(de Tasilé, terme de Tamahak désignant les plateaux gréseux

de type particulier qui sont les éléments caractéristiques de

cette enceinte).

Nous appelons ainsi une ceinture de plateaux gréseux, plus ou

moins tabulaires, qui entourent le Pays cristallin : les Tassilis

de l’Ajjer, l’Emmidir, l’Ahnet, les Tassilis de l’Adrar,

les Tassilis de Tin Rerhoh et les Tassilis de l’Ahaggar, pour ne

citer que les plus importants.

*

* *

En poursuivant de Temassinin, où nous sommes parvenus, la marche

vers le Sud-Ouest, après avoir traversé les sables du Nord-Ouest

de l’Erg d’Isaouan, l’anticlinal de grès dur appelé

Adrar-n-Taserest (ou Djebel Tanelak), d’âge indéterminé en

raison de l’absence de fossiles (qui est peut-être dévonien ?),

et le Tineri-n-Taserest (région de l’oued In-Dekak), on arrive

à l’Enceinte tassilienne en une de ces parties que nous prenons

comme type, en raison de la clarté, rare dans ces régions, avec

laquelle se présente sa structure.

C’est =la région la plus occidentale des Tassilis de l’Ajjer=

(ou Azgueurs), la région des monts Relloulen, Terourirt et Ahellakan,

des oueds Tassirt, In Dekak, Iskaouen et du Mâder Tahihaout,

région que l’on peut désigner et que nous désignerons sous le

nom de =Tassirt-Iskaouen=.

Cette région des Tassilis ne nous paraît pas devoir être

considérée comme un ensemble dévonien, ainsi qu’il était admis

jusqu’à ce jour.

En réalité, elle se décompose en deux zones de plateaux bien

distinctes :

A) _Les Tassilis externes_ dont les escarpements Sud dominent

la région déprimée où passe l’Atafaït-Afa, la piste

d’In-Salah à Rhat, région déprimée du Tahihaout, de l’oued

Tigamaïn-n-Tisita, de l’oued Arami, de Tounourt.

Ces plateaux sont dévono-siluriens :

_a)_ A leur partie externe, les grès les plus supérieurs sont des

grès du Dévonien inférieur. On y trouve en effet des gisements

fossilifères dévoniens inférieurs (gisement de la partie basse

de l’oued Tassirt).

Dans ces grès, peut-être quelques bancs de conglomérats.

Au sujet de la concordance de ces grès dévoniens avec les « Grès

supérieurs » suivants, nous faisons toutes les réserves ;

_b)_ Constituant la partie élevée des plateaux en dessous des grès

précédents, qui ne constituent que des affleurements sur le bord

Nord et externe, se trouvent des grès dans lesquels nous n’avons

pas trouvé de fossiles et que nous appelons _Grès supérieurs des

Tassilis_, pour ne pas préjuger de leur âge exact (pour respecter

les anciennes attributions, comme nous ne pouvons pas prouver le

contraire, on peut les considérer comme appartenant au Dévonien

inférieur, mais il se peut qu’ils se révèlent ultérieurement,

ou entièrement ou partiellement siluriens supérieurs-gothlandiens) ;

_c)_ En dessous, affleurent _les Schistes argileux siluriens à

Graptolithes_ (gisements de Tamellelt ou _Tanout-Mellet_), d’une

façon continue à la base des escarpements Sud de ces Tassilis

externes, et nous avons pu observer leur concordance parfaite de

sédimentation avec les Grès supérieurs, le passage progressif,

par des grès argileux micacés, des Schistes argileux à ces Grès

supérieurs[27].

Dans ces schistes argileux, on rencontre des bancs de minerai de

fer, ayant une teneur en fer très élevée, allant jusqu’à 70

p. c. par endroits. Malheureusement, l’absence de charbon jusqu’à

maintenant au Sahara, ainsi que l’absence de main-d’œuvre,

font que cela ne peut guère avoir d’intérêt minier.

[Illustration : Les Tassilis

_Coupe schématique Tassirt-Iskaouen_

_selon A B (1)_

_(1) voir la carte de l’Enceinte Tassilienne_]

B) _Les Tassilis internes_, au Sud des précédents, qui se terminent

au Sud par les très hautes falaises et les grands escarpements des

monts Ahellakan et Ens-Iguelmamen, dominant le Pays cristallin de

l’Edjéré[28] et de l’Amadror.

