Le capitaine, dit Sindbad, après m'avoir fort attentivement considéré,
me reconnut enfin. Dieu soit loué! s'écria-t-il en m'embrassant; je suis
ravi que la fortune ait réparé ma faute. Voilà vos marchandises, que
j'ai toujours pris soin de conserver et de faire valoir dans tous les
ports où j'ai abordé. Je vous les rends avec le profit que j'en ai tiré.
Je les pris, en témoignant au capitaine toute la reconnaissance que je
lui devais.
De l'île de Salahat nous allâmes à une autre, où je me fournis de clous
de girofle, de cannelle et d'autres épiceries. Quand nous nous en fûmes
éloignés, nous vîmes une tortue qui avait vingt coudées en longueur et
en largeur; nous remarquâmes aussi un poisson qui tenait de la vache; il
avait du lait, et sa peau est d'une si grande dureté, qu'on en fait
ordinairement des boucliers. J'en vis un autre qui avait la figure et la
couleur d'un chameau. Enfin, après une longue navigation, j'arrivai à
Balsora, et de là je revins en cette ville de Bagdad avec tant de
richesses, que j'en ignorais la quantité. J'en donnai encore aux pauvres
une partie considérable, et j'ajoutai d'autres grandes terres à celles
que j'avais déjà acquises.
Sindbad acheva ainsi l'histoire de son troisième voyage. Il fit donner
ensuite cent autres sequins à Hindbad, en l'invitant au repas du
lendemain et au récit du quatrième voyage. Hindbad et la compagnie se
retirèrent; et le jour suivant étant revenu, Sindbad prit la parole sur
la fin du dîner, et continua ses aventures.