La mise a nu du cristallin dans l’axe de ces anticlinaux

correspond à des dépressions, sans doute parce que les Gneiss,

Granits et Micaschistes, roches hétérogènes, se désagrègent

plus facilement sous l’action de l’érosion saharienne[36],

que les grès quartziteux des Tassilis.

Et dès qu’ils sont mis à nu, les facteurs d’érosion ayant

plus de prise sur eux, leur démolition est plus rapide.

C’est pour cette même cause sans doute que le contact des Grès

inférieurs des Tassilis et du Cristallin se traduit par la saillie

considérable des plateaux gréseux, sur le Pays cristallin, par un

bâten (falaise) imposant qui entoure comme une barrière tout le

Pays cristallin au Nord-Est, Nord et Nord-Ouest.

[Illustration : PLANCHE VIII.

Enceinte tassilienne. Le cañon de l’oued Iskaouen dans les Grès

inférieurs (Tassilis internes).

Un _Etel_ (_Tamarix articulata_).]

Pour expliquer la formation de cette imposante barrière, on a

invoqué la présence d’une faille qui suivrait le bord interne

des Tassilis internes.

Rien ne nous permet d’admettre l’existence de cette faille pour le

moment, tout au moins l’existence aussi générale de cette faille.

La présence de témoins des Grès inférieurs des Tassilis sur

le Pays cristallin très loin du « bâten » en question semble

obliger soit à rejeter l’explication par failles d’une manière

générale, soit à placer cette faille à une assez grande distance

du « bâten » actuel, dans le Pays cristallin.

Ainsi, la gara Holla, à une trentaine de kilomètres des Tassilis,

domine le Pays cristallin de l’Edjéré de son plateau escarpé,

de Grès inférieurs des Tassilis.

Nous croyons que, en l’absence d’autres explications générales

possibles actuellement, on doit admettre pour la formation de cette

falaise, l’explication donnée plus haut.

*

* *

L’Enceinte tassilienne dont nous venons d’ébaucher l’étude

et dont l’altitude ne dépasse guère 1.700 mètres, entoure un

pays dont les montagnes atteignent de grandes altitudes (Tahat,

3.000) ; c’est le Pays cristallin.

En outre, les Pays pré-tassiliens, l’Enceinte tassilienne, étaient

des pays à reliefs plus ou moins tabulaires, des pays tabulaires ;

le Pays cristallin, lui, n’a pas ce caractère.

=Du Pays cristallin.=

C’est l’immense pays de l’Ahaggar (ou Hoggar).

Vaste pays de schistes cristallins percés d’intrusions de

roches granitoïdes, injectés de pegmatites et de diverses roches

filoniennes, souvent recouverts d’épanchements et d’appareils,

et traversés de dykes volcaniques.

_Des Schistes cristallins._

Le Massif Central Saharien a été décapé de sa couverture primaire

(cambro (?)-silurienne) tout au moins à sa périphérie et les

Schistes cristallins que nous avons vu apparaître en discordance

sous l’Enceinte tassilienne, sont à nu sur une immense surface.

(On ne sait si la couverture primaire a couvert tout ce Pays

cristallin actuellement à nu, dans l’absence de témoins, reconnus

à ce jour, de cette couverture dans le centre du Pays cristallin ;

il se peut qu’une partie de l’Ahaggar depuis les mouvements

saharidiens dont il sera parlé plus loin soit toujours restée

émergée, que les mers primaires n’aient jamais complètement

recouvert le Pays cristallin, et qu’il y ait eu là un continent

permanent, un « asile » depuis les débuts de l’ère primaire

jusqu’à nos jours ?!.

On ne peut, pour le moment, affirmer quoi que ce soit à ce sujet.)

On trouve toute la gamme des schistes cristallins ; les gneiss

dominent.

Il semble que ces roches, métamorphisées de façon et à des degrés

variés, aient été des plus diverses avant leur transformation

par les différents métamorphismes : grès, marnes et calcaires,

roches d’épanchement volcaniques, etc., semblent avoir été

représentés.

Nous avons recueilli de nombreux échantillons de ces Schistes

cristallins.

L’étude minéralogique de ces échantillons, recueillis le long

d’un itinéraire filiforme dans le Pays cristallin ne rentre pas

dans le cadre de cet exposé général[37].

