un pari aussi fou, catalysant du même coup les bonnes volontés européennes à
l’est comme à l’ouest. Fondé en 1997, le Projet Rastko est une initiative non
gouvernementale à vocation culturelle et pédagogique. L’un de ses objectifs est
la mise en ligne de la culture serbe. Il fait partie de la Balkans Cultural
Network Initiative, un réseau culturel régional couvrant la péninsule des
Balkans, située au sud-est de l’Europe.
En mai 2005, Distributed Proofreaders Europe fête le centième livre numérisé par
ses soins, avec mise en ligne de ces cent livres le mois suivant sur le site du
Projet Gutenberg Europe. En décembre 2006, DP Europe comptabilise 400 livres
numérisés. La règle utilisée pour définir le domaine public est l’équation
«décès de l’auteur + 70 ans», qui correspond à la législation en vigueur dans
l’Union européenne. DP Europe utilise l’Unicode pour pouvoir traiter des livres
dans un grand nombre de langues. Créé en 1991 et largement répandu à partir de
1998, l’Unicode est un système d’encodage qui attribue un code unique à chaque
caractère pour être en mesure de traiter toutes les langues, contrairement à
l’ASCII qui ne peut traiter que l’anglais et quelques langues européennes.
3.5. Du passé vers l’avenir
Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc réussi. Le Projet Gutenberg
compte 10 livres en août 1989, 100 livres en janvier 1994, 1.000 livres en août
1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en décembre 2000, 4.000 livres en
octobre 2001, 5.000 livres en avril 2002, 10.000 livres en octobre 2003, 15.000
livres en janvier 2005 et 20.000 livres en décembre 2006, avec une prévision
d’un million de livres d’ici 2015.
Mais les résultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement à ces
chiffres, qui restent assez modestes par rapport à la production imprimée. Les
résultats se mesurent également à l’influence du projet, qui est considérable.
Premier site d’information sur l’internet et première bibliothèque numérique, le
Projet Gutenberg a inspiré bien d’autres bibliothèques numériques depuis, par
exemple le Projekt Runeberg pour la littérature scandinave ou le Projekt
Gutenberg-DE pour la littérature allemande, pour n’en citer que deux. Fondé en
décembre 1992 par Lysator, un club informatique d’étudiants, en collaboration
avec la Linköping University Library (Suède), le Projekt Runeberg regroupe 200
oeuvres appartenant à la littérature nordique. Créé en 1994, le Projekt
Gutenberg-DE (désormais hébergé sur le site de l’hebdomadaire Der Spiegel)
comprend 200 titres de littérature allemande et de littérature étrangère en
allemand.
La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite au
strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots : «Less is more.»
Michael Hart insiste régulièrement sur la nécessité d’un cadre aussi souple que
possible laissant toute initiative aux volontaires, et la porte grande ouverte
aux idées nouvelles. Le but est d’assurer la pérennité du projet indépendamment
des crédits, des coupures de crédits et des priorités politiques et culturelles
du moment. Pas de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et
respect à l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé
pendant de nombreuses années, si ce n’est pour plusieurs générations, d’où
l’intérêt d’un format numérique qui soit toujours valable dans quelques siècles.
Le suivi régulier du projet est assuré grâce à une lettre d’information
hebdomadaire et mensuelle et des forums de discussion.
Les dons servent à financer des ordinateurs et des scanners, et à envoyer des CD
et DVD gratuits à ceux qui en font la demande. Suite au CD «Best of Gutenberg»
disponible en août 2003 avec une sélection de 600 titres et à un premier DVD
disponible en décembre 2003 avec 9.400 titres, un deuxième DVD est disponible en
juillet 2006 avec 17.000 titres sur les 19.000 titres que comprennent désormais
les collections. Le contenu des CD et DVD est également téléchargeable sur le
site de BitTorrent. Créé en 2000, le PGLAF (Project Gutenberg Literary Archive
Foundation) emploie en tout et pour tout trois personnes à temps partiel.
Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable inventeur de
l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens étymologique, à savoir un livre
numérisé pour diffusion sous forme de fichier électronique, celui-ci aurait 35
ans et serait né avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternité
beaucoup plus réconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propriétaire ayant émaillé le début des années 2000. Il n’y a aucune raison pour
que la dénomination «ebook» ne désigne que l’ebook commercial et soit réservée
aux Amazon, Barnes & Noble, Gemstar et autres. L’ebook non commercial est un
ebook à part entière, et non un parent pauvre, tout comme l’édition électronique
non commerciale est une forme d’édition à part entière, et tout aussi valable
que l’édition commerciale. En 2003, les etexts du Projet Gutenberg deviennent
des ebooks, pour coller à la terminologie ambiante.
