Son nom, en tamâhak, semble voisin du verbe _éger_ (lancer une

pierre contre quelque chose) ; c’est qu’en effet cet arbre

serait l’abri de mauvais génies et que les Touareg ont coutume,

pour les chasser, de lancer des pierres contre son tronc.

Cet arbre est souvent beau et atteint 5 ou 6 mètres ;

8º Le _Tabourak_ (T) ou _Balanites aegyptiaca_ Delile, et

9º L’_Irak_ ou _Salvadora persica_ L., que l’on trouve très

localisée (en particulier dans l’oued Tarat [Tassili-n-Ajjer]

et à Silet), sont encore des arbres qui apparaissent au Sud des

pays crétacico-tertiaires sud-constantinois, dans le Massif Central

Saharien.

A côté du groupe des arbres précédents, surtout soudanais,

que l’on rencontre jusqu’à environ 1.600 mètres d’altitude

dans une zone de végétation que nous sommes tenté d’appeler

« _première zone_ » de végétation du pays targui, un autre

groupe d’arbres, plutôt méditerranéens semble-t-il, monte à

des altitudes plus élevées que lui dans une zone de végétation

que nous serions tenté d’appeler pour cette raison la « _zone

méditerranéenne_ » de l’Ahaggar, de 1.600 à 2.000 mètres, qui

précède une troisième zone de 2.000 à 3.000 mètres dépourvue

d’arbres et arbustes généralement et que pour cela nous appelions

la « _zone dénudée_ »[60].

Il est constitué par :

1º Le _Laurier-rose_ ou _Defla_ (A), ou _Elel_ (T), ou _Nerium

Oleander_.

Nous l’avons rencontré dans l’oued Echchil, à 1.730 mètres

environ d’altitude, dans l’oued Abedassen, vers 1.800 mètres. Il

ne vit que dans les lieux très humides, où il forme parfois

de vrais bosquets, charmants quand ils sont en fleurs, ainsi à

Tin-Eselmaken (près d’Amguid), à Tihoubar (dans la même région),

à Ens-Iguelmamen (au bas de la gara Ti-Djenoun), dans l’oued Aorr

(près de l’oued Martoutic, dans le Tifedest), à In-Ebeggi (dans

le haut de l’oued In-Takoufi), dans l’oued Teroummout (en amont

de Tamanrasat), etc., etc. ; ils sont nombreux.

Mais ils sont la terreur de tout le monde et on évite soigneusement

de pâturer dans leur voisinage, car les chameaux sont assez bêtes

pour parfois en manger, sans s’en apercevoir, et en mourir.

Son bois est très apprécié des Touareg parce que droit et

souvent bifurqué au bout ; ils s’en servent en particulier comme

support pour accrocher les outres et les bâtons de laurier-rose font

partie de leur matériel de campement ; comme tels ils les emportent

généralement dans leurs déplacements. Des petites branches ils

font souvent des tuyaux de pipes.

2º L’_Aleo_ (T), ou _Olea Laperrini_ Batt. et Trabut.

C’est un arbre à port d’olivier ; je l’ai rencontré dans

l’Anahef (dans le cours supérieur de l’oued In-Sakan), à environ

1.400 mètres d’altitude, dans le cirque intérieur du Tellerteba,

vers 1.500 mètres, sur le flanc Nord et Nord-Ouest du massif du

Tahat, de 1.700 à 1.900 mètres (et même peut-être 2.000 m.),

où on en trouve souvent de grosses souches.

3º Le _Tafeltast_ (T).

C’est là un arbuste très particulier, dont la feuille est odorante

lorsqu’on l’écrase. Il n’a pas encore été déterminé.

Je l’ai rencontré sur les contreforts Nord-Ouest du Tahat,

associé à l’_Aleo_ et à un troisième arbuste dont je n’ai

alors pas même pu connaître le nom targui.

Dans le même vallon il y avait sur les arbustes une espèce de

liane non moins étonnante.

Ces contreforts Nord et Nord-Ouest du Tahat mériteraient une étude

botanique approfondie.

Nous avons retrouvé le _Tafeltast_ à In-Ebeggi, au sommet de

l’oued In-Takoufi (dans le Tifedest) à une altitude moindre.

Enfin, on rencontre encore dans le Massif Central Saharien :

1º Des _Tamaricinées_ :

_a)_ L’_Etel_[61] (A), ou _Tabarekkat_ (T), ou _Tamarix articulata_

Vahl.

