Sur le bord Est de la vallée de l’Ir’err’er on trouvera des

terrasses d’alluvions très propices à l’établissement de

la voie.

De nombreux mechbed très anciens montrent d’ailleurs le chemin

à la voie ferrée.

Ensuite, après Titahouin-Tahart, la voie aura à éviter quelques

sables puis pourra, en Pays cristallin, gagner Tesnou dans de

très bonnes conditions par le vaste et plat pays de Raris à reg

prédominant et les pays analogues et aussi propices de l’oued

Taremert-n-Akh.

Dans ce pays de Raris et de l’oued Taremert-n-Akh la nature et

la forme du sol (pays cristallin paeneplainisé) me paraissent ne

donner _aucun sujet d’inquiétude_, ni soulever aucune difficulté

à signaler.

=II=

=Ressources en eau.=

Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je conçois

l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage d’Amguid.

_Centrale d’eau d’Amguid._

a) EAUX DE SOURCE. — Dans la région d’Amguid, les sources

actuellement existantes que je connais pour y avoir abreuvé mes

chameaux, sont :

1º _La source de Titahouin-Tahart_ (T) ou Aïne-Kerma (A) ou Source

du Figuier (F).

Cette source, située à la base de la falaise de Grès

inférieurs des Tassilis qui forme le flanc Est de la vallée de

l’Ir’err’er au voisinage des Conglomérats de base et de la

Discordance tassilienne, ne tarit jamais (d’après les Touareg),

son eau est toujours pure, claire, renouvelée et n’a rien d’une

eau stagnante ; son abord est difficile, en raison des joncs et

figuiers (de là son nom) qui en défendent l’accès et c’est

une des raisons pour lesquelles, quoique l’eau y soit excellente,

on y abreuve moins souvent ses chameaux qu’à Tin-Eselmaken, car

les animaux sont effrayés par les joncs, refusent d’approcher

jusqu’à l’eau et pour les désaltérer on doit apporter un

abreuvoir et se fatiguer à le remplir d’eau par un va-et-vient

de « dalou », ce que l’on évite en allant à Tin-Eselmaken qui

se présente mieux à ce point de vue très spécial.

La Source du Figuier a permis autrefois de cultiver un jardin dont

il existe encore les ruines. Quelques palmiers subsistent également,

dont deux au moins sont en très bonne santé.

Je crois qu’en améliorant les conditions de captage, on pourra

tirer de cette source une quantité d’eau appréciable.

La position de la Source du Figuier, assez au-dessus du lit de

l’Ir’err’er, au pied de la falaise des Grès inférieurs des

Tassilis, permettra d’amener son eau par gravité en conduite

jusqu’à la Centrale d’eau d’Amguid ;

2º _Tin-Eselmaken._ — Par une profonde entaille dans la falaise

qui forme le flanc Est de la vallée de l’Ir’err’er débouche

la profonde gorge de Tin-Eselmaken, encaissée jusque-là dans les

plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes.

_Les observations que j’ai pu faire sur la mare de Tin-Eselmaken

sont les suivantes :_

_a)_ Le fond n’est pas rocheux ; par suite l’on ne saurait

assimiler cette mare à un aguelmam typique, tel Afelanfela, près de

Tiounkenin (dans l’Emmidir), tels Ens-Iguelmamen (dans l’Oudan,

gara Ti-Djanoun), tel In-Ebeggi (dans le massif de l’Assgaffi,

etc., etc.) ;

_b)_ L’eau à l’amont de cette mare est toujours pure alors

qu’il n’en est pas de même à la partie aval.