En juillet 1971, l’envoi d’un fichier de 5 Ko (kilo-octets) à cent personnes
aurait fait sauter l’embryon de réseau disponible à l’époque. En novembre 2002,
le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du Human Genome Project
(Le séquençage du génome humain), chaque fichier se chiffrant en dizaines sinon
en centaines de mégaoctets. Ceci peu de temps après sa parution initiale en
février 2001, puisqu’il appartient d’emblée au domaine public. En 2004, la
capacité de stockage des disques durs est telle qu’il serait possible de faire
tenir l’intégralité de la Library of Congress sur un support de stockage coûtant
140 dollars US. Et quelques années seulement nous sépareraient d’une clé USB
permettant de stocker l’intégralité du patrimoine écrit de l’humanité.
Qu’en est-il des documents autres que l’écrit? En septembre 2003, le Projet
Gutenberg se lance dans la diffusion de livres audio. En décembre 2006, on
compte 367 titres lus par une synthèse vocale (Audio Book, computer-generated)
et 132 titres lus par l’être humain (Audio Book, human-read). Le nombre de ces
derniers devrait fortement augmenter dans un proche avenir. Par contre, les
titres lus par une synthèse vocale ne devraient plus être stockés dans une
section spécifique, mais réalisés à la demande à partir des fichiers
électroniques existant dans les collections générales. Les lecteurs aveugles ou
malvoyants pourront utiliser une commande vocale pour demander le texte de tel
ou tel livre.
Lancée à la même époque, la section The Sheet Music Subproject est consacrée aux
partitions musicales numérisées (Music, Sheet). Elle est complétée par une
section d’enregistrements musicaux (Music, recorded). Des sections sont
également disponibles pour les images fixes (Pictures, still) et animées
(Pictures, moving). Ces nouvelles collections devraient être développées dans
les prochaines années.
Mais la numérisation des livres reste prioritaire. Et la demande est énorme. En
témoigne le nombre de téléchargements, qui se comptent désormais en dizaines de
milliers par jour. A la date du 31 juillet 2005, on compte 37.532 fichiers
téléchargés dans la journée, 243.808 fichiers téléchargés dans la semaine et
1.154.765 fichiers téléchargés dans le mois. A la date du 6 mai 2007, on compte
89.841 fichiers téléchargés dans la journée, 697.818 fichiers téléchargés dans
la semaine et 2.995.436 fichiers téléchargés dans le mois. Courant mai, la
nombre de téléchargements mensuels atteint la barre des trois millions. Ceci
uniquement pour le principal site de téléchargement, ibiblio.org (basé à
l’Université de Caroline du Nord, Chapel Hill, Etats-Unis), qui héberge aussi le
site du Projet Gutenberg. Le deuxième site de téléchargement est l’Internet
Archive, qui met également à disposition une capacité de stockage considérable.
Un «Top 100» recense les cent titres et les cent auteurs les plus téléchargés
dans la journée, dans la semaine et dans le mois. Le Projet Gutenberg dispose de
38 sites miroirs répartis dans de nombreux pays, et il en cherche d’autres. La
circulation des fichiers se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet
d’échanger des fichiers directement d’un utilisateur à l’autre.
Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider à combler la fracture numérique.
Ils sont aisément téléchargeables sur PDA. Un ordinateur ou un PDA d’occasion ne
coûte que quelques dollars ou quelques dizaines de dollars, en fonction du
modèle. Certains PDA fonctionnent à l’énergie solaire, permettant la lecture
dans les régions reculées et les pays en développement.
Lorsque, dans une dizaine d’années, les collections atteindront un million de
livres, on pourra peut-être bénéficier de leur traduction simultanée dans une
centaine de langues. En utilisant la traduction automatique qui, d’ici là,
pourrait avoir atteint un taux de fiabilité de l’ordre de 99%, un pourcentage
dont on est encore loin. En 2004, le Projet Gutenberg était en lien avec un
projet européen envisageant un logiciel de traduction automatique relayé par des
traducteurs (non pas des machines, mais des êtres humains), sur un modèle
comparable à la technologie OCR relayée par des correcteurs (non pas des
logiciels, mais des êtres humains) pour offrir un contenu de grande qualité.
