I’ay tant & si long temps excusé tes excuses,
Moy-mesme ie me suis mille fois démenty,
Estimant que ton cœur par douceur diuerty,
Tiendroit ses laschetez à quelque conscience:
Mais en fin ton humeur force ma patience.
I’accuse ma foiblesse, & sage à mes despens,
Si ie t’aymay iadis ores ie m’en repens,
Et brisant tous ces nœuds, dont i’ay tant fait de conte,
Ce qui me fut honneur m’est ores vne honte.
Pensant m’oster l’esprit, l’esprit tu m’as rendu,
I’ay regaigné sur moy ce que i’auois perdu,
Ie tire vn double gain d’vn si petit dommage,
Si ce n’est que trop tard ie suis deuenu sage.
Toutes-fois le bon-heur nous doibt rendre contans,
Et pourueu qu’il nous vienne il vient tousiours à temps.
Mais i’ay doncq’ supporté de si lourdes iniures,
I’ay doncq’ creu de ses yeux les lumieres pariures,
Qui me naurant le cœur me promettoient la paix,
Et donné de la foy à qui n’en eut iamais!
I’ay doncq’ leu d’autre main ses lettres contre-faites,
I’ay doncq’ sçeu ses façons, recogneu ses deffaites,
Et comment elle endort de douceur sa maison,
Et trouue à s’excuser quelque fauce raison,
Vn procés, vn accord, quelque achapt, quelques ventes,
Visites de cousins, de freres, & de tantes,
Pendant qu’en autre lieu sans femmes & sans bruict,
Sous pretexte d’affaire elle passe la nuict:
Et cependant aueugle en ma peine enflammee,
Ayant sçeu tout cecy ie l’ay tousiours aymee:
Pauure sot que ie suis, ne deuoy-ie à l’instant
Laisser là ceste ingrate & son cœur inconstant?
Encor’ seroit ce peu si d’amour emportee,
Ie n’auois à son teint, & sa mine affettee,
Leu de sa passion les signes euidans,
Que l’amour imprimoit en ses yeux trop ardans.
Mais qu’est il de besoin d’en dire d’auantage,
Iray-ie rafraichir sa honte & mon dommage?
A quoy de ses discours diray-ie le deffaut,
Comme pour me piper elle parle vn peu haut,
Et comme bassement à secretes volees,
Elle ouure de son cœur les flames recelees,
Puis sa voix rehaussant en quelques mots ioyeux,
Elle cuide charmer les ialoux curieux,
Faict vn conte du Roy, de la Reyne, & du Louure,
Quand malgré que i’en aye amour me le découure,
Me déchifre aussi-tost son discours indiscret,
(Helas! rien aux ialoux ne peut estre secret)
Me fait veoir de ses traits l’amoureux artifice,
Et qu’aux soupçons d’amour trop simple est sa malice,
Ces heurtemens de pieds en feignant de s’asseoir,
Faire sentir ses gands, ses cheueux, son mouchoir,
Ces rencontres de mains, & mille autres caresses,
Qu’vsent à leurs amans les plus douces maistresses,
Que ie tais par honneur craignant qu’auecq’ le sien
En vn discours plus grand i’engageasse le mien?
Cherche doncq’ quelque sot au tourment insensible
Qui souffre ce qui m’est de souffrir impossible,
Car pour moy i’en suis las (ingrate) & ie ne puis
Durer plus longuement en la peine où ie suis,
Ma bouche incessamment aux plaintes est ouuerte,
Tout ce que i’apperçoy semble iurer ma perte,
Mes yeux tousiours pleurans de tourment éueillez,
Depuis d’vn bon sommeil ne se sont veuz sillez,
Mon esprit agité fait guerre à mes pensees,
Sans auoir reposé vingt nuicts se sont passees,
Ie vais comme vn Lutin deça delà courant,
Et ainsi que mon corps mon esprit est errant.
Mais tandis qu’en parlant du feu qui me surmonte,
Ie despeins en mes vers ma douleur & ta honte,
Amour dedans le cœur m’assaut si viuement,
Qu’auecque tout desdain ie perds tout iugement.