[Illustration : PLANCHE XI.

Le Pays cristallin. Groupe d’_Etels_ dans l’oued Telouhet,

près d’Idelès (Ahaggar) et Schistes cristallins.]

C’est un arbre souvent très beau qui constitue parfois des

peuplements si magnifiques que l’on conçoit que les premiers

explorateurs de l’Ahaggar les aient qualifiés de forêts ; citons

ceux de l’oued Telouhat (près d’Idelès), des oueds Arrou et

Tessert (entre le Tahat et In-Amdjel, dans les contreforts Nord-Ouest

du massif de l’Ahaggar). Il est souvent associé au _Tarfa_, mais en

général forme de plus beaux ombrages ; il ne semble pas monter aussi

haut, je ne l’ai observé que jusqu’à 1.550 mètres environ.

Il aime les terrains salés où il est souvent associé au _Guetof_ ;

_b)_ Le _Tarfa_ (A), _Azaoua_ (T).

Il correspond au Sahara à plusieurs espèces de _Tamarix_, comme

j’ai eu l’occasion de le constater par les floraisons.

Le _Tamarix gallica_, ou _T. nilotica_ Ehr., à fleurs petites et

grappes grêles, paraît le plus courant dans l’Ahaggar, et c’est

lui qui paraît monter le plus haut : j’en ai observé de très

beaux peuplements jusqu’à 1.700 mètres environ d’altitude, sur

les contreforts Nord-Ouest de l’Atakor (dans l’oued Tiniferan

et l’oued Arrou, associé au _Jedari_ et au _Figuier_) ; citons

les beaux exemplaires d’Hirafok.

Ces _Tamarix_ sahariens mériteraient une étude précise. C’est un

groupe d’arbres plutôt méditerranéens et on voit que le _Tarfa_

monte en effet à l’assaut de l’Ahaggar jusque vers 1.700 mètres,

dans la zone de 1.600 à 2.000 mètres, que je suis tenté d’appeler

méditerranéenne ;

2º Le _Jedari_ (A), ou _Tahounek_ (T), ou _Rhus Oxyacanthoïdes_

Dum. Cours.

Encore un arbuste méditerranéen qui remonte dans le massif de

l’Ahaggar jusque vers 1.700 mètres : j’en ai observé de très

beaux exemplaires dans les oueds Arrou et Tiniferan (des contreforts

Nord-Ouest de l’Atakor) ; je l’ai observé également dans le

cirque intérieur du Tellerteba.

Le bois de _Jedari_ est recherché par les Touareg pour faire des

instruments de cuisine de préférence au bois de _Tamarix_ ;

3º Le _Figuier_ ou _Kerma_ (A), _Tahart_ (T), ou _Ficus carica_ L.

Il est peut-être spontané ?!.

J’ai constaté sa présence, vers 1.700 mètres, dans l’oued

Tiniferan, au pied Nord-Ouest du Tahat.

Nous voyons que cet arbre méditerranéen remonte également jusque

dans la deuxième zone de végétation.

Dans les « arrem » (centres de cultures) il est souvent accompagné

de la _Vigne_ (_Vitis vinifera_).

Le Figuier et la Vigne peuvent avoir été introduits dans l’Ahaggar

à la même date (ou peu après) que les cultures méditerranéennes

dans les oasis du Fezzan (par l’influence des Romains [?]) —

on sait que les Touareg ont eu des relations très étroites avec

le Fezzan dont certains groupes prétendent être originaires.

Après ces arbres traduisant encore des affinités méditerranéennes

il ne nous reste plus qu’à ne pas oublier dans les arbres et

arbustes de l’Ahaggar :

1º Le _Jujubier_ ou _Cédar_ (A), ou _Tabakat_ (T), dont les

espèces sont le _Zizyphus Saharae_ Batt. et Trab., assez répandu,

que l’on trouve en particulier à Amguid, et peut-être le _Zizyphus

Spina-Christi_ Wild., jujubier de grande taille qu’il m’a semblé

reconnaître dans l’oued Tessirt (dans les contreforts Nord-Ouest

de l’Atakor, entre l’oued Arrou et In-Amdjel).