Après un mois de séjour à Amguid, en même temps que des tribus de

Touareg (Eaohen-n-ada et Kel-Amguid), qui possédaient un important

cheptel de chameaux et surtout de chèvres, j’eus l’occasion de

constater que en même temps que l’élargissement terminal aval de

la mare avait considérablement diminué d’importance (en effet,

alors qu’à mon arrivée c’était un plaisir d’y nager, à

mon départ une grande partie était à sec et ce qui subsistait

de cet élargissement terminal ne permettait pas des ébats de cet

ordre), ce qui y restait d’eau était devenu une eau imbuvable,

épouvantablement chargée d’urine de chèvre et de chameau,

à tel point que, seul l’élargissement terminal de la mare se

prêtant à l’abreuvage des bêtes (pour des raisons d’accès)

et l’eau en étant refusée même par les chameaux, les Touareg

avaient dû renoncer à abreuver leurs troupeaux à Tin-Eselmaken

et recourir à la Source du Figuier, malgré le caractère fatigant

qu’y ont les opérations d’abreuvage ;

_c)_ De nombreux poissons (_Barbus biscarensis_) animent les eaux

de Tin-Eselmaken ; certains atteignent une taille de 20 et même

30 centimètres.

A mon arrivée dans la région d’Amguid ces poissons mettaient

de la vie dans toute la mare ; dans la suite ils se réfugièrent

en amont, là où l’eau était restée pure, ainsi que gyrinides,

dysticides et autres bêtes de ces eaux[54] ;

_d)_ De nombreux lauriers-roses (Defla) couvrent les berges de la

mare de Tin-Eselmaken ; on compte trois palmiers.

_De ces observations il résulte qu’on peut considérer la mare

de Tin-Eselmaken comme permanente et constamment alimentée en amont._

Cette eau semble avoir pour origine la venue en surface de l’eau

absorbée en amont lors des pluies par les alluvions de l’oued

Tin-Eselmaken et qui jusque-là avait cheminé en profondeur dans

ces alluvions.

On ne peut affirmer que cette source de Tin-Eselmaken n’est pas

également en relation avec le contact à proximité en profondeur des

Grès inférieurs avec les Schistes cristallins par les Conglomérats

de base.

Les Grès inférieurs semblent en effet susceptibles d’être

l’objet d’un réseau intérieur de circulation d’eau.

Au-dessus de Tin-Eselmaken on peut voir en effet, dans la falaise,

et sur le flanc gauche, une ouverture à mi-hauteur d’où, lors

des pluies, et pendant quelques jours après, l’eau sortirait en

cascade (renseignements touareg).

Entre Tin-Eselmaken et la Source du Figuier, à mi-chemin à

peu près, on peut également observer dans la falaise de Grès

inférieurs et, assez au-dessus du contact par les Conglomérats

de base avec les Schistes cristallins, une sorte de replat herbeux

formant tache verte. Les Touareg me dirent qu’il y avait là une

source appelée Tin-Tarabin par certains, alors tarie, mais qui

coulait parfois après les pluies ; j’ai grimpé jusqu’en ce

lieu escarpé et j’ai constaté la présence, au replat herbeux,

d’un puisard (sans doute pour puiser l’eau absorbée par les

terres du replat), ce qui confirme bien les dires des Touareg de

l’existence d’un point d’eau à cet endroit ; un mechbed dans

les éboulis et de nombreux tombeaux anté-islamiques (?) montrent

que ce point d’eau fut même assez fréquenté et assez important.

Il n’y a donc pas de doute, les Grès inférieurs peuvent abriter

dans leur sein une assez importante circulation d’eau.

Il n’en est pas de même en général dans les mêmes proportions

_et de la même manière tout au moins_ des roches granitoïdes et

des Schistes cristallins.

On comprend dès lors que le contact de ces deux roches puisse

provoquer le rassemblement ou la liaison des eaux selon la ligne

de contact, le gorgement par elles des fentes et divers chemins

possibles de circulation d’eau au bas des Grès inférieurs et

provoquer, par suite, des sources au voisinage du contact.