Nous laissons donc de côté l’étude minéralogique de ces Schistes

cristallins de l’Ahaggar en attendant que des études de longue

haleine nous permettent de les grouper suivant leur rapport avec les

îlots de roches intrusives, suivant les influences diverses qu’ils

ont pu subir : injections filoniennes, actions mécaniques, etc.,

et suivant les zones de profondeur auxquelles ils peuvent appartenir.

L’étude des Schistes cristallins de l’Ahaggar à ces points

de vue, pourra revêtir un grand intérêt général par suite de

la nudité de ces pays qui se prêtent plus qu’aucun autre à des

études de cet ordre.

Ce sur quoi nous désirons attirer l’attention, _c’est l’âge

de ces Schistes cristallins, ainsi que l’âge et la forme de leurs

plissements propres_.

*

* *

_L’âge des formations qui sont devenues les Schistes cristallins

est, peut-être, anté-cambrien._

En effet, nous avons vu que l’Enceinte tassilienne reposait en

discordance sur les Schistes cristallins plissés.

Dans cette enceinte, nous avons montré l’importance des formations

siluriennes.

Même dans l’éventualité de la démonstration de l’absence du

Cambrien à la base, on peut conclure avec beaucoup de probabilité

à l’âge anté-cambrien des Schistes cristallins : _car on peut

considérer comme très longue la période qui sépare la date du

dépôt des formations qui sont devenues par métamorphisme les

Schistes cristallins, de la date de la transgression marine qui

débuta par la formation des Conglomérats de base de la série

tassilienne_.

1º La transgression marine s’est faite en effet après le

plissement, après l’injection de tout ce complexe cristallin par

les pegmatites et après que l’érosion eut atteint ces filons de

pegmatite (car nous avons constaté que la couverture tassilienne

repose directement, en de nombreux points, sur un substratum de

Schistes cristallins injectés de pegmatite).

2º Avant cette transgression, en effet, le « rabotage » du massif

avait été très loin : le granit avait été atteint, ainsi que les

diverses roches intrusives profondes (nous avons vu en divers points

les Grès inférieurs reposer par les Conglomérats de base sur le

granit) et il ne restait aucun élément non métamorphisé sous la

couverture tassilienne, elle, non métamorphisée (nous n’avons vu

nulle part dans le Pays cristallin de sédiments non métamorphisés,

ni aucun explorateur).

3º Enfin le caractère général de cette discordance n’est pas en

effet pour inciter à croire courte la période qui s’est écoulée

entre plissement et transgression.

C’est pourquoi nous croyons ne pas nous écarter d’une

très grande probabilité en qualifiant les Schistes cristallins

d’anté-cambriens.

_Dans ces Schistes cristallins peut-on faire des divisions

stratigraphiques ?_

Cela est impossible encore.

On est tenté de distinguer des pays de Schistes cristallins de

caractère peut-être plus ancien.

Mais il n’est, pour le moment, pas prudent de s’abandonner à

cette séduction.

La présence de discordance typique stratigraphique sur laquelle on

puisse se fonder, avec conglomérats, dans les Schistes cristallins

n’a pas en effet été observée, ni par nos prédécesseurs ni

par nous-même.

Des quartzites (entre autres la pyramide de l’In Kaoukan dans

l’Anahef) ont été observés par M. Buttler en légère discordance

sur des gneiss sous-jacents.

Rien ne donne à cette discordance une importance suffisante

pour le moment, ni caractère nettement stratigraphique (absence

de conglomérats), ni grande extension, qui permette déjà

de fonder sur elle une coupure dans les Schistes cristallins

anté-cambriens. Mais elle laisse prévoir la possibilité d’une

pareille éventualité[38].

*

* *

On avait tout d’abord, à la suite des découvertes de la Mission

Flatters, rattaché les plissements propres aux Schistes cristallins,

qui apparaissent au Sud des Tassilis, aux plissements calédoniens.

Puis, les découvertes des Schistes du Tindesset par la Mission

Foureau-Lamy, considérés comme de la fin de l’Ordovicien, des

Schistes d’El-Khenig, par le Capitaine Cottenest, considérés

comme gothlandiens, avaient jeté quelque trouble dans les idées

admises jusque-là sur la date de ces mouvements.