Les Touareg se servent des feuilles de _Tabâkat_, hachées menues,

pour soigner les blessures ;

2º Une espèce spéciale au Massif Central Saharien, le _Myrtus

Nivelli_ Batt. et Trab., trouvé dans l’Ifetessen et qui

vraisemblablement existe également dans le Pays cristallin ;

3º Le _Cafrier_ ou _Capparis Spinosa_ L., que j’ai rencontré

à Tin-ed’ness, dans l’Edjéré ; c’est un arbuste plutôt

méditerranéen ;

4º Le _Palmier-dattier_ ou _Nakhla_ (A), ou _Tazzaït_ (T), ou

_Phœnix dactylifera_, que l’on rencontre près d’un certain

nombre de points d’eau et dans les « arrem » jusqu’à une assez

haute altitude (à Idelès par exemple il y a de nombreux palmiers

et c’est à environ 1.300 mètres).

*

* *

Le simple examen de ces arbres et arbustes montre bien _une grande

variété_ dans la flore persistante du Massif Central Saharien

(quand on la compare à celle du Sahara arabe).

Il accuse en outre d’abord de fortes affinités d’une part

méditerranéennes et d’autre part soudanaises, ensuite une

personnalité propre, _une province botanique distincte_ que marque

nettement l’existence d’espèces spéciales : les _Ficus

eucalyptoïdes_ et _Telokat_, l’_Olea Laperrini_, le _Myrtus

Nivellii_, et enfin peut-être le _Tafeltast_, un ou deux autres

arbustes et des lianes (?).

De cet aperçu également se dégage, dans la répartition en

altitude, l’existence de _trois zones de végétations_, une

_première zone_, jusqu’à 1.600 mètres environ, à arbres

ou arbustes soudanais, méditerranéens ou propres, une zone

plus élevée, de 1.600 à 2.000 mètres environ, à laquelle

ne parviennent que certains arbustes comprenant l’_Aleo_ en

particulier et le _Tafeltast_, à caractères originaux ou plutôt

méditerranéens que soudanais, comme d’ailleurs cela est logique

quand on ne considère que la température, que nous avons appellée

_zone méditerranéenne_, et une troisième zone de 2.000 à 3.000

mètres, dépourvue en général d’arbres ou arbustes, et que nous

avons appelée la _zone dénudée_[62].

On peut dire également ce que cette étude rapide des arbres

et arbustes touareg laisse apercevoir : _le paradoxe botanique

de l’Ahaggar_ : placé au milieu du Sahara sa _végétation

persistante_ réduite pourtant en général à peu près au fond des

oueds au dehors desquels on trouve le désert, _est de caractère

propre peu désertique_ quand on la compare à celle du Sahara arabe.

La présence de nombreux arbres à vraies feuilles, inconnus du

pays arabe, est à ce sujet très démonstrative, surtout quand ces

arbres ou arbustes, et c’est le cas des _Telôkat_, sont spéciaux

à l’Ahaggar.

Cette flore peu désertique doit être _une flore résiduelle_ :

sans doute ces arbres et arbustes dans une époque plus humide,

furent répandus d’une manière plus ou moins continue dans le

Massif Central Saharien ; maintenant l’_Aleo_, les _Telôkat_,

etc., sont isolés dans des stations plutôt rares et souvent très

éloignées les unes des autres, endroits plus particulièrement

humides où ils ont pu subsister, témoins très nets d’un âge

antérieur plus favorisé[63] (étant spéciaux au Massif Central

Saharien et à fruits lourds, on ne peut guère, à notre sens,

donner d’autres explications).

Quelle explication donner de cette survivance de toute une flore

persistante peu désertique, dans l’Ahaggar, quand en Sahara arabe

la flore persistante caractéristique des temps humides semble avoir

totalement disparu ou si une partie a survécu, semble s’être

fortement transformée, adaptée par mutations ? (Il n’y a qu’un

exemple de survivance sans grandes modifications en pays arabe :

celle du _Populus Euphratica_, dans l’oued Mya.)

On doit attribuer, semble-t-il, à des causes géologiques et

morphologiques la survivance de cette flore en pays targui ; à

l’existence dans le Massif Central Saharien de vallées soit à

roches encaissantes imperméables, soit très profondes, qui drainent

l’humidité comme par des gouttières, vallées souvent pourvues

de seuils, dans leurs profils en long, qui font cran pour retenir

l’eau dans leurs alluvions en amont, de telle sorte que l’eau

que reçoit la région, quoique peu considérable sans doute par

rapport à celle qui tombait jadis dans ces pays, est ramassée

dans les alluvions des lits de ces oueds qui sont ainsi gorgés

d’eau jusque souvent très près de la surface, particulièrement

en amont immédiat des « crans », des « seuils de retenue »,

y est totalisée, y dure longtemps, étant ainsi soustraite dans

une forte mesure à l’évaporation, et constitue ainsi quand même

un milieu suffisamment humide pour permettre la survivance de cette

flore en des endroits privilégiés.