35 ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se définit toujours
comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son projet, qu’il voit comme
étant à l’origine d’une révolution néo-industrielle. Il se définit aussi comme
altruiste, pragmatique et visionnaire. Après avoir été traité de toqué pendant
de nombreuses années, il force maintenant le respect. Au fil des ans, la mission
du Projet Gutenberg reste la même, à savoir changer le monde par le biais de
l’ebook gratuit indéfiniment utilisable et reproductible. L’objectif reste lui
aussi le même, à savoir la lecture et la culture pour tous à moindres frais.
Quant à la mission, elle se résume en quelques mots: «encourager la création et
la distribution d’ebooks», par autant de personnes que possible, et par tous les
moyens. Tout en prenant les virages nécessaires pour intégrer de nouvelles
idées, de nouvelles méthodes et de nouveaux supports.
D’après Michael Hart, le patrimoine écrit de l’humanité représenterait 25
millions de livres appartenant au domaine public, qui pourraient être collectés
auprès des grandes bibliothèques nationales et régionales, à raison d’un
exemplaire par livre, sans tenir compte des nombreuses éditions annotées et
commentées. Si Gutenberg a permis à chacun d’avoir des livres grâce à
l’invention de l’imprimerie, le Projet Gutenberg permet à chacun d’avoir une
bibliothèque de livres grâce au stockage de ceux-ci sur un support numérique
tenant dans un sac sinon dans une poche. Fin 2006, le Projet Gutenberg permet
d'ores et déjà à chacun d’avoir une bibliothèque numérique de 20.000 livres,
auxquels s’ajoutent les 75.000 livres provenant de diverses collections
rassemblés par le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC).
Laissons le mot de la fin à Michael Hart, à qui je demandais en août 1998 quel
était son meilleur souvenir. A l’époque, il répondait: «Le courrier que je
reçois me montre combien les gens apprécient que j’aie passé ma vie à mettre des
livres sur l’internet. Certaines lettres sont vraiment émouvantes, et elles me
rendent heureux pour toute la journée.» Quelques années après, il confirme que
sa réponse serait toujours la même.
3.6. Chronologie
1971 (juillet): Saisie par Michael Hart de The United States Declaration of
Independence (ebook #1) et diffusion d’un message auprès des cent premiers
usagers du réseau. Le Projet Gutenberg est né.
1972: Saisie de The United States Bill of Rights (ebook #2).
1973: Saisie de The United States Constitution (ebook #5).
1974-1988: Saisie de la Bible et de plusieurs pièces de Shakespeare.
1989 (août): The King James Bible (ebook #10).
1991 (janvier): Alice’s Adventures in Wonderland (ebook #11).
1991 (juin): Peter Pan (ebook #16).
1991: Numérisation d’un livre par mois.
1992: Numérisation de deux livres par mois.
1993: Numérisation de quatre livres par mois.
1993 (décembre): Constitution de trois grands secteurs: Light Literature, Heavy
Literature, Reference Literature.
1994: Numérisation de huit livres par mois.
1994 (janvier): The Complete Works of William Shakespeare (ebook #100).
1995: Numérisation de 16 livres par mois.
1996-1997: Numérisation de 32 livres par mois.
1997 (août): La Divina Commedia di Dante, en italien (ebook #1000).
1997: Lancement du Project Gutenberg Consortia Center (PGCC).
1998-2000: Numérisation de 36 livres par mois.
1999 (mai): Don Quijote, de Cervantès, en espagnol (ebook #2000).
2000: Création de la Project Gutenberg Literary Archive Foundation (PGLAF).
2000 (octobre): Conception de Distributed Proofreaders par Charles Franks pour
permettre la correction partagée.
2000 (décembre): A l’ombre des jeunes filles en fleurs (vol. 3), de Proust, en
français (ebook #3000).
2001 (août): Création du Project Gutenberg of Australia.
2001 (octobre): The French Immortals Series, en anglais (eBook #4000).
2001: Numérisation de 104 livres par mois.
2002: Affiliation officielle de Distributed Proofreaders au Projet Gutenberg.
2002 (avril): The Notebooks of Leonardo da Vinci, en anglais (ebook #5000).
2002: Numérisation de 203 livres par mois.
2003 (août): Edition d’un CD «Best of Gutenberg» contenant 600 livres.
2003 (septembre): Lancement de la section Project Gutenberg Audio eBooks.
2003 (octobre): Les collections doublent en dix-huit mois, passant de 5.000 à
10.000 livres.
2003 (octobre): The Magna Carta (ebook # 10000).
2003 (décembre): Edition du premier DVD, qui contient 9.400 livres.
2003: Numérisation de 348 livres par mois.