Vous autres que i’emploie à l’espier sans cesse,
Au logis, en visite, au sermon, à la Messe,
Cognoissant que ie suis amoureux & ialoux,
Pour flatter ma douleur que ne me mentez vous?
Ha pourquoy m’estes vous, à mon dam, si fidelles?
Le porteur est fascheux de fascheuses nouuelles,
Defferez à l’ardeur de mon mal furieux,
Feignez de n’en rien voir, & vous fermez les yeux.
Si dans quelque maison sans femme elle s’arreste,
S’on luy fait au Palais quelque signe de teste,
S’elle rit à quelqu’vn, s’elle appelle vn valet,
S’elle baille en cachete ou reçoyue vn poullet,
Si dans quelque recoin quelque vieille incogneue,
Marmotant vn Pater luy parle ou la saluë,
Déguisez en le fait, parlez m’en autrement,
Trompant ma ialousie & vostre iugement,
Dites moy qu’elle est chaste, & qu’elle en a la gloire,
Car bien qu’il ne soit vray si ne le puis-ie croire,
De contraires efforts mon esprit agité,
Douteux s’en court de l’vne à l’autre extremité,
La rage de la hayne & l’amour me transporte,
Mais i’ay grand peur enfin que l’amour soit plus forte.
Surmontons par mespris ce desir indiscret,
Au moins s’il ne se peut l’aymeray-ie à regret,
Le bœuf n’ayme le ioug que toutesfois il traine,
Et meslant sagement mon amour à la hayne,
Donnons luy ce que peut ou que doit receuoir
Son merite égallé iustement au deuoir.
En Conseiller d’Estat de discours ie m’abuse,
Vn Amour violent aux raisons ne s’amuse,
Ne sçay ie que son œil ingrat à mon tourment,
Me donnant ce desir m’osta le iugement?
Que mon esprit blessé nul bien ne se propose,
Qu’aueugle & sans raison ie confonds toute chose,
Comme vn homme insensé qui s’emporte au parler,
Et dessigne auec l’œil mille chasteaux en l’air.
C’en est fait pour iamais la chance en est iettee,
D’vn feu si violent mon ame est agittee,
Qu’il faut bon-gré, mal-gré laisser faire au destin,
Heureux si par la mort i’en puis estre à la fin,
Et si ie puis mourant en ceste frenesie,
Voir mourir mon amour auecq’ ma ialousie.
Mais Dieu que me sert il en pleurs me consommer,
Si la rigueur du Ciel me contrainct de l’aymer?
Où le Ciel nous incline à quoy sert la menace?
Sa beauté me rappelle où son deffaut me chasse,
Aymant & desdaignant par contraires efforts,
Les façons de l’esprit & les beautez du corps:
Ainsi ie ne puis viure auec elle, & sans elle.
Ha Dieu que fusses-tu ou plus chaste ou moins belle,
Ou peusses-tu congnoistre, & voir par mon trespas,
Qu’auecque ta beauté ton humeur ne sied pas:
Mais si ta passion est si forte & si viue,
Que des plaisirs des sens ta raison soit captiue,
Que ton esprit blessé ne soit maistre de soy,
Ie n’entends en cela te prescrire vne loy,
Te pardonnant par moy ceste fureur extresme,
Ainsi comme par toy ie l’excuse en moy mesme:
Car nous sommes tous deux en nostre passion,
Plus dignes de pitié que de punition.
Encor en ce mal-heur où tu te precipites,
Doibs-tu par quelque soin t’obliger tes merites,
Cognoistre ta beauté, & qu’il te faut auoir,
Auecques ton Amour esgard à ton deuoir.
Mais sans discretion tu vas à guerre ouuerte,
Et par sa vanité triumphant de ta perte,
Il monstre tes faueurs, tout haut il en discourt,
Et ta honte & sa gloire entretiennent la Court.
Cependant me iurant tu m’en dis des iniures,
O Dieux! qui sans pitié punissez les pariures,
Pardonnez à Madame, ou changeant vos effects,
Vengez plustost sur moy les pechez qu’elle a faicts.