(Parfois même, quand la gorge est profonde, l’eau forme de

petites mares permanentes alimentées par l’amont ; ces mares se

trouvent en particulier dans les coins des vallées très profondes,

placées de telle manière qu’elles soient la plupart du temps à

l’ombre, subissant ainsi une moindre évaporation et tirant tout

le parti possible de leur alimentation en eau par l’amont, qui

forcément n’est jamais très considérable, ni très continue ;

ces petites mares sont souvent dans des creux des seuils rocheux ou

au bas de ces seuils.)

Le résultat général est la diminution de la quantité des surfaces

suffisamment humides mais non la disparition complète de milieux

suffisamment humides.

Bref, c’est la localisation de plus en plus grande aux oueds

et même souvent seulement à des points privilégiés de leurs

cours d’une flore jadis répandue beaucoup plus largement, avant

peut-être un desséchement plus complet atteignant les oueds

même dans leurs vallées les plus profondes et leurs points les

mieux disposés pour la résistance et la disparition entière de

cette flore.

Par suite de la concentration de l’humidité précédemment

exposée il n’y a guère d’humidité diffuse s’étendant

continuellement en dehors du réseau des lits d’oueds, par suite

peu de végétation persistante en dehors de ce réseau (sauf dans

les rares ergs du Massif Central Saharien).

De là le paradoxe : des lits d’oueds souvent en permanence très

humides, avec végétation peu désertique conservée et en dehors le

désert (à moins de pluie récente, car alors il y a de l’_acheb_),

plus absolu souvent que le désert arabe, plus dépourvu encore de

plantes persistantes.

Au contraire, en Sahara arabe en général, par suite de l’abondance

des sables répandus sur d’immenses surfaces, soit d’ergs,

soit de vastes plaines ou terrasses de terrains alluviaux, par

suite du caractère généralement calcaire ou argilo-calcaire du

sous-sol et par suite des caractères morphologiques de ce bas-pays

à reliefs mous, dépourvus généralement d’oueds à lit fortement

individualisé, les eaux ne sont pas totalement centralisées dans

des lits d’oueds ; la plus grande partie reste diffuse longtemps

dans les sables dans lesquels elle chemine lentement par suite de la

perte de charge due au frottement ; une fois les sables traversés,

de ce qui n’est pas resté en humidité diffuse ou reprise par un

mouvement ascensionnel dû à la capillarité et à la succion vers

la surface et vers l’évaporation, une partie va alimenter des

nappes d’eaux artésiennes, en profondeur, est donc perdue pour

la végétation naturelle du pays ; une autre partie alimente sous

les sables ou dans les alluvions, des nappes d’eau trop profondes

pour qu’elles puissent servir à une végétation normale, car

il faut aller la chercher au moyen de puits profonds ; une partie

est absorbée par les diaclases des calcaires ; finalement ce qui se

ramasse dans les oueds, quand il en existe, à leur surface ou près

de leur surface, n’est qu’une faible part de ce qui tombe sur

leur région ; ce qui fait que la diminution des précipitations

atmosphériques s’est traduite en gros par une diminution de

l’humidité du sol partout, avec conservation générale d’une

certaine humidité diffuse partout, les oueds généralement larges

et mal délimités, quand il en existe, n’étant que légèrement

plus humides (en surface) et non surtout par un desséchement complet

de certaines régions de plus en plus étendues avec la conservation

corrélative de milieux également constamment très humides à

surface de plus en plus restreinte.

De là, en général, pour des causes géologiques et morphologiques

la survivance, sans mutations adaptatives, presque impossible en

Sahara arabe, à part des exceptions rares, d’espèces typiques

de la flore persistante peu désertique des temps humides ; de là

également, en général, la non-limitation plus ou moins stricte

de la flore persistante à un réseau de lits d’oueds et ainsi la

valeur en plantes persistantes des grandes plaines et des ergs.

Une des conséquences de ces considérations c’est qu’une

partie de la flore persistante du Sahara algérien, par suite de

la variation continue et progressive de l’humidité du sol, a pu

évoluer sur place lentement et que ses Salsolacées et autres plantes

caractéristiques sont peut-être dans leur pays d’évolution

et d’origine.