Lorsqu’il y a des fissures dans les Schistes cristallins ou

des filons, les eaux peuvent descendre en dessous du contact,

suivre les fissures ou cheminer entre la roche filonienne et la

roche encaissante ; ainsi s’expliquent des sources en dessous

de ce contact, dans le Cristallin, comme In-Ebeggi (des Tassilis)

et d’autres situées le long de l’escarpement du bord interne

des Tassilis internes. Ces sources sont rarement très en dessous du

contact et il apparaît clairement que leurs conditions d’existence

sont liées à l’existence voisine de ce contact.

On comprend donc que de même que pour la Source du Figuier,

l’on puisse croire, pour la source de Tin-Eselmaken, qu’il y

ait peut-être, outre les relations avec la nappe phréatique de

l’oued Tin-Eselmaken, quelques relations entre son existence et

le voisinage du contact des Grès inférieurs par les Conglomérats

de base avec les Schistes cristallins.

Cette discussion théorique n’est pas déplacée ici, la

détermination d’un mode habituel de gisement d’eau dans ces

régions pouvant aider dans des recherches ultérieures.

Quel est le débit que l’on peut espérer de la source de

Tin-Eselmaken ?

J’ai séjourné à Amguid en pleine chaleur ; l’évaporation

était donc très intense ; la surface offerte par la mare d’Amguid

est assez considérable ; le nombre de bêtes abreuvées par

jour était d’environ 300 chèvres et 30 chameaux en moyenne ;

la venue d’eau n’équilibrait pas cette perte d’eau puisque

l’élargissement terminal fut en partie asséché en un mois.

_Je crois néanmoins que, dans de bonnes conditions de captage,

on peut espérer tirer de Tin-Eselmaken un litre à la seconde._

L’eau de Tin-Eselmaken pourra être amenée par gravité jusqu’à

la Centrale d’eau ;

3º _Source de Tihoubar_ (ou _Aïne-Bou-Mesis_). — Si l’on

remonte l’oued Arami (ou oued Tounourt), cet oued qui débouche

dans la vallée de l’Ir’err’er à quelques kilomètres au Nord

de Tin-Eselmaken et du lieu-dit d’Amguid, on parvient après une

quinzaine de kilomètres à un point d’eau très important appelé

Tihoubar ou Aïne-Bou-Mesis[55].

Là, j’ai constaté la présence d’une source assez abondante

d’eau excellente ; plusieurs palmiers, des ruines de jardins

importants, de nombreux lauriers-roses, des roseaux, attestent de

la richesse relative en eau de ces lieux.

La culture fut abandonnée récemment (il y a trois ou quatre ans),

paraît-il, par suite de l’insécurité du pays.

Il semble qu’il y eut deux sources, mais une seule a subsisté,

l’autre n’ayant pas été entretenue sans doute.

Cette source de Tihoubar est permanente (d’après les Touareg,

entre autres Amaïs qui la connaît très bien, Aïne-Bou-Mesis étant

dans son terrain de parcours un endroit de pâturage affectionné ;

c’est Amaïs également qui récolte les quelques dattes que

donnent les palmiers d’Aïne-Bou-Mesis).

Je crois qu’en améliorant le captage, en particulier en creusant

plusieurs drains, on pourrait tirer du vallon d’Aïne-Bou-Mesis

plus d’un litre à la seconde.

On pourrait amener par gravité cette eau jusqu’à la Centrale

d’eau.

Telles sont les trois sources que l’on trouve dans le voisinage

d’Amguid et qui pourraient alimenter la Centrale-Eau d’Amguid ;

_b)_ EAUX DE PUITS. — Mais là ne se bornent pas les ressources

en eau dont pourra disposer cette Centrale-Eau ; si elles ne

se montraient pas suffisantes, ou leur débit en dessous de mes

prévisions, on pourra avoir plus d’eau par des puits :

1º _Puits de Tounourt._ — A l’endroit où l’oued Arami

débouche dans la dépression de Tounourt (à quelques kilomètres

d’Amguid) se trouve un puits peu profond (2 ou 3 m.) très abondant,

appelé Tin-Tedjert, d’eau excellente[56] ; ce point fournira un

apport sérieux. On pourra y mettre trois ou quatre puits.