2003: Affiliation officielle du Project Gutenberg Consortia Center (PGCC) au
Projet Gutenberg.
2004 (janvier): Lancement du Projet Gutenberg Europe par le Projet Rastko.
2004 (janvier): Lancement de Distributed Proofreaders Europe par le Projet
Rastko.
2004 (février): Voyage de Michael Hart en Europe (Paris, Bruxelles, Belgrade).
2004 (février): Conférence de Michael Hart au siège de l’UNESCO, à Paris.
2004 (février): Visite de Michael Hart au Parlement européen, à Bruxelles.
2004 (octobre): 5.000 livres produits par Distributed Proofreaders.
2004: Numérisation de 338 livres par mois.
2005 (janvier): The Life of Reason, par George Santayana (ebook #15000).
2005 (mai): 7.000 livres produits par Distributed Proofreaders.
2005 (mai): 100 premiers livres produits par Distributed Proofreaders Europe.
2005 (juin): Le Projet Gutenberg compte 16.000 livres.
2005 (juin): Le Projet Gutenberg Europe compte 100 livres.
2005 (juillet): Premiers pas du Project Gutenberg of Canada.
2005 (octobre): 5e anniversaire de Distributed Proofreaders.
2005: Numérisation de 251 livres par mois.
2006 (janvier): Lancement de la section Project Gutenberg PrePrints.
2006 (février): 8.000 livres produits par Distributed Proofreaders.
2006 (mai): Création de la Distributed Proofreaders Foundation.
2006 (juillet): 35e anniversaire du Projet Gutenberg.
2006 (juillet): Edition d’un nouveau DVD, qui contient 17.000 livres.
2006 (novembre): Lancement du site PG News.
2006 (décembre): Le Projet Gutenberg compte 20.000 livres.
2006 (décembre): 400 livres produits par Distributed Proofreaders Europe.
2006: Numérisation de 346 livres par mois.
2007 (mars): 10.000 livres produits par Distributed Proofreaders.
2007 (avril): 1.500 livres pour Project Gutenberg of Australia.
2007 (juillet): Lancement de Project Gutenberg Canada.
2010 (estimation): Conversion automatique dans de nombreux formats.
2015 (estimation): Un million de livres au catalogue.
2015 (estimation): Conversion automatique dans cent langues différentes.
4. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB
[4.1. Dans le sillage d’Amazon / Amazon, librairie en ligne / Internet Bookshop
// 4.2. Librairies en ligne francophones // 4.3. Expériences de libraires /
Librairies traditionnelles / Librairies de voyage / Librairies d’ancien // 4.4.
Numilog, librairie numérique // 4.5. Chronologie]
Nées sur le web au milieu des années 1990, de nouvelles librairies n’ont ni
murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue, et toutes leurs transactions
s’effectuent sur le réseau. C’est le cas d’Amazon qui, sous la houlette de Jeff
Bezos, ouvre ses portes virtuelles en juillet 1995 avec dix salariés et trois
millions d’articles pour devenir rapidement un géant du commerce électronique.
D'autres librairies suivent. On peut consulter le catalogue à l’écran, lire le
résumé du livre ou même des extraits, puis passer sa commande en ligne. Cinq ans
plus tard, dans les années 2000, on voit surgir des librairies qui ne vendent
que des livres numériques, avec téléchargement des livres dans les minutes
suivant la commande.
4.1. Dans le sillage d’Amazon
= Amazon, librairie en ligne
Fondé par Jeff Bezos, Amazon.com (devenue Amazon dans le langage courant) voit
le jour en juillet 1995 à Seattle, dans l’Etat de Washington, sur la côte ouest
des Etats-Unis. Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une
étude de marché pour décider du meilleur produit de consommation à vendre sur
l’internet. Dans sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre
autres les vêtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du
classement se trouvent être les livres, les CD, les vidéos, les logiciels et le
matériel informatique.
«J’ai utilisé tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d’Amazon. Le premier critère a
été la taille des marchés existants. J’ai vu que la vente des livres
représentait un marché mondial de 82 milliards de dollars US. Le deuxième
critère a été la question du prix. Je voulais un produit bon marché. Mon
raisonnement était le suivant : puisque c’était le premier achat que les gens
allaient faire en ligne, il fallait que la somme à payer soit modique. Le
troisième critère a été la variété dans le choix : il y avait trois millions de
titres de livres alors qu’il n’y avait que 300.000 titres pour les CD, par
exemple.»