Ces considérations expliqueraient également le caractère monotone

et uniforme, _la pauvreté de cette flore persistante du Sahara

arabe_ :

1º N’y sont guère que les plantes de jadis qui ont pu s’adapter

et avec la même vitesse d’adaptation que celle du dessèchement,

c’est-à-dire les plantes de jadis suffisamment près du type

nécessaire ;

2º L’humidité étant à peu près également faible partout la

végétation est peu diverse ;

3º Les plantes persistantes des régions non désertiques ne peuvent

guère pénétrer et s’acclimater en des points de ces régions,

dans l’absence de réseau de pénétration de terres plus humides,

d’une humidité non désertique ;

4º Il n’est rien resté ou presque rien qui n’ait une forme

adaptée au désert, de la flore des temps humides antérieurs

(à part le _Populus Euphratica_).

_La flore persistante du Sahara algérien peut être considérée

comme homogène, autochtone et typique au point de vue désertique._

Il n’en est pas de même de la flore persistante du Massif Central

Saharien : comme nous l’avons vu elle est en comparaison _riche,

variée et peu désertique_.

_Elle est hétérogène_ : en effet, à côté des espèces qui

paraissent être le reliquat d’une flore de jadis existent des

espèces qui semblent d’origine diverse : les unes soudanaises et

d’autres méditerranéennes.

Est-elle hétérogène vraiment, c’est-à-dire d’origines

diverses ?

Il faudrait savoir si les espèces plutôt soudanaises ne sont pas

devenues surtout soudanaises parce qu’elles ont cessé d’être

surtout ahaggariennes, par suite par exemple du balancement du

« climat désertique », l’hypothèse chère à Chudeau.

Il est bien difficile également de savoir si les espèces dites

méditerranéennes sont venues de la Méditerranée.

On peut, dans l’hypothèse d’un golfe méditerranéen

sud-constantinois, très bien imaginer le développement d’espèces

méditerranéennes au Sud : elles auraient subsisté sur place après

le retrait vers le Nord.

Ce golfe méditerranéen, puis sa suppression, pourrait expliquer

par le même coup beaucoup de caractères de la flore persistante du

Sahara sud-constantinois, en particulier les Salsolacées, plantes

que l’on pourrait considérer comme maritimes à l’origine,

adaptées secondairement au Sahara[64].

C’est certainement l’_Olea Laperrini_ dont la présence est

la plus curieuse à constater ; c’est peut-être un résidu

dégénéré de vieilles cultures.

Quoi qu’il en soit, cette flore d’arbres et d’arbustes est en

tous les cas hétérogène d’aspect : beaucoup de plantes qu’on

y trouve se rencontrant surtout au Soudan actuellement et beaucoup

d’autres surtout dans la province méditerranéenne, certaines

enfin lui étant propres.

_La flore persistante du pays targui, ainsi que nous l’avons

indiqué plus haut, n’est pas largement répandue, diffuse : elle

est réduite, concentrée aux lits d’oueds en un réseau favorisé

(et peu désertique)._

Ce réseau est d’autant plus serré et riche que l’on est

sur les contreforts ou dans un massif montagneux plus important,

les précipitations atmosphériques y étant plus considérables,

le réseau hydrographique y étant plus dense et plus profondément

gravé et enfin par suite des seuils, des « crans de retenue »

dont nous avons déjà parlé, cette eau ne fuyant pas normalement,

rapidement vers l’aval, en dehors de la crise de venue de l’oued.

De là l’explication, en partie, de ce que la valeur au point de

vue humain des différentes régions du pays targui est souvent

en rapport direct avec leur caractère plus ou moins montagneux

(indépendamment de la question de l’_acheb_).

*

* *

_J’espère que ces conclusions seront de plus en plus renforcées

par les explorations à venir_ et que la province botanique du

Massif Central Saharien avec son individualité, sa richesse, sa

variété et sa forme typique de végétation, sera de plus en plus

couramment distinguée du reste du Sahara : Sahara arabe au Nord,

soudanais au Sud, etc.

Des études approfondies de la flore du pays targui ne feront,

je crois, que montrer de plus en plus l’individualité et le

caractère varié de cette flore.

Cette étude serait fertile en découvertes dans ce sens

particulièrement, à mon avis, dans l’Oudan, le Tifedest et les

contreforts Nord-Ouest de l’Atakor.

