LXIX^{E} NUIT

Le capitaine, dit Sindbad, après m'avoir fort attentivement considéré,

me reconnut enfin. Dieu soit loué! s'écria-t-il en m'embrassant; je suis

ravi que la fortune ait réparé ma faute. Voilà vos marchandises, que

j'ai toujours pris soin de conserver et de faire valoir dans tous les

ports où j'ai abordé. Je vous les rends avec le profit que j'en ai tiré.

Je les pris, en témoignant au capitaine toute la reconnaissance que je

lui devais.

De l'île de Salahat nous allâmes à une autre, où je me fournis de clous

de girofle, de cannelle et d'autres épiceries. Quand nous nous en fûmes

éloignés, nous vîmes une tortue qui avait vingt coudées en longueur et

en largeur; nous remarquâmes aussi un poisson qui tenait de la vache; il

avait du lait, et sa peau est d'une si grande dureté, qu'on en fait

ordinairement des boucliers. J'en vis un autre qui avait la figure et la

couleur d'un chameau. Enfin, après une longue navigation, j'arrivai à

Balsora, et de là je revins en cette ville de Bagdad avec tant de

richesses, que j'en ignorais la quantité. J'en donnai encore aux pauvres

une partie considérable, et j'ajoutai d'autres grandes terres à celles

que j'avais déjà acquises.

Sindbad acheva ainsi l'histoire de son troisième voyage. Il fit donner

ensuite cent autres sequins à Hindbad, en l'invitant au repas du

lendemain et au récit du quatrième voyage. Hindbad et la compagnie se

retirèrent; et le jour suivant étant revenu, Sindbad prit la parole sur

la fin du dîner, et continua ses aventures.

Les mille et une nuits: contes choisis · 第 94 / 172 题