S’il est vray sans faueur que tu l’escoutes plaindre,
D’où vient pour son respect que l’on te voit contraindre,
Que tu permets aux siens lire en tes passions,
De veiller iour & nuict dessus tes actions,
Que tousiours d’vn vallet ta carrosse est suiuie,
Qui rend comme espion compte exact de ta vie,
Que tu laisse vn chacun pour plaire à ses soupçons,
Et que parlant de Dieu tu nous faits des leçons,
Nouuelle Magdelaine au desert conuertie,
Et iurant que ta flamme est du tout amortie,
Tu pretends finement par ceste mauuaitié,
Luy donner plus d’Amour, à moy plus d’amitié,
Et me cuidant tromper tu voudrois faire accroire,
Auecque faux serments que la neige fust noire.
Mais comme tes propos, ton art est descouuert,
Et chacun en riant en parle à cœur ouuert,
Dont ie creue de rage, & voyant qu’on te blasme,
Trop sensible en ton mal de regret ie me pasme,
Ie me ronge le cœur, ie n’ay point de repos,
Et voudrois estre sourd pour l’estre à ces propos,
Ie me hay de te voir ainsi mesestimee,
T’aymant si dignement i’ayme ta renommee,
Et si ie suis ialoux ie le suis seulement
De ton honneur, & non de ton contentement.
Fay tout ce que tu fais, & plus s’il se peut faire,
Mais choisi pour le moins ceux qui se peuuent taire.
Quel besoin peut-il estre, insensee en Amour,
Ce que tu fais la nuict, qu’on le chante le iour?
Ce que fait vn tout seul, tout vn chacun le sçache?
Et monstres en Amour ce que le monde cache?
Mais puis que le Destin à toy m’a sçeu lier,
Et qu’oubliant ton mal ie ne puis t’oublier,
Par ces plaisirs d’Amour tous confits en delices,
Par tes apas iadis à mes vœuz si propices,
Par ces pleurs que mes yeux & les tiens ont versez,
Par mes souspirs, au vent sans profit dispersez,
Par les Dieux qu’en pleurant tes sermens appellerent,
Par tes yeux qui l’esprit par les miens me volerent,
Et par leurs feux si clairs & si beaux à mon cœur,
Excuse par pitié ma ialouse rancœur,
Pardonne par mes pleurs au feu qui me commande:
Si mon peché fut grand ma repentance est grande,
Et voy dans le regret dont ie suis consommé,
Que i’eusse moins failly, si i’eusse moins aymé.
AVTRE.
Aymant comme i’aymois que ne deuois ie craindre?
Pouuois ie estre asseuré qu’elle se deust contraindre?
Et que changeant d’humeur au vent qui l’emportoit,
Elle eust pour moy cessé d’estre ce qu’elle estoit?
Que laissant d’estre femme inconstante & legere,
Son cœur traistre à l’Amour, & sa foy mensongere,
Se rendant en vn lieu l’esprit plus arresté,
Peust au lieu du mensonge aymer la verité?
Non, ie croyois tout d’elle, il faut que ie le die,
Et tout m’estoit suspect horsmis la perfidie,
Ie craignois tous ses traits que i’ay sçeu du depuis,
Ses iours de mal de teste, & ses secrettes nuicts,
Quand se disant malade & de fieure enflammee
Pour moy tant seullement sa porte estoit fermée,
Ie craignois ses attrais, ses ris, & ses couroux,
Et tout ce dont Amour allarme les ialoux.
Mais la voyant iurer auecq’ tant d’asseurance,
Ie l’aduoüe, il est vray, i’estois sans deffiance:
Aussi qui pouuoit croire apres tant de serments,
De larmes, de souspirs, de propos vehements
Dont elle me iuroit que iamais de sa vie,
Elle ne permettroit d’vn autre estre seruie,
Qu’elle aymoit trop ma peine, & qu’en ayant pitié,
Ie m’en deuois promettre vne ferme amitié;
Seulement pour tromper le ialoux populaire,
Que ie deuois, constant, en mes douleurs me taire,
Me feindre tousiours libre, ou bien me captiuer,
Et quelqu’autre perdant, seule la conseruer.