Dans les vallées de l’Oudan surtout ; la légende célèbre de la

Garet-el-Djenoun n’est peut-être pas très loin de la réalité :

s’il y a des vallées suspendues sur son vaste plateau terminal

encore vierge d’exploration, peut-être une flore étonnante s’y

est-elle concentrée.

En tous cas, des vallées profondément entaillées de ses

contreforts il y a beaucoup à espérer ; je n’ai vu que le bas

d’une de ces vallées, l’oued Ens Iguelmamen ; la végétation

en était exubérante pour le Sahara et j’ai vu là un très beau

_Telokat_. Que nous réservent les régions en amont ?

Quant aux contreforts Nord-Ouest de l’Atakor j’ai eu là,

dans l’oued Arrou, la volupté de cheminer pendant plusieurs

heures auprès d’un ruisseau chantant, au milieu de _Tarfa_ des

plus ombreux et sur de vraies prairies avec menthes, véroniques,

graminées, etc. ; des Touareg m’ont affirmé que cet oued coulait

toujours ; c’est là un coin dont l’étude botanique serait,

je crois, des plus intéressante également, avec celle encore des

coins humides du Tifedest-Ta-Mellet (citons en particulier dans

le Tifedest-Ta-Mellet, l’oued Timakhatin [affluent de l’oued

In-Takoufi], les environs d’In-Ebeggi, de l’oued Aorr [au pied

de l’Iscarneier] et de l’oued Entenecha).

Il est intéressant de constater que nous sommes amené par cette

étude botanique à une conclusion analogue à une de celles de la

partie géologique de ce travail à laquelle amènent également les

études zoologiques, à savoir _la croyance à un passé plus humide,

notamment plus humide dans les régions du Sahara arabe comme dans

celles du Massif Central Saharien_[65].

*

* *

L’étude des arbres et arbustes du pays targui, que je viens

de faire, m’a permis une mise au point des caractéristiques

générales de sa flore.

Dès lors un examen détaillé du reste de cette flore pourrait

paraître fastidieux.

Si j’envisage l’éventualité d’en publier une étude,

j’estime qu’elle n’aurait pas de raison d’être ici, dans ce

travail destiné surtout à des mises au point plutôt synthétiques.

=Du pâturage dans le Massif Central Saharien.=

=De l’élevage targui.=

Dans le Massif Central Saharien, le chameau se nourrit principalement

d’_Arta_[66], de _Chobrok_[67], de _Guetof_, de _Had_, de _Drinn_,

de _Mourkba_[68], d’un sous-arbrisseau à tiges et feuilles

velues qui pousse dans la montagne, de _Nessi_, de _Chgar_, de

_Krom_, de _Girgir_, de _Chereg_, de _Kach_, de _Chaliate_, de

_Rabié_, de _Lehema_ et autres plantes d’_Acheb_ dont un _Rumex_

(_R. vesicarius_ E. L.).

Les Touareg distinguent plusieurs variétés de pâturages par des

mots spéciaux.

A part l’_Arta_, spécialité en général des grands et larges

oueds sablonneux et des « mader », et qui a son moment, le _Had_,

localisé dans les sables, le _Drinn_ que l’on trouve dans les

sables et dans certains « mader » ensablés et qui est souvent

réservé pour la récolte de son grain, le _Guetof_ des fonds de

vallées argileuses et salées, le _Chobrok_ limité aux lits des

oueds, qui résiste un certain temps à la sécheresse, mais n’est

réellement très apprécié du chameau qu’aux alentours de sa

floraison, le _Mourkba_ et le _Nessi_ qui se maintiennent en touffes

sèches longtemps, mais alors ne constituent plus qu’un maigre

pâturage (à moins que le _Mourkba_ ne porte ses graines), le chameau

se nourrit principalement dans le Massif Central Saharien de plantes

éphémères qui suivent la pluie, de pâturage vert d’_Acheb_.

Nous n’avons plus en pays targui en général ces vastes étendues

de _Salsolacées_, ces vastes pâturages quasi permanents, qui en

Sahara arabe permettaient de ne pas être lié étroitement au point

de vue pâturage, à la pluie, ce qui en été était fort précieux.

Ici, le réseau de végétation persistante étant somme toute de

surface restreinte, on est d’une manière générale étroitement

attaché à la pluie, beaucoup plus qu’en Sahara arabe, et l’été

principalement les pâturages sont parfois rares, il ne reste que

les quelques pâturages persistants à _Had_, _Drinn_, _Guetof_,

_Arta_, etc.

Au Hoggar · 第 8 / 13 段