D’autre part, des indices certains (présence de Tourha (T) ou

Kerenka (A)[57] donnent le droit de compter dans la dépression de

Tounourt, au parfait succès de puits de quelques mètres (4 à

6 m.) de profondeur ; les Tourha pourront servir d’indicateurs

d’emplacements de puits.

Enfin, des puits seraient particulièrement bien placés juste avant

(en amont) et dans le défilé par lequel l’oued Arami sort de la

dépression de Tounourt et traverse la masse fortement relevée des

Grès inférieurs pour se jeter dans l’oued Ir’err’er.

La dépression de Tounourt permet donc l’établissement d’un

précieux champ de puits de faible profondeur (4 à 6 m.) bien

alimentés, semble-t-il, particulièrement à l’entrée et vers la

sortie de l’oued Arami (ou oued Tounourt) et à quelques kilomètres

de la Centrale d’eau.

2º _Puits de l’Ir’err’er._ — Enfin on pourra creuser un

puits dans les alluvions de l’oued Ir’err’er.

Ce puits serait bien placé à la hauteur du défilé de l’oued

Arami (d’ailleurs, sur la carte au 1/800.000, il est marqué un

puits en cet endroit : les Touareg en ont été très étonnés et

m’ont dit n’avoir aucun souvenir qu’il y ait eu jamais un puits

là, je n’ai donc pu avoir aucun renseignement sur la profondeur

de ce puits) ; l’emplacement indiqué sur la carte serait excellent.

Ce puits sera vraisemblablement très bien alimenté : n’est-ce pas

dans cette région d’Amguid que se réunissent probablement dans

les alluvions, en profondeur, toutes les eaux du bassin supérieur

si vaste de l’Ir’err’er ?

Je ne peux donner aucune indication sur la profondeur à laquelle

on trouvera le roc et jusqu’à laquelle on devrait creuser le

puits pour traverser toutes les nappes aquifères de ces alluvions

et avoir le rendement maximum en eau.

On a déclaré qu’il y avait là, en profondeur, des eaux

artésiennes ; je ne le crois pas, mais ce n’est pas impossible,

des niveaux argileux pouvant emprisonner des eaux en charge (la

charge venant de l’amont).

_c)_ CONCLUSION. — _On voit que les ressources en eaux dont pourrait

être dotée la Centrale-Eau d’Amguid sont très satisfaisantes

pour le pays (et pourtant je n’ai envisagé que les eaux très

proches d’Amguid et n’ai parlé ni des barrages-citernes, que

l’on pourrait établir, ni des eaux que l’on pourrait rechercher

par sondage en roche)._

Cependant je tiens à attirer l’attention sur ce que le pays

d’Amguid n’ayant jamais été l’objet d’une succion d’eau

aussi intense que celle qui serait faite au cas où on réaliserait

ce projet, on peut craindre à la suite de périodes sèches trop

longues le tarissement de certaines sources et de certains puits,

mais je ne crois pas de la totalité.

_L’emplacement de cette Centrale-Eau qui serait le plus favorable,

serait le point de la voie qui nécessiterait la moindre longueur

de connexions avec les différents points d’eau._

_Je crois qu’elle serait bien placée à côté du puits de

l’Ir’err’er._

* * * * *

[Note 53 : Extrait d’un rapport fait pour M. Fock par l’auteur

de ce travail.]

[Note 54 : L’absence de _Branchipus_ à Tin-Eselmaken semble

indiquer que les eaux de Tin-Eselmaken ne sont pas stagnantes.]

[Note 55 : Il n’est pas marqué sur la carte au 1/1.000.000.]

[Note 56 : Lorsque j’ai passé à Tounourt ce puits était comblé,

l’oued Arami étant « venu » récemment. J’ai fait boire mes

chameaux à un « abankor » voisin qui traduisait l’état encore

très gorgé d’eaux des alluvions de l’oued Arami, par suite de

cette dernière venue.]