Ces plateaux sont en grès quartziteux non fossilifères ; nous

avons pu observer la relation de ces grès avec les Schistes à

Graptolithes ; ils leur sont inférieurs ; ce sont donc des grès

siluriens ou cambriens. Dans l’absence de fossiles, on ne peut

affirmer qu’ils ne sont pas cambriens (tout ou partie). Nous les

appelons _Grès inférieurs des Tassilis_.

La transition avec les Schistes à Graptolithes se fait par un

ensemble puissant de grès à « rippel-marcks » de « _Grès à

colonnettes_ » (c’est ainsi que le commandant Besset a appelé,

suivant une expression très imagée, un facies très spécial de

ces grès de transition) et de schistes argileux multicolores,

qui affleurent dans la région déprimée de l’Atafaït-Afa,

du Tahihaout.

Ces grès massifs, d’une remarquable puissance, reposent très

nettement _en discordance_ angulaire sur les Schistes cristallins à

filons de pegmatite, donc anté-siluriens, peut-être antécambriens

de l’Edjéré et du Massif Central Saharien, par de beaux

_conglomérats de base_ à galets de quartz dont l’affleurement

est souvent caché sous les éboulis.

Nous appelons cette discordance : _la Discordance tassilienne_.

Ultérieurement, il paraîtra une étude sur les formations

fossilifères dévoniennes et siluriennes rencontrées par nous dans

cette région, avec des précisions sur leur âge.

Mais d’ores et déjà, nous pouvons indiquer que, pour la première

fois au Sahara, nous avons découvert des organismes siluriens autres

que des Graptolithes constituant les éléments d’un principe

de faune.

Ce sont des _Orthocères_, une glabelle de _Trilobite_, des

_Lamellibranches_ et quelques autres organismes. Le tout est associé

aux _Graptolithes_ dans le gisement fossilifère des Schistes argileux

de _Tanout-Mellet_.

On peut espérer, en cet endroit, trouver toute une faune variée

du Silurien ; j’espère qu’une nouvelle mission me permettra

d’exploiter cette découverte.

Ainsi, les sédiments siluriens jouent un rôle très important dans

la constitution de cette partie des Tassilis.

L’appellation de Tassilis dévoniens, employée jusqu’à ce jour,

est donc absolument incompatible avec la réalité et il convient

de lui substituer celle de « _Tassilis dévono-siluriens_ », qui,

elle-même, n’est peut-être pas encore exacte puisque le Cambrien

peut être également représenté, mais qui suffit tant que la

présence du Cambrien n’est pas démontrée par la découverte de

fossiles indiscutablement cambriens.

Ces observations relatives à la région Tassirt-Iskaouen jettent

un jour nouveau sur la constitution de l’Enceinte tassilienne.

=Dans la région des Irraren-n-Ahaggar= (_ou Iraouen_), un raid

rapide nous a permis de constater qu’après la traversée

de l’erg d’Amguid[29], la piste qui va d’Amguid à Hassi

Messeguem suit une dépression, qui est la continuation de la

dépression de l’Atafaït-Afa, c’est-à-dire dominée au Nord

par des escarpements dont la base est constituée par des Schistes

à Graptolithes, et le haut par des Grès supérieurs des Tassilis,

et qui est limitée au Sud par l’élévation progressive des Grès

inférieurs des Tassilis, qui forment des plateaux dans lesquels se

trouve un aguelmam temporaire que l’on m’a dit s’appeler Tarara

(appellation dont je ne suis pas certain, n’ayant pu la recouper

par plusieurs témoignages de Touareg).

[Illustration : PLANCHE VII.

Enceinte tassilienne. Le bord Sud des Tassilis internes, près d’In

Ebeggi, la « Discordance tassilienne » des Grès inférieurs sur

les Schistes cristallins.

Végétation : 1, de _Chobrok_ (en fleurs) ; 2, de _Mourkba_ et 3,

de _Teleh_.]

Passons à =l’Emmidir= (ou Mouydir)[30].

J’ai étudié =la corne Nord-Est du feston de l’Emmidir=. Quand

on vient d’Amguid, après la traversée Sud de l’erg d’Amguid

et de l’oued Raris, on rencontre un éperon venant du Nord, de

Grès inférieurs des Tassilis, appelé In-Touareren (ou Mongar-Tir)

dominant le Pays cristallin qui s’étend au Sud de cet éperon.

J’ai constaté la présence, à la base des grès, des beaux

conglomérats par lesquels la base de la série primaire tassilienne

repose en discordance (la Discordance tassilienne) sur les Schistes

cristallins dans la région Tassirt-Iskaouen.