Cependant deuant Dieu dont elle a tant de crainte,
Au moins comme elle dict; sa parolle estoit feinte,
Et le Ciel luy seruit en ceste trahison,
D’infidele moyen pour tromper ma raison:
Et puis il est des Dieux tesmoins de nos parolles,
Non, non, il n’en est point, ce sont contes friuolles,
Dont se repaist le peuple, & dont l’antiquité
Se seruit pour tromper nostre imbecilité:
S’il y auoit des Dieux ils se vengeroient d’elle,
Et ne la voiroit on si fiere ny si belle,
Ses yeux s’obscurciroient qu’elle a tant pariurez,
Son teint seroit moins clair, ses cheueux moins dorez
Et le Ciel pour l’induire à quelque penitence,
Marqueroit sur son front son crime & leur vengeance.
Ou s’il y a des Dieux ils ont vn cœur de chair,
Ainsi que nous d’amour ils se laissent toucher,
Et de ce sexe ingrat excusant la malice,
Pour vne belle femme ils n’ont point de Iustice.
IMPVISSANCE.
Imitation d’Ouide.
Quoy? ne l’auois-ie assez en mes vœuz desiree,
N’estoit elle assez belle, ou assez bien paree?
Estoit elle à mes yeux sans grace & sans appas?
Son sang estoit il point issu d’vn lieu trop bas?
Sa race, sa maison n’estoit elle estimee,
Ne valoit elle point la peine d’estre aymee?
Inhabile au plaisir n’auoit elle dequoy?
Estoit elle trop laide, ou trop belle pour moy?
Ha! cruel souuenir, cependant ie l’ay euë,
Impuissant que ie suis en mes bras toute nuë,
Et n’ay peu le voulans tous deux esgallement,
Contenter nos desirs en ce contentement:
Au surplus à ma honte, Amour, que te diray-ie?
Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa,
Me suggerant la manne en sa leure amassee,
Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassee,
Les yeux luy petilloient d’vn desir langoureux,
Et son ame exiloit maint souspir amoureux,
Sa langue en begayant d’vne façon mignarde,
Me disoit: mais mon cœur qu’est ce qui vous retarde?
N’auroy-ie point en moy quelque chose qui peust
Offencer vos desirs, ou bien qui vous depleust?
Ma grace, ma façon, ha Dieu! ne vous plaist elle?
Quoy? n’ay-ie assez d’amour, ou ne suis-ie assez belle?
Cependant de la main animant ses discours,
Ie trompois impuissant sa flamme & mes amours,
Et comme vn tronc de bois, charge lourde & pesante,
Ie n’auois rien en moy de personne viuante:
Mes membres languissans perclus & refroidis,
Par ses attouchemens n’estoient moins engourdis.
Mais quoy? que deuiendray ie en l’extresme vieillesse,
[Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.]
Et si las! ie ne puis & ieune & vigoureux,
Sauourer la douceur du plaisir amoureux.
Ha! i’en rougis de honte & dépite mon âge,
Age de peu de force & de peu de courage,
Qui ne me permet pas en cest accouplement,
Donner ce qu’en amour peut donner vn amant:
Car, Dieu! ceste beauté par mon deffaut trompee,
Se leua le matin de ses larmes trempee,
Que l’amour de despit escouloit par ses yeux,
Ressemblant à l’Aurore alors qu’ouurant les Cieux,
Elle sort de son lict hargneuse & depitee,
D’auoir sans vn baiser consommé la nuictee,
Quand baignant tendrement la terre de ses pleurs,
De chagrain & d’amour elle en iette ses fleurs.
Pour flater mon deffaut: Mais que me sert la gloire,
De mon amour passee, inutile memoire,
Quand aymant ardemment, & ardemment aymé,
Tant plus ie combatois, plus i’estois animé:
Guerrier infatigable, en ce doux exercice,
Par dix ou douze fois ie r’entrois en la lice,
Où vaillant & adroit apres auoir brisé,
Des Cheualiers d’amour, i’estois le plus prisé.