[Note 57 : _Calotropis procera_.]

II

ÉTUDES BOTANIQUES

* * * * *

DE LA FLORE DU MASSIF CENTRAL SAHARIEN

OU

DE LA FLORE DU PAYS TARGUI

(Caractères généraux)

* * * * *

Nous avons vu précédemment que la flore des pays

crétacico-tertiaires sud-constantinois, du Sahara arabe,

flore de pays de vastes sables et d’immensités calcaires en

général à faibles reliefs tabulaires, de pays géologiquement et

morphologiquement plutôt monotones constituait une végétation dont

la note dominante caractéristique était donnée par l’abondance

des Salsolacées et était elle-même une flore monotone et peu

variée.

La flore du Massif Central Saharien[58] au contraire est variée,

diverse, et les Salsolacées n’en sont plus la note essentielle.

Elle est plus variée, en effet, d’aspect général déjà et pour

l’œil d’un observateur non spécialement botanique car alors

qu’en Sahara arabe la végétation se borne d’ordinaire à des

buissons et à des touffes, ici, dans le Massif Central Saharien

les arbres sont bien représentés et souvent fort beaux dans les

lits d’oueds.

Ceci est un des caractères du pays des touareg, qui a frappé tous

les explorateurs qui l’ont visité ; il a même prêté à des

exagérations issues du contraste que l’on voulait marquer entre le

Sahara que l’on venait de traverser et le pays où l’on arrivait.

Ce caractère tient à ce qu’en pays targui les oueds encaissés et

humides sont nombreux, alors que dans les pays crétacico-tertiaires

sud-constantinois c’est une rareté, limitée en général dans les

régions que nous avons parcourues au Tademaït et au Tinghert (dont

nous avons noté précédemment les quelques arbustes et arbres).

*

* *

DES ARBRES ET ARBUSTES DU PAYS TARGUI.

L’étude de ces arbres va à elle seule nous montrer le caractère

varié de la flore ahaggarienne en même temps que le changement qui

se produit dans la végétation quand l’on passe du Sahara arabe

en pays targui.

1º Le _Tourha_ (T) ou _Kerenka_ (A) ou _Calotropis procera_ Ait.[59].

C’est là un arbre qui frappe dès que l’on arrive en pays targui

par ses feuilles d’un vert franc et grandes.

Je ne l’ai pas trouvé dans le Sahara arabe.

Je l’ai observé dès Tanout-Mellel (où un bel exemplaire est

situé à quelques mètres du puits), dans le Tahihout, l’oued

Tounourt, l’oued Khanget-el-Hadid et l’oued Tilia, etc.

On voit que sa limite Nord correspond à peu près à celle du pays

targui, du Massif Central Saharien, vers le Nord.

Il est très répandu dans l’Ahaggar où on en voit de très beaux

exemplaires qui atteignent une taille de 5 ou 6 mètres. Citons ceux

de l’oued Iskaouen (dans les Tassilis internes), en particulier à

Inémiragen, ceux du cirque intérieur du Tellerteba, ceux des ravins

du massif du Tala-Malet qui débouchent dans l’oued Inouaouen, etc.

C’est un arbre qui ne croît que dans les lieux très humides ;

il est un indice sûr qu’en creusant on trouvera de l’eau au

maximum à 4 mètres de profondeur.

Il est très répandu au Soudan.

Voilà déjà une des caractéristiques de la flore targuia :

on y trouve de nombreuses plantes actuellement, principalement

répandues au Soudan et inconnues dans les pays crétacico-tertiaires

sud-constantinois ;

2º Le _Telôkat_ (T) ou _Ficus eucalyptoïdes_, Batt. et Trab. Voilà

un arbre spécial à l’Ahaggar et il est fort beau. Lui aussi

a des feuilles, de vraies feuilles, qui ressemblent à celles de

l’Eucalyptus ; c’est une chose qu’on n’est pas accoutumé

à voir en Sahara arabe où les quelques arbres que l’on trouve

(je fais abstraction du _Populus Euphratica_, qui est localisé dans

l’oued Mya), les Tamaricinées n’ont rien de comparable comme

appareil foliaire.