Cet éperon, qui appartient donc à la zone des Tassilis internes,

est séparé par la large vallée de l’oued Tidilekerer de la

falaise Est des plateaux de Grès inférieurs des Tassilis internes

de l’Emmidir qui vont se joindre dans le Nord aux plateaux des

mêmes Grès inférieurs du pays d’Iraouen, dont nous avons parlé

précédemment.

Cet éperon se soude également vraisemblablement à eux dans le Nord,

dans la région d’Iraouen.

Après la traversée du reg de cet oued Tidilekerer, on arrive à

cette falaise Est de l’Emmidir qui, plus au Sud, se continue par

les monts Ihedran et de Raris.

Cette falaise, c’est l’escarpement des Grès inférieurs des

Tassilis qui termine la zone des Tassilis internes de l’Emmidir

sur les Pays cristallins ; ici elle est orientée Nord-Sud ; plus

au Sud, elle prend une orientation Nord-Est-Sud-Ouest, pour, après

avoir été Est-Ouest, se retourner Sud-Ouest-Nord-Est et gagner la

région de Tadjemout dont il sera question plus loin.

Cette falaise forme ainsi la limite Sud du feston des plateaux de

l’Emmidir — dominant le Pays cristallin de Raris et d’Aseksem.

Dans cette falaise, se trouve une échancrure faite par l’oued Tin

Tarahit, qui descend du plateau pour aller se jeter avec l’oued

Tidilekerer dans l’oued Raris, qui, lui-même, rejoint le grand

collecteur de ces pays, l’oued Ir’err’er, dans la région

d’Amguid.

C’est là que la piste escalade la falaise, et l’on parvient

sur des plateaux correspondant à la zone des Tassilis internes,

doucement inclinés vers l’Ouest, de la corne Nord-Est du croissant

de l’Emmidir. On descend progressivement dans une dépression

dite de Tiounkenin où affleurent, sur le flanc Ouest, les Schistes

argileux à Graptolithes. Cette dépression appartient à une zone

de dépressions qui sépare dans cette région des Tassilis internes

de Tassilis externes.

C’est l’analogue du Tahihaout, de la dépression de Tounourt, etc.

Là, se trouve un gisement abondant de _Graptolithes_ au voisinage

immédiat du puits Abankor de _Tiounkenin_.

Le sillon que nous avons indiqué dans la région type

Tassirt-Iskaouen, puis dans la région d’Iraouen, correspondant à

l’affleurement des Schistes à Graptolithes, existe donc également

dans la partie Nord-Est de l’Emmidir.

Vers le Sud de Tiounkenin, il se continue, toujours à l’Ouest

de la grande falaise terminale de Raris, limitant à l’Ouest la

zone des Tassilis internes de l’Emmidir, par la vallée où se

trouve l’aguelmam d’Afelanfela (ou aguelmam Deïtman), puis

l’oued Ir’err’er-oua-n-Isananen et, décrivant un feston,

gagne la cuvette de Taoulaoun dont il sera question plus loin.

Après Tiounkenin, nous rencontrons une seconde zone de plateaux, les

Tassilis externes de l’Emmidir, toujours inclinés vers l’Ouest

avec les monts de Khanget-el-Hadid, que traverse l’oued Tiounkenin

(ou Khanget-el-Hadid).

Vers la partie externe, après les Grès supérieurs des Tassilis,

on rencontre dans des grès un superbe gisement à Spiriferidés

du Dévonien inférieur, aux environs immédiats de l’aguelmam

Hindebera dans l’oued Tiounkenin (Khanget-el-Hadid).

Au sujet de la concordance de ce Dévonien avec les Grès supérieurs,

je fais toutes les réserves.

Ils m’ont paru en concordance.

Les Tassilis externes se terminent à l’Ouest par le plongement

des grès très inclinés sous la plaine du Mâder Amserha (ou

Mâder Khanget-el-Hadid).

J’ai pu suivre par leur côté Ouest les Tassilis externes vers

le Nord jusqu’à l’oued Henin (Tilia). Dans cette région,

leur plongement vers l’Ouest est constant et très accusé.

Vers le Sud, les Tassilis externes de l’Emmidir, constitués

probablement par les monts Ezzetorin et Tesadit, Talmest, Tifirin,

etc., s’incurvent pour prendre une direction Est-Ouest, puis

Sud-Est-Nord-Ouest, comme nous l’avons vu pour les Tassilis internes

à propos de leur falaise terminale sur le Pays cristallin.

