Eusèbe avait oublié cette aventure, comme aurait dit le commandant
de Vic, lorsqu'un matin, Adéonne, pâle et tremblante, l'embrassa
avec tendresse et lui remit un papier timbré.
--Tu t'es battu, mon Eusèbe! s'écria-t-elle, tu t'es battu et tu
ne me l'avais pas dit?
--C'est vrai, répondit le jeune homme.
--Oh! c'est mal! bien mal de ta part.
--Qu'est ce papier?
--Lis.
Ce papier était une assignation dans laquelle le sieur Eusèbe
Martin, auteur de coups et blessures sur la personne du sieur
Ravaud, se disant de la Saulaye, délit prévu par l'article,
etc., etc., était sommé de se rendre le mercredi suivant, devant
monsieur de la Varade, juge d'instruction à Versailles. Ce même
papier prétendait que, faute par lui de ce faire, il serait
décerné un mandat d'amener.
Eusèbe prit l'assignation et fut demander des éclaircissements à
Clamens. Le vaudevilliste le rassura en lui disant qu'il était
assigné lui-même et que cela n'avait qu'une importance médiocre.
--Nous serons condamnés à quelques cents francs d'amende, à
quelques mois de prison, tout sera dit; ne vous alarmez pas.
--Ainsi, reprit Eusèbe, un monsieur s'est plu à calomnier une
femme, j'ai exposé ma vie contre la sienne quand j'aurais pu
simplement l'étrangler, et il faudra encore que je donne de
l'argent et que je subisse avec vous et Paul une condamnation?
--Naturellement, répondit le vaudevilliste.
--Mais lui sera condamné aussi, j'espère? reprit Eusèbe avec
véhémence.
--Pas le moins du monde; il sera bel et bien acquitté, d'abord
parce qu'il a eu tort, et ensuite parce que vous vous êtes fait
justice par vos mains.
--Mais si je l'avais tué?
--Comme le combat a été loyal, nous aurions été absous.
--Ah! s'écria le jeune Martin, mon père m'avait bien dit qu'il ne
fallait jamais faire les choses à demi.