J’en ai vu deux superbes exemplaires, l’un dans le massif du

Briri, au-dessus de la source appelée Naher, et l’autre dans

l’Oudan, au bas de la célèbre gara Ti-Djanoun, à quelques mètres

de l’aguelmam de l’oued Ens-Iguelmamen, où il est associé au

_Nerium Oléander_ ; enfin, j’en ai vu de nombreux exemplaires

de petite taille, un vrai peuplement, sur le flanc Ouest du Briri,

en aval de Naher.

D’après les Touareg, cet arbre est répandu dans les vallées

profondes et humides du Tifedest-Ta-Settefet.

Jusqu’à maintenant il n’était connu que par la description

de Battandier et Trabut, d’après les rameaux et fructifications

transmis par le général Laperrine à ces savants botanistes ;

il était indiqué des Tassilis de l’Ajjer.

D’après mes observations, il est donc répandu également dans

le Pays cristallin, dans le Tifedest ;

3º Le _Telôkat_ (T) ou _Ficus Telôkat_ Bat. et Trabut.

Je n’ai pas rencontré cet arbuste voisin du précédent ; il est

cité du Tassili de l’Ajjer ; il est probable qu’il se trouve

également dans le Pays cristallin, dans le Tifedest en particulier.

Ces deux _Ficus_ ne sont connus que du Massif Central Saharien :

leur existence souligne l’individualité de cette flore ;

ils appartiennent à une section de _Ficus_ dont ils sont les

représentants les plus septentrionaux : ils accusent donc également

des affinités soudanaises beaucoup plus que septentrionales dans

les caractères essentiels de la flore persistante du Massif Central

Saharien ; c’est ce que l’on constate en général aux altitudes

point trop élevées ;

4º Le _Tamat_ ; c’est un _Acacia_ voisin du _Teleh_, que nous avons

cité comme apparaissant dans le Tademaït et la Hamada de Tinghert

(et venant du Sud).

Il s’en distingue par ses fleurs en boules jaune d’or (alors que

celles du _Teleh_ sont de couleur blanchâtre) très parfumées,

par ses fruits non en tire-bouchon comme ceux du _Teleh_, par son

allure particulière et son habitat (en général il est plus exigeant

d’humidité que le _Teleh_).

Chudeau le qualifie d’_Acacia arabica_ Willd. ou _A. Adansonii_

Guill. et Perr., mais il lui donne une répartition très

méridionale.

Dans les comptes rendus de la mission Foureau-Lamy il est qualifié

d’_Acacia Trentiniani_ A. Chev. Mais il est indiqué comme sans

feuilles ni fleurs de février à octobre, et j’ai vu des _Tamats_

en feuilles en mai.

Le Dr Bonnet le considère comme étant l’_Acacia Seyal_ Delc.

Il semble que sa limite Nord soit celle du Massif Central Saharien,

qu’il ne pénètre pas dans les pays crétacico-tertiaires

sud-constantinois.

Je l’ai trouvé en particulier représenté par un beau peuplement

à Titahouine Tahart (près d’Amguid) et à Tihobar (appelé

Aïne-bou-Mesis par les Arabes), près de l’oued Arami (également

dans la région d’Amguid). C’est encore un arbre plus ou moins

soudanais, qui apparaît en venant du Nord, dès qu’on pénètre

dans le pays targui. Sa taille n’atteint généralement pas celle

du _Teleh_ et il est presque toujours en forme de parasol ;

5º L’_Ahtès_ (T), peut-être ? l’_Acacia albida_ Del.