Le pendage général restant constamment dirigé vers le centre

du croissant.

J’ai traversé =la corne Nord-Ouest du feston de l’Emmidir=[31],

à Aïne-Redjem. Là, l’Emmidir projette vers le Nord une apophyse,

une série de dômes allongés Nord-Sud ; ce sont les dômes allongés

de la montagne d’Aïne-Redjem, du Djebel Idjeran et du Djebel

Azaz-Aïne Kahla.

Entre ces dômes, des ensellements, dont le plus accusé est celui

par lequel l’oued Idergan traverse cette corne Ouest de l’Emmidir

et où se trouve Aïne-Redjem.

La surface générale de ces dômes allongés m’a paru constituée

par les Grès supérieurs des Tassilis.

L’anticlinal du Djebel Idjeran est éventré, et les Schistes

argileux à Graptolithes doivent être mis à nu au milieu du Djebel

Idjeran, probablement là où on signale des palmiers.

L’anticlinal d’Aïne Kahla est éventré plus encore : les

Schistes cristallins eux-mêmes sont entamés dans l’axe de

l’anticlinal.

Vers le Sud, cette région anticlinale qui constitue la

corne Nord-Ouest du feston de l’Emmidir semble largement

éventrée. D’après les travaux de M. Gautier sur le Mouydir

Ahnet, — ces travaux qui marquent une étape si importante dans

la connaissance de ces régions — il semble que cet éventrement

détermine une avancée du Pays cristallin vers le Nord qui sépare

les deux festons tassiliens de l’Emmidir et de l’Ahnet-Acedjerad

(situé au Sud-Ouest de l’Emmidir).

Autour de cette avancée du Pays cristallin, il semble qu’on puisse

distinguer toujours les mêmes zones : les lèvres supérieures

de « la plaie » en Grès supérieurs des Tassilis, puis la zone

déprimée des Schistes argileux (cuvette de Taoulaoun), puis les

Grès inférieurs des Tassilis qui se terminent en falaise au bord de

la cuvette de Tadjemout en discordance (la Discordance tassilienne)

sur les Schistes cristallins de l’avancée de Tadjemout-Arack.

Vers l’Est, ces zones vont se raccorder, suivant le feston de

l’Emmidir, et, comme nous l’avons indiqué précédemment,

aux pays de la corne Ouest qui bordent également un anticlinal

arasé, une avancée du Pays cristallin, l’anticlinal d’Amguid

qui sépare l’Emmidir des Tassilis qui nous ont servi de type.

Au Sud-Ouest de l’Emmidir, l’Enceinte tassilienne est

représentée par =l’Ahnet-Acedjerad=. Dans cette région, il

semble, toujours d’après les importants travaux de M. Gautier,

que l’on retrouve la même disposition que dans l’Emmidir : un

feston de deux séries de plateaux, avec une zone de dépressions

(la dépression d’Ouallen entre autres), correspondant à

l’affleurement des argiles et Schistes siluriens à Graptolithes,

feston en discordance (Discordance tassilienne) sur le Pays

cristallin, le long et au bas de la falaise de son bord externe qui

s’appelle ici le Bâten-Ahnet[32].

A l’Est de la région-type Tassirt-Iskaouen, l’_Enceinte

tassilienne prend une ampleur considérable_ particulière qu’il

convient de signaler. Ce sont les =vastes plateaux des Tassilis de

l’Ajjer=, terrains de parcours de toute une confédération de

Touareg, la Confédération des Touareg de l’Ajjer.

On distingue toujours deux séries de plateaux séparés par la bande

de dépressions de Tiremmar, de l’oued Iferniken, de l’oued Agou,

et de la piste de l’Atafaït-Afa jusqu’aux monts Ekohaouen vers

l’Est[33]. (Plus à l’Est, l’état des connaissances ne nous

permet pas de faire des précisions, mais je suis certain que les

explorations ultérieures constateront la continuité de structure

de l’Enceinte tassilienne dans ces régions.)

Les grands escarpements des monts Ahellakan se poursuivent et

les Tassilis internes dominent par leurs escarpements Sud le Pays

cristallin de Tihodaïn, d’Abada-Hegerin, d’Admer et de l’erg

d’Admer.

