Vint l'hiver. On donna une fête dans l'hôtel de Georges. Tout Paris
y alla, et Mme de Marcy ayant voulu être de la fête, il fallut bien
inviter son mari. Reconnaîtrait-il sa femme? Elle était bien sûre que
non, car, selon elle, il ne l'avait jamais regardée, ce en quoi elle se
trompait. Quoiqu'il ne fût pas un dilettante, il avait fait, sans trop y
prendre garde, quelques études dans la géographie lumineuse de ce beau
corps.
--C'est étonnant, dit-il à une dame de ses amies qui le retenait comme
par malice devant _la Femme couchée_.
--Oui, lui dit-elle, cette femme couchée ressemble à la vôtre. Est-ce
que Mme de Marcy est aussi belle?
--Pourquoi pas?
--Est-ce qu'elle a aussi un grain de beauté sous le sein?
Le marquis tressaillit.
--Je ne me souviens pas.
Mais M. de Marcy se souvenait très bien. Une secousse de jalousie
l'emporta vers sa femme; dans sa colère, il ne pouvait plus parler.
--Madame....
--Monsieur....
Il l'entraîna sous _la Femme couchée_.
--C'est vous qui êtes là?
--Moi. Vous êtes fou.
Sa main tenaillait la main de sa femme.
--Ce grain de beauté?
Ce maudit grain de beauté s'était accentué peu à peu dans la blancheur
du sein, quoique le peintre l'eût à peine indiqué.
--Est-ce que j'ai un grain de beauté? demanda Mme Marcy en jouant la
surprise: C'est sans doute votre maîtresse qui a un grain de beauté?
Le soir même, le mari commença son enquête, oubliant un peu trop qu'il
avait scandalisé le monde parisien avec une traînée, une mafflue, une
déplumée des Folies-Bergères.
Le lendemain, cet homme qui ne se croyait pas jaloux se réveilla un
Othello, décidé à se venger cruellement s'il apprenait que sa femme eût
posé pour la galerie.