Mais de cest accident ie fais vn mauuais conte,
Si mon honneur passé m’est ores vne honte,
Et si le souuenir trop prompt de m’outrager,
Par le plaisir receu ne me peut soulager.
O ciel! il falloit bien qu’ensorcelé ie fusse,
Ou trop ardent d’Amour que ie ne m’apperceusse
Que l’œil d’vn enuyeux nos desseins empeschoit,
Et sur mon corps perclus son venim espandoit:
Mais qui pourroit atteindre au point de son merite,
Veu que toute grandeur pour elle est trop petite?
Si par l’egal ce charme a force contre nous,
Autre que Iupiter n’en peut estre ialoux,
Luy seul comme enuyeux d’vne chose si belle,
Par l’emulation seroit seul digne d’elle.
Hé! quoy? là haut au Ciel mets tu les armes bas,
Amoureux Iupiter, que ne viens tu ça bas,
Iouir d’vne beauté sur les autres aymable?
Assez de tes Amours n’a caqueté la fable:
C’est ores que tu dois en amour vif & pront,
Te mettre encore vn coup les armes sur le front,
Cacher ta deité dessous vn blanc plumage,
Prendre le feint semblant d’vn Satyre sauuage,
D’vn serpent, d’vn cocu, & te répendre encor,
Alambiqué d’amour, en grosses gouttes d’or,
Et puis que sa faueur à moy seul octroyee,
Indigne que ie suis fust si mal employee,
Faueur qui de mortel m’eust fait égal aux Dieux,
Si le Ciel n’eust esté sur mon bien enuieux.
Mais encor tout bouillant en mes flames premieres,
De quels vœuz redoublez & de quelles prieres,
Iray-ie derechef les Dieux sollicitant,
Si d’vn bienfait nouueau i’en attendois autant?
Si mes deffauts passez leurs beautez mescontentent,
Et si de leurs bien-faicts ie croy qu’ils s’en repentent?
Or quand ie pense! ô Dieu quel bien m’est aduenu,
Auoir veu dans vn lict ses beaux membres à nu,
La tenir languissante entre mes bras couchee,
De mesme affection la voir estre touchee,
Me baiser haletant d’amour & de desir,
Par ses chatouillemens resueiller le plaisir,
Ha! Dieux, ce sont des traicts si sensibles aux ames,
Qu’ils pourroient l’amour mesme eschauffer de leurs flames,
Si plus froid que la mort ils ne m’eussent trouué,
Des mysteres d’amour, amant trop reprouué.
Ie l’auois cependant viue d’amour extresme,
Mais si ie l’eus ainsi elle ne m’eust de mesme,
O mal heur! & de moy elle n’eust seulement
Que des baisers d’vn frere, & non pas d’vn amant.
En vain cent & cent fois, ie m’efforce à luy plaire,
Non plus qu’à mon desir ie n’y puis satisfaire,
Et la honte pour lors qui me saisit le cœur,
Pour m’acheuer de peindre esteignist ma vigueur.
Comme elle recognust, femme mal satisfaite,
Qu’elle perdoit son temps, du lict elle se iette,
Prend sa iupe, se lace, & puis en se mocquant,
D’vn ris, & de ces motz, elle m’alla picquant,
Non! si i’estois lasciue, ou d’Amour occupée,
Ie me pourrois fascher d’auoir esté trompée,
Mais puis que mon desir n’est si vif, ne si chaud,
Mon tiede naturel m’oblige à ton defaut,
Mon Amour satis-faicte ayme ton impuissance,
Et tire de ta faute assez de recompence,
Qui tousiours dilayant m’a faict par le desir,
Esbatre plus long temps à l’ombre du plaisir.
Mais estant la douceur par l’effort diuertie,
La fureur à la fin rompit sa modestie,
Et dit en esclatant, pourquoy me trompes-tu?
A quoy ton impudence a venté ta vertu?
Si en d’autres Amours ta vigueur s’est vsée?
Quel honneur reçois tu de m’auoir abusée?
Assez d’autres propos le despit luy dictoit,
Le feu de son desdain par sa bouche sortoit.