_Ainsi, dans toute la partie Nord, Nord-Ouest et Nord-Est de

l’Enceinte tassilienne, nous constatons une parfaite unité de

structure._

Ainsi, comme la région-type Tassirt-Iskaouen, dans toutes ces

parties de l’Enceinte tassilienne, on constate la présence des

Grès supérieurs, des Schistes argileux à Graptolithes siluriens et

des Grès inférieurs, des Tassilis externes et des Tassilis internes

et la présence d’une discordance (la Discordance tassilienne)

à la base des Grès inférieurs.

Il est probable qu’au Sud les autres segments de cette enceinte

(Tassilis de l’Ahaggar, Tassilis de l’Adrar, etc.) sont analogues.

Mais, s’ils présentent vraisemblablement la même structure

générale et sensiblement les mêmes formations, il semble qu’ils

diffèrent assez par certains côtés des parties Nord de l’Enceinte

tassilienne.

Ainsi, il semble que les couches de grès soient plus horizontales,

que les plateaux soient beaucoup moins en relief sur le Pays

cristallin et plus ensevelis dans des formations d’ennoyage,

et que cette partie de l’Enceinte tassilienne ait été moins

affectée par des plissements que la partie Nord-Ouest en particulier.

Maintenant que nous avons montré combien les différentes régions

de l’Enceinte tassilienne présentent de similitude de structure

avec la région Tassirt-Iskaouen, et combien il était fondé de les

réunir sous cette appellation commune « _Enceinte tassilienne_ »,

il convient de définir exactement ce que nous rangeons sous ce

nom. C’est :

L’ensemble des monts et des plateaux disposés autour du Pays

cristallin du Massif Central Saharien, qui sont constitués par les

mêmes formations ou par des formations du même âge que celles qui

constituent les monts et plateaux de la région Tassirt-Iskaouen dont

nous avons ébauché l’étude précédemment, c’est-à-dire Grès

inférieurs, Silurien, Grès supérieurs et Dévonien inférieur[34].

*

* *

Les parties Nord et Nord-Est de l’Enceinte tassilienne sont

ridées suivant une direction sub-méridienne, ainsi que cela a

été déjà souvent signalé, avec une tendance vers une direction

Nord-Ouest-Sud-Est[35].

Ces plissements provoquent la projection d’apophyses anticlinales

vers le Nord, comme celles dont font partie les monts de

Tisekfa, d’Adrar-n-Taserest (Djebel Tanelak), d’Aïne-Kahla,

d’Hassi-el-Khenig, enfin de Timerguerden, la crête entre Takcis

et oued Meraguem.

Cette dernière région anticlinale est prolongée vers le Nord

peut-être par les anticlinaux arasés de Bled-el-Mass et d’Aïn

Cheick-Aïn Chebbi où le cristallin semble à nu.

Nous distinguons d’une manière générale quatre régions

anticlinales de l’Est à l’Ouest, qui groupent ces rides :

Région de _Tisekfa_ entre les deux Isaouan, _d’Amguid_

entre l’Isaouan-n-Tifernin et les pays de l’oued Abadra,

d’_Aïne-Redjem_, entre les pays d’Abadra et de l’Ouest de

l’oued El Khenig-Elouatia, et enfin la région anticlinale de

l’Ouest de l’_Ahnet-Acedjerad_, entre les pays d’Elouatia et

les pays peu connus de l’Ouest.

Ces régions anticlinales provoquent le long du bord interne de

l’Enceinte tassilienne des avancées du Pays cristallin, qui

donnent une allure festonnée, une allure en guirlande à l’Enceinte

tassilienne dans ces régions Nord, Nord-Est et Nord-Ouest.

C’est ce que nous avons signalé pour les régions d’Amguid et

d’Aïne Redjem-Tadjemout, où cela est particulièrement net,

par qui sont séparés les festons des Tassilis de l’Ajjer, de

l’Emmidir et de l’Ahnet.

Les rides et ondulations sont généralement assymétriques, le

pendage du côté Est étant en général plus fort que le pendage

du côté Ouest.

Il semble que ces bombements, ces rides, soient comme des vagues

venant de l’Ouest, et de moins en moins accentuées à mesure que

l’on va vers l’Est.

Mais nos connaissances des régions Est des Tassilis de l’Ajjer

ne nous permettent pas de certitude au sujet de la continuation de

cette formule tectonique vers l’Est.

On a parlé pour certains de ces accidents de « flexures » des

grès, dues à des failles du socle cristallin en profondeur.

