Sire, poursuivit la sultane, le prince Calender reprit sa narration en
ces termes:
Lorsque j'eus achevé de raconter mon histoire aux quarante dames,
quelques-unes de celles qui étaient assises le plus près de moi
demeurèrent pour m'entretenir, pendant que d'autres, voyant qu'il était
nuit, se levèrent, pour aller querir des bougies. Elles en apportèrent
une prodigieuse quantité, qui répara merveilleusement la clarté du jour;
mais elles les disposèrent avec tant de symétrie, qu'il semblait qu'on
n'en pouvait moins souhaiter.
D'autres dames servirent une table de fruits secs, de confitures et
d'autres mets propres à faire boire, et garnirent un buffet de plusieurs
sortes de vins et de liqueurs; d'autres enfin parurent avec des
instruments de musique. Quand tout fut près, elles m'invitèrent à me
mettre à table. Les dames s'y assirent avec moi, et nous y demeurâmes
assez longtemps. Celles qui devaient jouer des instruments et les
accompagner de leur voix se levèrent, et firent un concert charmant. Les
autres commencèrent une espèce de bal, et dansèrent deux à deux les unes
après les autres, de la meilleure grâce du monde.
Il était plus de minuit lorsque tous ces divertissements finirent. Alors
une des dames, prenant la parole, me dit: Vous êtes fatigué du chemin
que vous avez fait aujourd'hui, il est temps que vous vous reposiez.
Votre appartement est préparé; en effet, on me conduisit à un
appartement magnifique, et je ne tardai pas à prendre le repos dont
j'avais le plus grand besoin...