Les conditions de gisement de ces Schistes à Graptolithes

n’ayant pu être éclaircies, on avait admis soit que ces schistes

appartenaient à une partie non métamorphisée de l’ensemble

des formations qui, métamorphisées, avaient donné les Schistes

cristallins, — et alors l’hypothèse calédonienne restait

absolument acceptable — soit que ces Schistes à Graptolithes

considérés tous comme siluriens supérieurs, étaient à la base du

complexe gréso-argileux dévonien, et alors il fallait admettre que

les plissements qui avaient intéressé les Schistes cristallins et

qui leur étaient propres étaient antérieurs à certains mouvements

calédoniens typiques.

Mais, par suite de l’incertitude régnant en Ecosse sur la question

de savoir si le Silurien supérieur avait été intéressé par

les mouvements calédoniens, on avait voulu y voir les premiers

mouvements calédoniens. C’est cette dernière opinion qui était

celle de Suess qui déclarait qu’on ne saurait prétendre que les

Saharides ne se révèleraient pas quelque jour comme le prolongement

des Calédonides.

Ces plissements propres aux Schistes cristallins de l’Ahaggar

furent dénommés _Saharides_ par Suess, en attendant que des

explorations ultérieures permettent de les rattacher avec certitude

aux Calédonides.

Maintenant que nous avons étudié les relations des Schistes argileux

à Graptolithes avec les Schistes cristallins, nous pouvons déclarer

que les Schistes cristallins ont été plissés avant le Silurien

— et vraisemblablement avant le Cambrien.

La possibilité de réaliser les espoirs de Suess et de rattacher

les Saharides aux mouvements calédoniens est donc écartée à

tout jamais.

Ces mouvements sont trop antérieurs aux mouvements calédoniens.

_Et nous croyons pouvoir admettre que les mouvements les plus

récents qui ont plissé les Schistes cristallins avant le dépôt en

discordance dessus de la couverture tassilienne, sont algonkiens_,

et faisons toutes les réserves sur l’existence de mouvements

antérieurs (discordance de l’In Kaoukan ?) intéressant une partie

des Schistes cristallins, qui peut être mise en lumière un jour

par l’étude approfondie du Pays cristallin.

_Ainsi, les Saharides (pour conserver l’appellation de Suess)

sont algonkiennes._

_C’est là un des résultats de notre mission dont nous sommes

fier que la démonstration de l’existence d’un_ « =Faîte

saharien= » _algonkien, comparable au « Bouclier canadien »[39],

au « Faîte sibérien » et au « Bouclier baltique »._

_Etudions maintenant les plissements eux-mêmes._

Tout d’abord, il convient de faire remarquer que l’état actuel

de plissement des Schistes cristallins est le résultat de mouvements

complexes.

Il est possible que pour certains des Schistes cristallins, les

mouvements algonkiens se soient déjà superposés à d’autres

antérieurs (discordance de l’In Kaoukan ?).

D’autre part, les Schistes cristallins plissés par les mouvements

algonkiens ont sans doute été repris (la partie voisine de

l’Enceinte tassilienne tout au moins) par les plissements

postérieurs que nous avons décrits dans l’Enceinte tassilienne

et qui ont déterminé l’allure festonnée de cette enceinte, par

le découpage des régions anticlinales provoquant des avancées du

Pays cristallin.

On ignore même si ces mouvements qui ont plissé l’Enceinte

tassilienne n’ont pas eu une grande ampleur dans l’Ahaggar,

et si cet Ahaggar ne présente pas actuellement le résultat de

la mise à nu du Cristallin par décapage d’un vaste bombement

d’âge alpin (?) ridé sensiblement Nord-Sud, avec tendance

vers une direction Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est (les rides les plus

accentuées se trouvant vers l’Ouest), par les mouvements hercyniens

ou calédoniens (?) ou hercyniens et calédoniens (?) qui ont agité

l’Enceinte tassilienne.