Cette manière de voir ne nous paraît pas très fondée pour

le moment :

Nous n’avons pas observé dans les parties de l’Enceinte

tassilienne de flexures typiques de cet ordre, mais généralement

des ondulations, bombements, rides, etc., très nets.

Par exemple, à Tidjoubar (ou Aïne-Bou-Mesis), à l’Est

d’Amguid, dans la zone des Tassilis internes des Tassilis de

l’Ajjer, se trouve un bombement allongé à peu près Nord-Sud,

très accentué et très caractéristique, qui incite à être très

prudent avant d’adopter cette hypothèse des formations de reliefs

dans l’Enceinte tassilienne par failles en profondeur et flexure

en surface.

Les plissements sont plus marqués dans la zone des Tassilis internes

que dans celle des Tassilis externes.

Il semble que les Schistes argileux à Graptolithes et leur cortège

de schistes argileux multicolores, qui paraissent assez plastiques,

aient amorti les mouvements et les aient transmis atténués dans

les Grès supérieurs.

_Quelle est l’histoire de ces mouvements de l’Enceinte

tassilienne ?_

Pour le moment, il est très difficile de formuler des affirmations,

étant données, d’abord l’incertitude qui existe encore sur

l’âge de certaines formations (Grès supérieurs, par exemple),

ensuite les difficultés d’observation des liens exacts qui existent

entre le Crétacé et les formations primaires et surtout entre

les formations dévoniennes (méso (?) et supra) et les formations

siluriennes (et (?) éo-dévoniennes).

Des lacunes peuvent échapper, ainsi que des formations de

transgression, etc.

D’autre part, certains de ces contacts sont ennoyés, cachés et

il est difficile de savoir si certains mouvements peu accusés ne

disparaissent pas sous des formations reposant en discordance dessus

(c’est le cas pour le Djebel Redjem).

C’est donc absolument sans certitude que l’on peut hasarder

quelque chose sur l’histoire de ces mouvements.

Il convient peut-être pour le moment, par rattachement de ces

mouvements à ceux constatés dans le Nord-Ouest (Touat et Saoura)

par M. Gautier et classés hercyniens, de considérer encore que les

formations de l’Enceinte tassilienne ont subi leurs plissements

et mouvements divers _à l’époque des plissements hercyniens_.

Je tiens à souligner cette remarque que _des mouvements calédoniens_

furent peut-être les principaux à intéresser les formations de

l’Enceinte tassilienne, mouvements auxquels se seraient ajoutés ou

superposés des mouvements hercyniens, et des mouvements alpins. A

vrai dire, les plissements se sont succédé dans ces régions en

épousant souvent plus ou moins les plissements précédents et il

est difficile de faire la part de chacun. Et cette remarque est non

moins importante pour les plissements du Pays cristallin dont nous

parlerons plus loin.

*

* *

Il semble qu’il y ait des variations légères de _facies_,

latéralement dans l’Enceinte tassilienne, en particulier le facies

gréseux paraît plus accentué à l’Est, le facies marno-argileux

à l’Ouest ; c’est ce qui, joint à une accentuation des

plissements vers l’Ouest, produirait des différences d’aspect

entre l’Emmidir et les Tassilis de l’Ajjer.

Ces deux caractères semblent d’ailleurs liés : les régions

où les facies profonds argileux, marneux, schisteux sont les

plus représentés, les régions Nord-Ouest, devaient être plus

intéressées par des plissements que des régions à facies

détritiques gréseux prédominant.

Ces Grès des Tassilis semblent franchement marins. Ils sont en

général régulièrement lités ; on trouve des fossiles marins, en

dessus et en dessous pour les Grès supérieurs, en dessus seulement,

mais bathiaux (?) (Graptolithes) pour les Grès inférieurs.

Il est possible que les mers aient remanié des ergs lors de leurs

transgressions.

Les Grès supérieurs se distinguent en général assez facilement

des Grès inférieurs.

En particulier, les Grès inférieurs sont généralement beaucoup

plus massifs.

Les plateaux de Grès inférieurs sont entaillés par des cañons

très profonds, à parois ruiniformes, d’aspect très différent

des cañons creusés dans les Grès supérieurs beaucoup moins

pittoresques.

Citons le magnifique cañon de l’oued Iskaouen, creusé dans les

Grès inférieurs.

*

* *

Nous avons vu que des avancées du Pays cristallin pénétraient

l’Enceinte tassilienne, dans les régions anticlinales

d’Aïne-Redjem et d’Amguid.

Au Hoggar · 第 4 / 13 段