Les plaisirs, dit-il, et les divertissements que je pris après mon
troisième voyage n'eurent pas des charmes assez puissants pour me
déterminer à ne pas voyager davantage. Je me laissai encore entraîner à
la passion de trafiquer et de voir des choses nouvelles. Je mis donc
ordre à mes affaires; et ayant fait un fonds de marchandises de débit
dans les lieux où j'avais dessein d'aller, je partis. Je pris la route
de la Perse, dont je traversai plusieurs provinces, et j'arrivai à un
port de mer, où je m'embarquai. Nous mîmes à la voile, et nous avions
déjà touché à plusieurs ports de terre ferme et à quelques îles
orientales, lorsque, faisant un jour un grand trajet, nous fûmes surpris
d'un coup de vent, qui obligea le capitaine à faire amener les voiles,
et à donner tous les ordres nécessaires pour prévenir le danger dont
nous étions menacés. Mais toutes nos précautions furent inutiles; la
manœuvre ne réussit pas bien; les voiles furent déchirées en mille
pièces; et le vaisseau, ne pouvant plus être gouverné, donna sur des
récifs, et se brisa de manière qu'un grand nombre de marchands et de
matelots se noyèrent, et que la charge périt...