C’est un arbre généralement de grande taille mais plutôt

rare. Je ne l’ai rencontré qu’en trois endroits : à Tihoubar,

ou Aïne-bou-Mesis (à l’est d’Amguid), dans l’oued In-Ebeggi

(près de l’oued In-Sakan) et dans l’oued Terrinet (près

d’Idelès) (là associé à une plante grimpante, une sorte de

liane accrochée aux basaltes) ; ces trois endroits étaient très

humides, il semble donc qu’il exige beaucoup d’humidité.

Ces localités suffisent pour montrer qu’il est répandu dans tous

le pays targui et remonte au Nord jusqu’à ses confins.

Il est cité comme du Damergou par Fouraut ; encore une limite à

remonter vers le Nord, jusqu’aux confins septentrionaux du Massif

Central Saharien.

Décidément, là vraiment, quand on vient du Nord, il y a un brusque

changement, de nombreuses apparitions simultanées d’espèces

nouvelles, là vraiment apparaît une flore nouvelle : la flore

targuia ;

6º Le _Teleh_ (A) ou _Abser_ (T) ou _Acacia tortilis_ Hayne.

C’est un des arbres les plus répandus du pays targui et

nous avons vu qu’il remontait au Nord jusque dans les pays

crétacico-tertiaires (Tademaït et Tinghert). Il arrive à une fort

belle taille (7 à 8 m.) et forme souvent de véritables bois.

Citons les beaux peuplements de _Teleh_ d’In-Delah (au débouché

de l’oued Iskaouen, sur le Tahihaout), de l’oued Iskaouen et des

oueds qu’il reçoit, de l’oued Tigamaïn-n-Tisita, de l’oued

Inouaouen (contre le massif du Tala-Malet), etc.

Les fruits du _Teleh_ servent à faire une nourriture reconstituante

pour les chameaux ; les fruits et les feuilles sont très appréciés

des chèvres (et des gazelles d’ailleurs) et bien souvent, pour

nourrir les chèvres, les Touareg incisent ses grosses branches à

leur naissance, de façon à ce qu’elles pendent et deviennent

accessibles aux chèvres.

On voit de beaux arbres ainsi complètement abîmés et l’on se

demanderait pourquoi, si l’on n’avait vécu avec les Touareg.

Ses épines servent d’aiguilles aux femmes touareg.

Je dois citer un _Teleh_ qui est sacré : c’est celui de Tihoubar ou

Aïne-el-Hadj-el-Bekri (dans l’Emmidir), situé près de la tombe

du marabout targui El Hadj-el-Bekri, un des fils de El Hadj-el-Foki

(le frère de Cheik Othman que Duveyrier a rendu célèbre), un des

frères de Sidi-Moussa.

Ce _Teleh_ doit au voisinage de cette tombe très respectée où

l’on va faire ses dévotions, d’être lui-même sacré : il est

défendu de l’abîmer pour que les pèlerins trouvent toujours

près de lui une ombre agréable avec la chaleur ; quand on passe

par là, il est d’usage de camper sous cet arbre.

Cette tombe est très respectée également parce que El Hadj-el-Bekri

fut le père d’un amenokal célèbre : El Hadj-Ahmed.

Le _Teleh_ est encore un arbre du Massif Central Saharien qui est

plus ou moins soudanais ;

7º L’_Atil_ (A) ou _Agar_ (T).

C’est le _Moerua rigida_ R. Br. et, d’après Chudeau, parfois

le _Cadaba farinosa_ Forsk.

Je l’ai trouvé dès l’oued Tassirt, dans les Tassilis externes

(qui se jette dans l’oued In-Dekak) ; il est assez répandu un

peu partout dans le Massif Central Saharien ; c’est un arbre sans

épines et à petites feuilles.

C’est également un arbre soudanais : nous constatons donc encore

qu’une espèce soudanaise remonte jusqu’aux confins septentrionaux

du pays targui, du Massif Central Saharien.

Au Hoggar · 第 7 / 13 段