Ce dôme qui est décapé maintenant de sa couverture primaire

pouvait même être une région de violents plissements primaires

et les régions anticlinales de l’Enceinte tassilienne, dont nous

avons esquissé les traits, ne représenteraient peut-être que les

terminaisons mourantes vers le Nord des vastes rides de ce dôme

qui, dans les régions ahaggariennes auraient été beaucoup plus

accentuées, allant peut-être jusqu’au déversement et même à

des nappes de charriage[40].

Cette hypothèse n’a rien d’impossible :

L’Enceinte tassilienne avec son pendage vers la périphérie se

présente bien comme les bords d’un vaste bombement arasé et

sa disposition en guirlandes paraît bien être le résultat du

décapage d’un dôme plissé de rides sub-méridiennes (avec une

tendance vers une direction Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est).

Enfin, il est possible que le Pays cristallin ait été le théâtre

d’affaissements, de surrections, de mouvements épirogéniques en

relation avec les phénomènes volcaniques dont nous parlerons plus

loin, et avec les plissements tertiaires alpins dont ces incidents

pourraient avoir été le contre-coup : le contre-coup de l’Atlas.

_Il est donc difficile de déterminer, dans l’état actuel de

plissements des Schistes cristallins, la part des plissements

algonkiens, et la caractéristique de ces plissements._

Les observations que l’on peut faire au cours d’une rapide mission

d’exploration ne permettent pas de répondre avec précision

et certitude à ces questions ; une étude de longue haleine est

nécessaire.

_On a parlé d’une direction générale sub-méridienne des

plissements saharidiens._

En effet, on constate que beaucoup de crêtes de Schistes cristallins

dont certaines sont certainement de plissement surtout algonkien,

sont voisines de la direction Nord-Sud, mais toujours avec une

tendance vers Nord-Ouest-Sud-Est.

Ainsi, au mont Ahellakan où les Grès inférieurs des Tassilis

reposent très calmes sur les Schistes cristallins, ce qui permet de

considérer les plissements des Schistes cristallins dessous comme

purement algonkiens, on constate que la direction des plissements

est bien Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est.

Dans l’Edjéré, ces crêtes sont particulièrement nettes,

émergeant des coulées dont nous parlerons plus loin. Elles sont en

général plutôt Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est que Nord-Sud, avec le

pendage des Schistes dirigés vers l’Est, tout le long de l’oued

Tedjert en particulier.

Certaines crêtes sont dirigées presque Nord-Ouest-Sud-Est, en

particulier à l’Est de la gara Holla.

La gara Tersi est un synclinal de Schistes cristallins isolé en

« Monad-Nock », orienté Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est.

Dans la région Nord de l’Anahef, la région de l’In-Sakan,

les Schistes cristallins ont une allure très calme et forment

des plateaux ondulés, la direction des plissements semble encore

Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est.

(Je citerai parmi ces ondulations l’anticlinal-dôme de

l’In-Kaoukan.)

Dans la région d’In-Amdjel, les Schistes cristallins forment des

crêtes également sub-méridiennes. Là, ils semblent laminés ;

il se pourrait qu’il y ait eu des phénomènes de charriages.

_Ainsi on constate dans l’Ahaggar, dans les plissements des

Schistes cristallins, une direction dominante sub-méridienne

Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est, à laquelle ne semble pas être

étrangère la direction générale qui fut celle des mouvements

algonkiens, des Saharides dans l’Ahaggar._

Il n’est peut-être pas inopportun de rappeler ici que la direction

Nord-Ouest-Sud-Est est la direction des plissements algonkiens,

entre la mer Blanche et le Nord de la Norvège.

D’autre part, il convient de faire remarquer que nous ne connaissons

ces plissements algonkiens que par les régions du Nord et du Centre

de l’Ahaggar, que ce n’est là qu’un aperçu relativement

local sur ces plissements et qu’il est possible que d’autres

explorations nous apprennent qu’ils ont une autre direction ailleurs

et sont plus ou moins disposés en virgation.

Des explorations de la région entre Ahaggar et Tibesti seraient

très intéressantes à ce sujet, ainsi que des explorations des

pays cristallins de l’Eglab.

Cette direction sub-méridienne Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est qui

déjà dans l’Ahaggar n’est pas absolument générale, ne peut

encore être considérée comme la direction générale des Saharides,

pour le moment.

