avec les

éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir à des formats

convenant aux différents "readers" du marché. (...) Enfin Numilog devient aussi

progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il est important d’être présent

en de très nombreux points du réseau pour faire connaître son offre. Pour les

livres en particulier, il faut les proposer aux différents sites thématiques ou

de communautés, dont les centres d’intérêt correspondent à leur sujet (sites de

fans d’histoire, de management, de science-fiction...). Numilog facilitera ainsi

la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numériques" thématiques.»

Répartis à l’origine en trois grandes catégories - savoir, guides pratiques et

littérature - les livres sont disponibles en plusieurs formats: format PDF

(portable document format) pour lecture sur l’Acrobat Reader et l’Adobe Reader,

format LIT (abrégé du terme anglais «literature») pour lecture sur le Microsoft

Reader et format PRC (Palm resource) pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en

français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d’éditeurs,

le but à long terme étant de «permettre à un public d’internautes de plus en

plus large d’avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi

importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de

richesse d’utilisation et à moindre prix».

Les mutations du livre · 第 3 / 29 段