En fin voulant cacher ma honte & sa colere,
Elle couurit son front d’vne meilleure chere,
Se conseille au miroir, ses femmes appella,
Et se lauant les mains, le faict dissimula.
Belle, dont la beauté si digne d’estre aymée
Eust rendu des plus mortz la froideur enflamée;
Ie confesse ma honte, & de regret touché,
Par les pleurs que i’espands i’accuse mon peché,
Peché d’autant plus grand que grand’ est ma ieunesse,
Si homme i’ay failly, pardonnez moy, Deesse,
I’auouë estre fort grand le crime que i’ay fait,
Pourtant iusqu’à la mort, si n’auoy-ie forfait,
Si ce n’est qu’à present qu’à vos pieds ie me iette,
Que ma confession vous rende satisfaicte,
Ie suis digne des maux que vous me prescrirez,
I’ay meurtry, i’ay vollé, i’ay des vœuz pariurez,
Trahy les Dieux benins: inuentez à ces vices,
Comme estranges forfaicts, des estranges supplices.
O beauté faictes en tout ainsi qu’il vous plaist,
Si vous me condamnez à mourir ie suis prest,
La mort me sera douce, & d’autant plus encore,
Si ie meurs de la main de celle que i’adore.
Auant qu’en venir là, au moins souuenez vous,
Que mes armes, non moy causent vostre courrouz,
Que Champion d’Amour entré dedans la lice,
Ie n’eus assez d’haleine à si grand exercice,
Que ie ne suis chasseur iadis tant approuué,
Ne pouuant redresser vn deffaut retrouué.
Mais d’où viendroit cecy, seroit-ce point maistresse,
Que mon esprit du corps precedast la paresse,
Ou que par le desir trop prompt & vehement,
I’allasse auec le temps le plaisir consommant?
Pour moy, ie n’en sçay rien, en ce fait tout m’abuse,
Mais enfin, ô beauté, receuez pour excuse,
S’il vous plaist, de rechef que ie r’entre en l’assaut,
I’espere auec vsure amender mon deffaut.
Sur le trespas de Monsieur Passerat.
Passerat le seiour & l’honneur des Charites,
Les delices de Pinde & son cher ornement,
Qui loin du monde ingrat que bien heureux tu quittes,
Comme vn autre Apollon reluis au firmament.
A fin que mon deuoir s’honore en tes merites,
Que mon nom par le tien viue eternellement,
Que dans l’Eternité ces parolles escrites
Seruent à nos neueuz comme d’vn testament.
Passerat fut vn Dieu sous humaine semblance,
Qui vit naistre & mourir les Muses en la France,
Qui de ses doux accords leurs chansons anima.
Dans le champ de ses vers fut leur gloire semée,
Et comme vn mesme sort leur fortune enferma,
Ils ont à vie esgale esgale renommée.
STANSES.
Le tres puissant Iupiter
Se sert de l’Aigle à porter
Son foudre parmi la nuë;
Et Iunon du haut des Cieux,
Sur les Paons audacieux,
Est souuent icy venuë.
Saturne a pris le Corbeau,
Noir messager du tombeau,
Mars l’Esperuier se reserue,
Phebus les Cygnes a pris,
Les Pigeons sont à Cipris,
Et la Cheuesche à Minerue.
Ainsi les Dieux ont esleu
Tel oyseau qui leur a pleu;
Priape qui ne veoid goute,
Haussant son rouge museau,
A tatons au lieu d’oyseau,
Print vn Aze qui vous f...
LA C. P.
Infame bastard de Cythere,
Fils ingrat d’vne ingrate mere,
Auorton, traistre & deguisé,
Si ie t’ay suiuy des l’enfance,
De quelle ingrate recompence
As tu mon seruice abusé?
Mon cas fier de mainte conqueste
En Espagnol portoit la teste,
Triomphant, superbe & vainqueur,
Que nul effort n’eust sceu rabattre,
Maintenant lasche & sans combatre
Faict la cane, & n’a plus de cœur.
De tes Autels vne Prestresse
L’a reduict en telle detresse
Le voyant au choc obstiné,
Qu’entouré d’onguent & de linge,
Il m’est auis de voir vn singe
Comme vn enfant embeguiné.