Les plissements postérieurs semblent avoir épousé plus ou moins

les directions des plissements algonkiens, avoir tout au moins été

influencés par elles.

Et c’est à l’influence des plissements algonkiens en particulier

qu’on pourrait peut-être attribuer la tendance Nord-Ouest-Sud-Est

des rides sub-méridiennes de l’Enceinte tassilienne, de date

postérieure, sinon le caractère sub-méridien lui-même de ces

rides.

_Des intrusions de roches grenues._

Les Schistes cristallins sont percés par des massifs de roches

intrusives granitoïdes ou grenues[41] variées, qui font contraste

par leurs dômes luisants ennoyés à la base par les produits de la

desquamation (boules) avec les crêtes fines des Schistes cristallins.

Ces massifs de roches intrusives granitoïdes sont la note dominante

dans la partie axiale du Tifedest où ils semblent disposés en

chapelets d’intrusions elliptiques.

Citons en particulier dans cette grande région allongée

sub-méridiennement des monts du Tifedest, comme type de ces massifs

de roches intrusives granitoïdes, les massifs de l’In Takoulemout

et de l’Iskarneïer à l’Est de l’oued Martoutic et de l’oued

Aor et à l’Ouest de l’Ir’err’er.

Dans la Koudia, la partie la plus élevée de l’Ahaggar, les

intrusions de roches granitoïdes jouent un rôle également

important.

Citons entre autres :

Les reliefs à l’Ouest d’Ideles, entre Ideles et Irhafock (avec

de beaux types de désagrégation en boule) ;

Le flanc Nord-Ouest du Tahat et au Nord-Ouest du Tahat les régions

de l’oued Tellet-Mellel, de l’oued Ti-n-Iferan aux environs

d’une source remarquable par ses figuiers dont l’altitude est

voisine de 1.700 mètres, et de l’oued Arrou aux mêmes altitudes.

Dans la partie haute de la Koudia des roches grenues apparaissent

parfois sous les coulées, jusqu’à de très hautes altitudes.

Ces intrusions de roches grenues paraissent avoir eu, quant au choix

des endroits de leur mise en place, une certaine prédilection pour ce

qui est devenu les régions axiales des vastes systèmes anticlinaux

actuels des Schistes cristallins, ou pour ce qui est devenu les

régions de plus grand bombement du pays des Schistes cristallins.

Il est très difficile de savoir de quand date la mise en place

de ces diverses roches granitoïdes, dans l’absence actuelle

d’éléments datés reconnus, postérieurs aux Schistes cristallins

anté-cambriens, avec lesquels on en puisse observer les rapports.

Certaines de ces mises en place sont anté-siluriennes (ou

anté-cambriennes ?), car le long de la Discordance tassilienne sous

les Grès inférieurs et leurs Conglomérats de base, on constate

la présence de roches granitoïdes. C’est le cas dans la région

d’In-Ebeggi (Edjéré) et dans la région de Titahouine Tahart

(ou Aïne-Karma) près d’Amguid.

D’autre part, les filons de pegmatites diverses qui injectent les

Schistes cristallins si généralement, qui sont en relation possible

minéralogique et génétique avec ces massifs intrusifs de roches

granitoïdes, sont arrêtés, comme nous l’avons souvent observé,

par la discordance et ne poursuivent pas leur chemin (du moins nous

n’en avons pas observé qui poursuivent leur chemin) au travers

des Conglomérats de base et des Grès inférieurs des Tassilis.

Cela semble prouver que ces injections filoniennes de pegmatites

sont antérieures au Silurien (ou au Cambrien ?) ; et on peut

considérer, semble-t-il, que beaucoup des intrusions de roches

granitoïdes de l’Ahaggar ont eu une mise en place anté-silurienne

(ou anté-cambrienne ?).

Mais il est possible que certaines mises en place soient de date

postérieure.

Cependant, rien ne le prouve jusqu’à maintenant.

L’existence de mises en place anté-siluriennes (ou

anté-cambriennes ?) est seule prouvée pour le moment.

_Des injections filoniennes._

Les Schistes cristallins sont en général injectés de roches

filoniennes, particulièrement de pegmatites variées, entre autres

de pegmatites à tourmalines et à minéraux[42].