La vente de livres en ligne débute en juillet 1995, avec dix salariés et un
stock quatorze fois supérieur à celui des hypermarchés. Le catalogue en ligne
permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. On y
trouve aussi des CD, des DVD, des jeux informatiques, etc. Très attractif, le
contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un véritable magazine
littéraire proposant des extraits de livres, des entretiens avec des auteurs et
des conseils de lecture. Amazon devient le pionnier d’un nouveau modèle
économique. Son évolution rapide est suivie de près par des analystes de tous
bords.
En 1998, avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une très bonne image de
marque, Amazon est régulièrement cité comme un symbole de réussite dans le
cybercommerce. Si la librairie en ligne est toujours déficitaire, sa cotation
boursière est excellente, suite à une introduction à la Bourse de New York en
mai 1997.
En novembre 2000, la société compte 7.500 salariés, 28 millions d’articles, 23
millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon),
auxquelles s’ajoute en juin 2002 une cinquième filiale au Canada. La maison mère
diversifie ses activités. Elle vend non seulement des livres, des vidéos, des CD
et des logiciels, mais aussi des produits de santé, des jouets, des appareils
électroniques, des ustensiles de cuisine, des outils de jardinage, etc. En
novembre 2001, la vente des livres, disques et vidéos ne représente plus que 58%
du chiffre d’affaires global. Admiré par certains, le modèle économique d’Amazon
est contesté par d’autres, notamment en matière de gestion du personnel, avec
des contrats de travail précaires et de bas salaires.
Tout comme la grande librairie en ligne britannique Internet Bookshop, Amazon
offre une part des bénéfices à ses «associés» en ligne. Depuis le printemps
1997, tous les possesseurs d’un site web peuvent vendre des livres appartenant
au catalogue de la librairie et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes.
Ces associés font une sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs
propres résumés. Amazon reçoit les commandes par leur intermédiaire, expédie les
livres et rédige les factures. Les associés reçoivent un rapport hebdomadaire
d’activité. Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites
affiliés.
La présence européenne d’Amazon débute en octobre 1998. Les deux premières
filiales sont implantées en Allemagne et au Royaume-Uni. En août 2000, avec 1,8
million de clients en Grande-Bretagne, 1,2 million de clients en Allemagne et
quelques centaines de milliers de clients en France, la librairie réalise 23% de
ses ventes hors des Etats-Unis. A la même date, elle ouvre sa filiale française.
Une filiale japonaise est ouverte en octobre 2000. En novembre 2000, Amazon
ouvre un secteur eBooks, à savoir un secteur vendant des livres numériques. En
2001, les 29 millions de clients d’Amazon génèrent un chiffre d’affaires de 4
milliards de dollars US. En juin 2002, une cinquième filiale est ouverte au
Canada. Au 3e trimestre 2003, la société devient bénéficiaire pour la première
fois de son histoire. En octobre 2003, Amazon lance un service de recherche
plein texte (Search Inside the Book) qui scanne le texte intégral de 120.000
titres, un nombre promis à une croissance rapide. Amazon lance aussi son propre
moteur de recherche A9.com mais, contrairement aux autres initiatives, le succès
n’est pas au rendez-vous. Une sixième filiale est ouverte en Chine sous le nom
de Joyo en septembre 2004.
En 2004, le bénéfice net d’Amazon est de 588 millions de dollars US, dont 45%
généré par ses filiales, avec un chiffre d’affaires de 6,9 milliards de dollars.
Présent dans sept pays (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, France,
Japon, Chine) et devenu une référence mondiale du commerce en ligne, Amazon fête
ses dix ans d’existence en juillet 2005, avec 9.000 salariés et 41 millions de
clients actifs, attirés par des produits culturels, high-tech et autres aux prix
attractifs et une livraison en 48 heures maximum dans les pays hébergeant une
plateforme Amazon.
= Internet Bookshop
Basée au Royaume-Uni, l’Internet Bookshop (iBS) se trouve être la plus grande
librairie européenne en 1998, avec un catalogue de 1,4 million de titres. Moins
connue qu’Amazon, elle lance cependant à plusieurs reprises des initiatives
originales et inédites copiées ensuite par les librairies concurrentes, Amazon y
compris.
La librairie développe d’abord un système de partenariat sur le web, repris par
Amazon dans sa politique de sites affiliés. Tout possesseur d’un site web peut
devenir partenaire de l’Internet Bookshop en sélectionnant sur son propre site
un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci
prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois
et les factures. L’internaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. C’est la
première fois qu’une librairie en ligne propose une part aux bénéfices par le
biais du web, entraînant à terme la nécessité d’une nouvelle réglementation dans
ce domaine.