Sa façon robuste & raillarde
Pend l’aureille & n’est plus gaillarde,
Son teint vermeil n’a point d’esclat,
De pleurs il se noye la face,
Et faict aussi laide grimace
Qu’vn boudin creué dans vn plat.
Aussy penaud qu’vn chat qu’on chastre,
Il demeure dans son emplastre,
Comme en sa coque vn limaçon,
En vain d’arrasser il essaye,
Encordé comme vne lamproye
Il obeyt au caueçon.
Vne saliue mordicante
De sa narine distillante
L’vlcere si fort par dedans,
Que crachant l’humeur qui le pique
Il baue comme vn pulmonique
Qui tient la mort entre ses dents.
Apollon, dés mon âge tendre
Poussé d’vn courage d’apprendre
Aupres du ruisseau Parnassin,
Si ie t’inuocqué pour Poëte,
Ores en ma douleur secrete
Ie t’inuocque pour medecin.
Seuere Roy des destinées,
Mesureur des vistes années,
Cœur du monde, œil du firmament,
Toy qui presides à la vie,
Garis mon cas ie te supplie
Et le conduis à sauuement.
Pour recompense dans ton Temple,
Seruant de memorable exemple
Aux ioüeurs qui viendront apres,
I’appendray la mesme figure
De mon cas malade en peinture
Ombragé d’ache & de cyprés.
Sur le portraict d’vn Poëte couronné.
Graueur vous deuiez auoir soin
De mettre dessus ceste teste,
Voyant qu’elle estoit d’vne beste
Le lien d’vn botteau de foin.
RESPONSE.
Ceux qui m’ont de foin couronné
M’ont fait plus d’honneur que d’iniure.
Sur du foin Iesus-Crist fust né,
Mais ils ignorent l’escripture.
REPLIQVE.
Tu as vne mauuaise grace,
Le foin dont tu fais si grand cas,
Pour Dieu n’estoit en ceste place,
Car Iesus-Crist n’en mangeoit pas:
Mais bien pour seruir de repas
Au premier asne de ta race.
Contre vn amoureux transy.
Pourquoy perdez vous la parole,
Aussi tost que vous rencontrez
Celle que vous idolatrez?
Deuenant vous mesme vne idole,
Vous estes là sans dire mot,
Et ne faictes rien que le sot.
Par la voix Amour vous suffoque,
Si vos souspirs vont au deuant,
Autant en emporte le vent:
Et vostre Deesse s’en mocque
Vous iugeant de mesme imparfaict
De la parole & de l’effect.
Pensez vous la rendre abatuë
Sans vostre faict luy déceler?
Faire les doux yeux sans parler,
C’est faire l’Amour en tortuë:
La belle faict bien de garder
Ce qui vaut bien le demander.
Voulez vous en la violence
De vostre longue affection
Monstrer vne discretion?
Si on la voit par le silence,
Vn tableau d’Amoureux transi
Le peut bien faire tout ainsi.
Souffrir mille & mille trauerses,
N’en dire mot, pretendre moins,
Donner ses tourmens pour tesmoins
De toutes ses peines diuerses,
Des coups n’estre point abbatu,
C’est d’vn asne auoir la vertu.
QVATRAINS.
Si des maux qui vous font la guerre
Vous voulez guerir desormais,
Il faut aller en Angleterre
Où les loups ne viennent iamais.
Ie n’ay peu rien voir qui me plaise
Dedans les Psalmes de Marot:
Mais i’ayme bien ceux là de Beze,
En les chantant sans dire mot.
Ie croy que vous auez faict vœu
D’aymer & parent & parente;
Mais puis que vous aymez la Tante,
Espargnez au moins le nepueu.
Le Dieu d’Amour se deuoit peindre
Aussy grand comme vn autre Dieu,
Mais il suffit qu’il puisse atteindre
Iusqu’à la piece du milieu.
Ceste femme à couleur de bois
En tout temps peut faire potage:
Car dans sa manche ell’ a des poix,
Et du beure sur son visage.
DISCOVRS
Au Roy.