Les pegmatites sont injectées avec une telle constance et une

telle abondance dans les Schistes cristallins, que c’est un des

caractères dominants du Pays cristallin, surtout de l’Anahef,

d’être lardé de pegmatites, et qu’on pourrait presque le

définir par ce caractère et l’appeler : _le Pays cristallin

pegmatitifère_.

Nous avons vu que ces pegmatites paraissent en général

anté-siluriennes (ou anté-cambriennes ?).

_Des volcans._

Enfin, ces Schistes cristallins, avec leurs intrusions de

roches grenues et leurs injections de pegmatites et autres roches

filoniennes, sont souvent recouverts de roches d’épanchement et

d’appareils volcaniques (cratères, dômes, aiguilles, brêches,

tufs) et sont traversés par des dykes également volcaniques.

Ces pays ont été le théâtre d’éruptions d’une ampleur

considérable et d’époques diverses.

Leurs formes usées par tous les agents de l’érosion depuis les

lointains temps primaires, ont été ainsi rajeunies par ces reliefs

volcaniques surimposés, et protégées également dans une certaine

mesure contre l’action ultérieure de l’érosion.

Et ce sont des aiguilles, monts et plateaux volcaniques qui

constituent actuellement les parties culminantes de la Koudia de

l’Ahaggar : le mont Tahat, l’Ilaman, l’Amdai, l’Asekrem[43].

Certains de ces volcans sont très bien conservés ainsi que leurs

coulées et analogues aux puys, gravennes, planèzes et cheires du

Massif Central Français.

Il est très difficile de dater ces éruptions en raison de

l’absence d’éléments stratigraphiques datés, reconnus à ce

jour dans ce vaste Pays cristallin de l’Ahaggar.

[Illustration : PLANCHE IX.

Le Pays cristallin. Les Basaltes de Tin ed’ness (Egéré).]

C’est en vain que nous avons cherché dans les alluvions que

l’on trouve sous les coulées des restes d’organismes permettant

d’avoir une idée de l’âge des épanchements.

On en est réduit à faire uniquement pour le moment, entre les

différents volcans et leurs coulées, des comparaisons fondées sur

l’état de conservation des appareils volcaniques et les relations

des coulées entre elles (quand c’est possible).

*

* *

Les principaux centres volcaniques dont nous avons constaté

l’existence sont les suivants :

a) _Au Nord et au pied du massif de l’Oudan_, entre ce massif et

le mont Edjeleh, et plus près de ce massif que l’Edjeleh, nous

avons constaté la présence de coulées basaltiques étalées en

vastes nappes qui couvrent une assez grande surface.

Ces coulées semblent récentes.

Leur existence n’avait pas été signalée jusqu’à maintenant ;

b) _Dans l’Edjéré et à l’Ouest de Tisemt_ nous avons rencontré

des volcans et coulées, de l’Hanou Tin-a-degdeg dans l’oued

Tedjert à Tisemt sur les bords de la plaine de l’Amadror.

Ces volcans sont remarquablement bien conservés. Tous leurs appareils

noirâtres font contraste avec les crêtes des Schistes cristallins

qui émergent parées de vives couleurs par les jeux de lumières

étonnants de ces pays des sombres coulées basaltiques.

Ces coulées s’étalent en général comme de véritables lacs

occupant les fonds des vallées, et les oueds se sont réfugiés sur

leurs bords, en suivant leur contact avec les Schistes cristallins ;

ces oueds ont souvent leurs rives parées de magnifiques colonnades de

prismes basaltiques, en particulier l’oued Tedjert de l’abankor

Ahalléllen (au Sud de Hanou-Tin-a-degdeg, lui-même au Sud de

Hanou-Tin-Edéjerid), à l’abankor Tin-ed’ness (près du redir

El-Arab).

Sur les bords de cet oued Tedjert, à Tin-ed’ness, deux coulées

de ces basaltes des vallées sont superposées, la plus élevée

est donc la plus récente.

Non loin de là, à l’Est de Tin-ed’ness, et à l’Ouest de la

gara Maserof (en gneiss) une coulée plus élevée forme plateau.

Cette coulée semble plus ancienne que les deux précédentes,

qui se trouvent en contrebas.

Au Hoggar · 第 5 / 13 段